Les politiciens Français ont retrouvé leur traditionnel bouc émissaire : Jean-Claude Trichet et la monnaie

La campagne électorale présidentielle a permis de renouer avec la vieille tradition française qui consiste à faire porter à d’autres la responsabilité de nos maux et, en l’occurrence à tirer à boulets rouges sur les banquiers centraux et sur l’euro après le franc…

Ils sont venus, ils sont tous là : Marie-Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et Nicolas Sarkozy ont tous récemment dénoncé, la stratégie monétaire mise en oeuvre à Francfort par le président Français de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet. Venant de Fabius, c’est particulièrement grotesque puisque, en théorie, c’est au pouvoir politique européen qu’il revient de fixer la bonne valeur de l’euro et d’agir en conséquence. Comme c’est le cas aux Etats-Unis, où la Réserve fédérale américaine n’a pas son mot à dire sur le niveau du dollar. Le fait que Trichet puisse aujourd’hui affirmer «  Monsieur Euro, c’est moi » est la conséquence directe de l’incapacité des gouvernements de la zone euro à se doter d’une structure politique crédible, suite notamment au Non Français dont Fabius est le principal responsable.
Le 14.11, pour couronner cette unanimité, c’est Dominique de Villepin, grand stratège politique lui-même, qui a appelé de ses voeux une « véritable stratégie » européenne de change et la création d’un « bouclier monétaire ». Déjà au printemps 1995, le candidat Jacques Chirac s’en prenait à la politique de franc fort défendue alors par le gouverneur de la Banque de France… Jean-Claude Trichet.

Il est vrai qu’à 1,28 $ la monnaie européenne est proche de ses plus hauts niveaux. Et ce n’est pas un hasard si de Villepin a lancé son attaque contre la BCE depuis Toulouse, en présence des dirigeants d’Airbus, qui souffre, face à Boeing, du niveau de l’euro face au dollar. Mais que je sache, ce n’est pas Mr Trichet qui a été incapable de faire adopter aux usines du groupe le même système de CAO, faute professionnelle qui va coûter beaucoup plus cher à l’entreprise que la faiblesse du dollar.
De plus cette attaque intervient trois jours après l’annonce par l’Insee d’une croissance zéro en France au troisième trimestre ! Cette attribution de tous les maux de l’économie française aux « gnomes de Francfort » est bien dans la tradition de nos dirigeants de tous bords. Mais l’excuse est trop commode et relève malheureusement, comme d’habitude, de la stratégie du bouc émissaire.

Par quel miracle, en effet, l’Allemagne ou l’Espagne, soumises aux mêmes conditions monétaires que nous, peuvent-elles aujourd’hui connaître une croissance dynamique ? L’euro fort n’empêche pas les entreprises allemandes d’exporter, et les hausses de taux d’intérêt ne dissuadent pas les Espagnols de consommer. Les difficultés françaises sont, à l’évidence, ailleurs.

NB :

  • La vigueur de la monnaie unique grève la compétitivité des entreprises européennes. Face au dollar, l’euro a progressé de plus de 8,5 % depuis le début de l’année. Néanmoins, la monnaie unique est relativement stable  par rapport au $ depuis le mois de mai, évoluant entre 1,2450 et 1,29 $. Et à 1,2809 $, le 16.11 au matin, l’euro est au même niveau qu’à la mi 2005.
  • En revanche, vis-à-vis du Japon, les entreprises européennes ont un problème de concurrence plus important. L’euro n’a jamais été aussi fort vis-à-vis du yen. Le 16.11 au matin il valait 151,12 yens. Depuis le début de l’année, la monnaie unique a gagné 8,7 % par rapport au yen et depuis mi-2005, elle a fait un bond de 15,7 % !

(Source : Le Monde, 16.12.2006)
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