Une chose qui désarçonne les néophytes en économie, comme moi, est que deux personnes qui ont développées des théories diamétralement opposées comme, Friedman et Keynes, puissent toutes les deux être tenues pour des géants de leur profession…
Après tout, si le grand économiste Britannique, John Maynard Keynes (photo de gauche), avait raison en prétendant que le gouvernement peut atténuer le cycle de l’économie en stimulant et gérant le demande de biens et de services par des mécanismes tels que les investissements publics, les dépôts de sécurité et le déficit budgétaire, alors comment Milton Friedman pouvait-il avoir raison en soutenant que la meilleure approche pour le gouvernement est de réduire les impôts, de freiner la régulation publiques et de focaliser sur l’offre de monnaie en circulation ?
Comment pouvons-nous faire cadrer la formule de Keynes selon laquelle la finance globale peut être stabilisée avec des taux de change fixes, avec la formule de Friedman de taux de change flottants ?
Il y a bien sûr une analogie politique avec cette énigme. Le même pays révère la mémoire de Franklin Roosevelt pour l’avoir sorti de la Grande Dépression, alors qu’il crédite à Ronald Reagan la restauration de la compétivité de l’économie Américaine.
Le petit secret de ce paradoxe, est qu’il se trouve peu d’économistes pour croire en l’économie analogue aux lois de la thermodynamique ou de la génétique. L’économie est une science sociale, pas une science physique, dans laquelle les gens et les systèmes s’adaptent en permanence aux conditions changeantes. Les politiques qui peuvent être bonnes à une époque, peuvent ne pas être bonnes pour la suivante. Et ce sont les vrais grands économistes qui reconnaissent la dynamique qui change, l’inadéquation des vieilles recettes et ont l’intelligence de proposer quelque chose de mieux adapté.
Ainsi l’on peut dire que Milton Friedman, qui est mort le 16.11.2006, fut le plus grand économiste de notre temps. Il ne fut pas simplement l’économiste le plus influent depuis Keynes, mais un digne successeur, construisant sur les idées de Keynes, même en discréditant des aspects clés du management Keynésien de l’économie.
Dans les années 50, alors que le socialisme gagnait en crédit dans le monde et que la pensée Keynésienne dominait les manuels d’économie, le scepticisme de Friedman sur la gestion de l’économie par le gouvernement, était vue comme une hérésie. Mais au milieu des années 70, alors que les USA était dans une croissance stagnante et une inflation forte, il devint clair que le modèle Keynésien avait fait son temps. Et soudain, les idées de Friedman ne semblèrent plus si farfelues.
Avec l’accent mis sur la demande générale de biens et services dans l’économie, Keynes sous-estimait l’importance de la mise en circulation de monnaie. Friedman développa que le contrôle de cette offre était un meilleur outil pour gérer l’économie que les impôts et les politiques de dépenses publiques.
L’inflation se révéla ne pas être un antidote bénin du chômage, comme Keynes l’avait pensé, et il n’y avait pas nécessairement un compromis entre les deux, comme il l’avait pensé.
Et de nombreuses politiques Keynésiennes conçues pour corriger des imperfections réelles des marchés, eurent de grosses imperfections par elles-mêmes.
Les racines intellectuelles du « libéralismes économique » de Friedman remontent à Adam Smith et Alfred Marshall, et furent prolongées à l’Université de Chicago par son pote George Stigler et des superstars intellectuelles comme Ronald Coase, Zvi Griliches, Gary Becker, Robert Lucas et Kevin Murphy. Mais alors que la profession allait vers les mathématiques et la modélisation, alla dans l’autre sens, connectant constamment la théorie avec les gens et la politique.
Avec sa femme, Rose, il écrivait régulièrement pour Newsweek, pondant des livres en Anglais accessible et produisant une série télévisée de vulgarisation pour PBS, " Free to choose ". Voici un extrait d’une émission de 1990 ou Milton Friedman parle depuis Budapest de l’échec du socialisme…
Et au cours des années il fournit un courant constant de conseils influents à des hommes politiques, commençant avec Richard Nixon, et continuant avec Ronald Reagan, Margaret Thatcher et Alan Greenspan.
Friedman n’avait pas toujours raison. Son dogmatisme monétaire assombrit ses prévisions économiques durant les années 80 et 90, en partie à cause de la mondialisation et des nouveaux instruments financiers qui difficile la mesure de la fourniture de monnaie, sans parler de la contrôler.
Qu’il ait eu raison ou tors, que l’on soit d’accord ou non avec lui, il est certain que Friedman relevait la qualité de la pensée de chaque débat auquel il participait. On peut dire la même chose de son ami John Kenneth Galbraith, qui fut aussi énergique à défendre les idées Keynésiennes que Friedman à les démonter, et qui est aussi mort cette année.
De nombreuses idées de Friedman sont devenues si fondamentales à la pensée économique moderne, que l’on oublie facilement à quel point elles furent non-conventionnelles en leur temps.
(Source : Steven Pearlstein, Washington Post, 17.11.2006)
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