In Memoriam Philippe Noiret
Par Jakouiller le jeudi 23 novembre 2006 à 21:57
Philippe Noiret est mort, le 23.11.2006, à l’âge de 76 ans, des suites d'une longue maladie. Voici des extraits d’un portrait publié dans Le Monde du 15 septembre 1997…Sa jeunesse, Philippe Noiret l'a vécue assez sagement, en cancre paisible, chez les oratoriens. Il n'a pas eu le bac. Sur quoi bloquait-il ? « Sur tout. Ça ne m'intéressait pas. J'étais rêveur, je lisais pas mal, je déconnais avec les autres cancres . L'avantage des oratoriens, c'est qu'ils s'occupaient des mauvais comme des bons. Un jour, le Père Bouyer m'a dit : 'Vous êtes nul en études, qu'est-ce que vous voulez faire ?' J'ai dit : 'Peut-être acteur.' Ce n'était pas une vocation très claire. Il a fait venir Julien Green et Marcel Jouhandeau à l'un des spectacles que montaient les élèves. Ils m'ont trouvé quelques dons... »
Le jeune homme suit à Paris les cours de Roger Blin. Il commence par le théatre notamment avec Jean Vilar au TNP ou il entre en
Quand il était jeune, Noiret admirait Cary Grant, Robert Mitchum, Gary Cooper. En 1959, il tourne son premier film avec Agnès Varda, La Pointe courte. Il se voit pour la première fois à l'écran : un ours de dos, les pattes écartées. Il se dit « plus jamais ! », mais, dès l'année suivante, il est dans Zazie dans le métro, de Louis Malle, Ravissante, de Robert Lamoureux, Le Capitaine Fracasse, d'André Hunebelle. Il apprend peu à peu à apprivoiser son gabarit majestueux. En voyant tourner Jean Gabin, il comprend comment ce dernier utilise sa corpulence pour exister, imposer sa présence.
L'âge apporte aussi des satisfactions. Le grand bonheur d'un parcours comme le sien, dit- il, c'est aussi d'avoir eu le temps de rencontrer des gens comme Mastroianni, le plus grand comédien de son temps, celui qui avait la grâce. Avec le temps aussi, il a perdu le goût du spectacle, il va moins au cinéma et au théâtre. Il continue à incarner celui en qui les Français l'ont reconnu, moins le Régent débauché et somptueux du Que la fête commence, de Bertrand Tavernier, qu'Alexandre le Bienheureux, d'Yves Robert. Un hédoniste paresseux, un sage assez habile pour protéger son domaine réservé, qu'il soit à Paris ou dans l'Aude.
L'élégance est aussi une armure, une façon de se protéger. Noiret laissait courir les clichés autour de lui comme autant de capes sur lesquelles fonce le taureau médiatique. Noiret le bourru, Noiret le dandy à la voix d'or, Noiret l'homme de cheval, Noiret le débonnaire, etc. Ce sont des images qui ont un fond de vrai, qu'il a créées et qui continuent de leurs propres ailes. La plus tenace est celle du gentleman-farmer. Son ami Jean Rochefort a fait remarquer un jour que, lorsqu'on voit entrer Noiret, on imagine qu'il a des centaines d'hectares derrière lui. On ne prête qu'aux riches.
Noiret avait une grande maison et un pré pour quelques chevaux, quelques chiens. Il n'exploitait pas, ne cultivait rien. « Farmer, sûrement pas. Quant à gentleman, ce n'est pas à un gentleman de le dire, je vous laisse juge. » La réponse ne fait aucun doute. L'homme était un fidèle lecteur de la collection « Le Temps retrouvé », au Mercure de France, ce qui est chic, et un grand amateur de polars. La Série Noire, Rivages Noir, c'est sa littérature sur un tournage. « Une de mes dernières fiertés est d'être l'acteur favori de James Ellroy, l'auteur d'American Tabloid, » disait-il.
Extrait du "Vieux fusil" de Robert Enrico avec Romy Schneider...
(Source : Michel Braudeau, Le Monde, 15.09.97)
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