Au Vietnam, la libéralisation économique n’exclut pas la répression politique et religieuse

Par Jakouiller le lundi 17 juillet 2006 à 11:52

Malgré le développement économique et l’entré probable dans l’OMC, le Parti Communiste Vietnamien continue, comme d’habitude, de serrer le garrot au cou des libertés politiques et religieuses…

Brandissant des matraques et des aiguillons électriques, une cinquantaine de policiers Vietnamiens ont, le 22.05.2006, envahi et démoli une église Mennonite de la région de Binh Khanh au centre du Vietnam. La police a arrêté le Révérend Nguyen Hong Quang, et 10 autres personnes qui résistaient.

Quang n’est pas un inconnu des persécutions religieuses d’état. Il a purgé récemment 15 mois d’une peine de prison de trois ans pour s’être interposé durant un incident similaire en mars 2004. Pendant qu’il était en détention, la police menait des raids fréquents contre son lieu de culte endommagé, et harcelait sa famille, souvent en pleine nuit.

Les officiels Vietnamiens justifient fréquemment leurs assauts armés contre des sites religieux par le fait que ces bâtiments violeraient le code de la construction, lequel est, au Vietnam, complètement arbitraire et mal défini.
Il s’agit en réalité d’une campagne de longue date pour étouffer la liberté religieuse.

L’entrée imminente du Vietnam à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a centré l’attention sur les substantielles réformes économiques du gouvernement communiste, qui ont catapulté la croissance et attiré de substantiels investissements étrangers.
Au cours des six dernières années, l’économie Vietnamienne a connu une croissance de 7,4% hors inflation. Mais cette croissance n’a pas poussé le Parti Communiste Vietnamien au pouvoir vers plus de démocratie.
Les récents changements à Hanoi ont transmis le pouvoir à une nouvelle génération de dirigeants supposés plus tournés vers l’extérieur.
Les investisseurs étrangers ont exprimé leur confiance en les nouveaux leaders pour traiter les problèmes économiques complexes et les challenges juridiques de l’adhésion à l’OMC. Mais c’est la façon dont ces nouveaux leaders répondent aux demandes croissantes de plus de démocratie que se mesurera finalement leurvolonté de réforme.

La faucille et le marteau au pouvoir

Le gouvernement du Vietnam est l’un des plus répressifs et des plus autoritaires d’Asie. Les libertés d’expression, de parole, d’association et de religion, sont nettement entravées. Les lois dures de la période paranoïaque de 1975, sont toujours en vigueur 30 ans après, avec un vague objectif de maintenir la « solidarité nationale » et la « sécurité nationale ». Les citoyens Vietnamiens  n’ont aucun recours pour s’opposer aux abus de droit qu’ils endurent habituellement.

Le Parti Communiste a été particulièrement rude avec les minorités religieuses, qu’ils accusent d’avoir des motifs plus politiques que spirituels.
Depuis 2001 le gouvernement a fermé de force plus de 1.250 lieux de culte généralement chrétiens et bouddhistes dans les régions du centre, où en 2001 et 2004 des démonstrations de masse réclamant plus de liberté se sont déroulées.

Les médias, censurés de près ne vont pas mieux. Le Parti Communiste contrôle tous les médias locaux qui sont managés par le gouvernement. Malgré ces contrôles scrupuleux, le Vietnam est toujours l’un des pays leaders pour l’emprisonnement de journalistes, avec au moins six journalistes actuellement emprisonnés pour des appels à plus de démocratie sur internet.
En mars 2006, des policiers en civil ont arrêté deux écrivains de renom dans un Internet café habituellement fréquenté par des touristes. Ils avaient visité le site de la Free Vietnam Alliance. L’un des écrivains, Nguyen Khac Toan, avait purgé trois ans de prison pour avoir envoyé par Internet à des groupes d’exilés Vietnamiens.

Le Parti Communiste a installé l’un des firewalsl les plus sophistiqué d’Asie et des technologies de surveillance afin de limiter l’accès à Internet. Le firewall refuse l’accès à des milliers de sites que les censeurs du gouvernement considèrent comme inacceptables, avec un accent particulier sur les contenus traitant de démocratie.

De plus, le gouvernement continue de ne tenir aucun compte des lois internationales et des conventions qu’il a signé, un signe qui devrait mettre en pause les investisseurs étrangers qui comptent sur la volonté et la résolution des autorités de faire respecter les lois, comme requis par l’OMC.

Un rapport de Human Rights Watch du 15 juin 2006  soutient que les autorités Vietnamiennes « détiennent, interrogent et même torturent » des réfugiés d’ethnie montagnarde et des demandeurs d’asile qui reviennent au Vietnam selon un accord de retour volontaire que le gouvernement a conclu avec le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR).

Aucun de ces abus récents ne ferait froncer les sourcils, si les leaders communistes du Vietnam n’avaient récemment promis des changer leurs habitudes répressives.  
En mai 2005, les USA et le Vietnam ont convenu d’un accord qui engage les deux parties et pose les jalons de la voie vers plus de libertés religieuses et politiques. Comme élément de cet accord, Hanoi s’est engagé à donner des instructions aux autorités locales afin de se conformer à la nouvelle législation et de faciliter le processus permettant aux congrégations de rouvrir églises et temples.
En échange, les USA se sont engagé à rayer le Vietnam de la liste du Département d’Etat de des pays qui ne respectent pas les droits de l’homme

Au cours des années passées, il est devenu de plus en plus évident que les autorités Vietnamiennes n’ont pas l’intention d’aller vers plus de démocratie et de liberté religieuse, mais ont adopté une politique d’ouverture sélective quand elles négocient avec Washington, semblable aux tactiques de chat et souris employées par les généraux Birmans dans les négociations avec les Nations Unies pour des réformes politiques.
Michael Cromartie, président de la US Commission on International Religious Freedom, déclara le 29 mars 2006, lors d’une déposition au Congrès : « Malheureusement, l’espoir que les progrès du Vietnam vers l’adhésion à l’OMC apporteraient des réformes législatives, de la transparence et des améliorations pour les droits de l’homme, est resté vain. Il n’y a pas eu de corrélation entre libertés économiques et individuelles. »

Néanmoins, les appels à plus de démocratie vont croissants à l’intérieur du pays. En avril 2006 des centaines de Vietnamiens ont signés deux appels, l’« Appel pour la liberté des Associations politiques » et le «  Manifeste pour le Liberté et la Démocratie au Vietnam », qui réclament au 10e Congrès du Parti Communiste de relâcher sa main mise sur le pouvoir et d’autoriser plus de démocratie. La nature publique des pétitions est sans précédent sous 30 ans de règne du Parti Communiste.

(Source : Shawn W Crispin, Asia Times)

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Fuzz

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