Gazprom étend son emprise sur le gaz en Europe occidentale

Jusqu’à présent Gazprom livrait ses produits jusqu’aux frontières, à des intermédiaires et ne touchait souvent que le tiers de ce que payait l’utilisateur final. Il voudrait maintenant s’en rapprocher en prenant des participations dans les réseaux de distribution, ou en distribuant lui-même par des filiales, en commençant en Europe occidentale. Il vient d’ouvrir une filiale de distribution en France

Le géant russe Gazprom fournit 26% du gaz consommé en Europe. Il possède les premières réserves mondiales, de 153 000 kilomètres de tubes et emploie 300 000 personnes.
Son ambition est de contrôler toute la chaîne de l’extraction à la distribution partout en Europe.

En Grande-Bretagne, profitant de la libéralisation du marché britannique en 1999, Gazprom a ouvert une filiale de distribution. Celle-ci vient d’acheter du gaz à la société norvégienne Norsk Hydro pour le revendre ensuite aux consommateurs britanniques. En juin, elle a renforcé sa présence sur le marché de détail en acquérant Pennine natural gas, une petite société de distribution.

En Allemagne, Gazprom obtenu 50%, moins une action, du distributeur de gaz Wingas, contrôlé par BASF.

En France, fournisseur de Gaz de France (GDF) depuis trente ans, le géant russe Gazprom ne veut plus se contenter de livrer du gaz naturel mais cherche là aussi à s’imposer sur le marché de la distribution. Le 24.11.2006, le monopole gazier à ouvert en France une filiale de vente directe de gaz aux industriels.
Cette société, Gazprom marketing and trading (GMT) France SAS, qui a déjà conclu ses premiers contrats, ambitionne de couvrir 10 % du marché. En août, Alexandre Medvedev, vice-président de Gazprom, avait assuré que du gaz allait être bientôt livré directement à Total et à EDF.
En échange d’un accès au marché, Gazprom a garanti ses approvisionnements à GDF jusqu’aux années 2030, comme l’a laissé entendre le 23.11, le PDG du groupe français, Jean-François Cirelli.

En Italie, Gazprom a conclu le 22.11, un accord avec son homologue italien ENI, qui doit lui permettre de vendre directement son gaz sur le marché italien dès 2007. En contrepartie, le contrat de fourniture de gaz au groupe italien jusqu’en 2035.

La percée européenne de Gazprom contrôlé directement par Vladimir Poutine intervient alors que les tensions sur le dossier énergétique restent vives entre Moscou et Bruxelles.
La Russie refuse de ratifier la Charte énergétique, comme le demandent les Européens, et n’entend pas ouvrir son marché et encore moins donner un quelconque accès à ses tubes, mais se réjouit du fait que GDF ou ENI lui ouvre les leurs.
Misant sur les faiblesses de la politique européenne en matière d’énergie, elle privilégie les accords bilatéraux avec les Etats membres gros consommateurs et partisans du cavalier seul (France, Italie, Allemagne).

L’une des craintes exprimées vis-à-vis de Gazprom, notamment par le ministre Russe libéral du développement économique Guerman Gref, est de voir le géant menacé, dès 2007-2009, d’un déficit de sa production de gaz en raison d’une forte demande intérieure et de l’absence d’investissements dans les infrastructures.
C’est aussi l’avis de Claude Mandil, directeur de l’IAE (Agence Internationale pour l’Energie)
Des arguments « infondés, il n’y a pas de danger de manque de gaz, ni cet hiver, ni d’ici à 2020 », a affirmé Medvedev, ajoutant : Gazprom « remplira ses engagements », mais veut en contrepartie des « conditions normales d’activité ».
Le commissaire européen Peter Mandelson, chargé du commerce, vient de rappeler le danger d’une trop grande dépendance énergétique de l’Union européenne envers la Russie, instable et peu démocratique.
La mainmise de l’Etat sur les ressources énergétiques y est croissante, la présence des membres des services de sécurité, dans les entreprises du secteur s’affirme chaque jour davantage. Le 10.11.2006, le vice-président de Gazprom, Alexandre Riazanov, a été démis de ses fonctions et remplacé par Valeri Goloubev, un ancien du KGB proche de Poutine.

(Source : Marie Jégo, Le Monde, 25.11.2007)
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