Au lendemain de la Libération, auréolé du prestige qui s’attachait à son engagement dans la Résistance et au sacrifice d’un grand nombre de ses membres, le PCF a nié avoir jamais engagé les moindres pourparlers avec les nazis. Deux historiens ont découvert, aux archives départementales de Paris, des notes établissant l’argumentaire employé par les représentants du PCF auprès des autorités d’occupation…
Claude Pennetier et Jean-Pierre Besse publient « Juin 40, la négociation secrète » (Les éditions de l’Atelier).
Les documents qu’ils ont retrouvés ont été saisis par la police française sur une militante communiste, Denise Ginollin, arrêtée, le 20 juin 1940. Depuis l’interdiction de la presse communiste, en août 1939, puis la dissolution du parti lui-même, en septembre, la police traque les dirigeants et les militants soupçonnés de reconstituer leur organisation dans la clandestinité. La défaite et l’Occupation n’ont pas interrompu le travail des policiers.
Ce texte mérite d’être cité assez longuement, avec sa syntaxe approximative de prise de notes.
« 1°) Vous avez laissé paraître journaux communistes dans autres pays Danemark, Norvège, Belgique
Sommes venus normalement demander autorisation
2°) Sommes communistes avons appliqué ligne PC sous Daladier, Reynaud, juif Mandel
Juif Mandel après Daladier nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nationale.
Sommes PC français pas eu peur
3°) Pas cédé face dictature juif Mandel et du défenseur des intérêts capitalistes anglais Reynaud
courage ouvriers français ouvriers parisiens et quand ce sont des ouvriers français ou parisiens c’est le PCF
4°) Sommes une force, (…) nous représentons une force qui dépasse les frontières françaises, vous comprenez, derrière nous l’URSS/c’est une force l’URSS/vous en avez tenu compte/pacte germano-soviétique le prouve. On ne fait pas un pacte avec des faibles mais avec des hommes forts (…)
Notre défense du pacte
Cela vous a avantagé
Pour l’URSS nous avons bien travaillé par conséquent par ricochet pour vous
5°) (…) En interdisant L’Huma vous montrez que vous voulez combattre les masses ouvrières et petites-bourgeoises de France, que vous voulez combattre l’URSS à Paris (…)
6°) (…) Nous voulons tout pour que les masses ne subissent pas événements douloureux, voulons les aider avec votre collaboration si vous voulez : réfugiés, enfants
nous ne ferons rien pour vous mais rien contre vous (…) »
La date de rédaction n’est pas connue. Trois fois, il est fait mention du « juif Mandel » : Georges Mandel, ministre de l’intérieur du gouvernement Paul Reynaud de mars à juin 1940, sera assassiné par la milice en juillet 1944.
Le texte attribue à Mandel la responsabilité d’avoir « fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nationale », rare exemple de reconnaissance des consignes de sabotage données par le parti, en 1939-1940, aux militants communistes travaillant dans les usines d’armement.
Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier estiment que le rédacteur de ces notes est Maurice Tréand, le responsable des cadres du PCF, arrêté le même jour que Denise Ginollin. Trois jours plus tard, le 23 juin, les Allemands les font libérer.
(Source : Michel Lefebvre, Le Monde, 10.12.2006)
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Franchement, c’est pas du neuf : pour peu qu’on se soit un peu intéressé aux années sombres de l’occupation, on sait que certains au PC - et non pas tout le PC - étaient favorable à une légalisation du parti et de l’huma. Cela dit ça n’enlève rien au fait que des militants communistes, juifs ou non juifs, français ou étrangers se sont engagés dans l’action directe pour lutter contre les nazis.
De plus en 1940 le PCF s’appelle encore le PC, je crois bien, pas encore le PCF…
D’accord avec toi Béru, ce n’est pas un sccop. Ce qui est nouveau, ce sont les notes découvertes par les historiens, la reconnaissances des actes de sabotage organisés dans l’industrie de l’armement. Tréand était n°2 a l’époque, et connaissant l’organisation du PC, il est impensable que Duclos, Thorez depuis Moscou, n’aient pas été dans le coup. Les communistes ont rejoint la résistance après l’invasion de l’Union soviétique par les nazis.
c’est georges bush qui a commandité cette article ?