En Chine, pénurie de diplômés de talents

Un manque de candidats avec une population de 1,3 milliards ? Aussi incroyable que cela paraisse c’est exactement la situation à laquelle est confrontée la Chine…

Avec une énorme disponibilité d’ouvriers à bas salaires, la Chine est rapidement devenu l’atelier de fabrication du monde, fournissant de tout, du textile aux chips d’ordinateurs.
Bien que la Chine dispose d’un vaste réservoir de main d’œuvre non qualifiée, des sociétés dans le sud se plaignent de ne pouvoir recruter suffisamment d’ouvrier d’usine ou manuels a bas salaires. Le marché est encore plus tendu pour les ouvriers qualifiés. Alors que l’économie croît rapidement et va vers des travaux à plus de valeur ajoutée, le challenge d’attirer et de retenir le personnel augmente avec le niveau de qualification, alors que la demande dépasse l’offre.

Seul un petit nombre de la masse des diplômés des universités chinoises sont capables de travailler pour une société multinationale, et l’économie absorbe tous ceux qui le peuvent.
La Chine fait face à une pénurie de talents formés sur place, non seulement pour les multinationales implantées en Chine, mais aussi pour le nombre croissant de compagnies Chinoises ayant des ambitions globales (A lire : « Les nouveaux Challengers issus des économies en développement rapide »).

Certes, le nombre d’étudiants formés est énorme (A lire : « Emeutes en Chine pour les diplômes universitaires »). Mais les sociétés multinationales trouvent que peu d’entre eux ont les talents nécessaires pour être employés.

Les économies en développement rencontrent souvent une pénurie en diplômés, mais l’histoire de la Chine lui donne quelques déficits spécifiques.
Son héritage Confucéen, qui met l’accent sur l’apprentissage écrit et la hiérarchie, peut en partie expliquer pourquoi tant de diplômés, malgré de bonnes qualifications sur le papier et la maîtrise de la langue Anglaise, sont souvent hyper prudents pour prendre des initiatives.
Certaines sociétés se plaignent que la politique d’enfant unique leur rend plus difficile l’intégration dans une équipe. Qu’il n’y ait que peu de programmes de business administration en Chine n’aide pas non plus.

De larges pans de l’économie Chinoise reste dans les mains de l’état, où la loyauté au Parti Communiste plus que les capacités mène le succès des carrières.La révolution culturelle de  Mao Zedong’s en 1966-76 a supprimé toute une génération de managers, alors que l’on apprenait à des dizaines de millions de Chinois que le capitalisme était le diable.Après une vie sous le socialisme, beaucoup manquent de l’état d’esprit pour adopter les habitudes de travail Occidentales. En Chine, les managers de talent sont, soit des managers de sociétés d’état, souvent trop bureaucratiques, ou des entrepreneurs qui ont grandi dans le secteur privé et s’affranchissent de toutes contraintes aussi bien du capital que de la loi.

En 2005 le McKinsey Global Institute (MGI) a mené des interviews avec 83 DRH, impliqués dans le recrutement de diplômés locaux dans les pays à bas salaires. Il en résulta que moins de 10% des candidats Chinois étaient en mesure de travailler dans une entreprise étrangère dans des jobs d’ingénieurs, de comptables, de médecins, d’infirmières, de finances… 

Considérons les ingénieurs.
La Chine a 1.6 millions de jeunes ingénieurs, plus que tout autre pays de l’étude. Il est vrai que 33% des étudiants étudient l’engineering, comparé à 20% en Allemagne et seulement 4% en Inde.
Mais le principal défaut des candidats Chinois pour des jobs d’ingénieurs est la préférence dans le système éducatif pour la théorie. Comparé avec les diplômés Européens ou Nord Américains en ingénierie, qui travaillent en équipe sur des projets pratiques, les étudiants Chinois ont peu d’expérience pratique en projets ou travail en équipe. Le résultat de ces différences est que le nombre de jeunes ingénieurs Chinois considérés comme employables dans une multinationale et seulement de 160.000, pas plus qu’en Grande-Bretagne, malgré une population 22 fois supérieure, d’où le paradoxe de la pénurie.

Selon MGI, les offres d’emploi, émanant uniquement des grandes compagnies étrangères et des joint ventures éclairent le problème. De 1998 à 2002, l’emploi dans ses sociétés a cru de 12% et 23% par an, respectivement, a environ 2,7 millions de travailleurs. En faisant l’hypothèse que 30% de ces travailleurs ont un diplôme universitaire et que la croissance de ces compagnies continue au même rythme, elles auront besoin de 750.000 nouveaux diplômés entre 2003 et 2008. Le MGI estima que la Chine produira 1,2 millions de diplômés correspondant aux critères des sociétés de niveau mondial durant cette période. Ainsi ces grandes multinationales ou joint ventures seules absorberont 60% des diplômés acceptables, avant que la demande de plus petites multinationales ou de sociétés Chinoises ne soit prise en compte.
L’extrême tension du marché de l’emploi est confirmée par les chiffres du chômage : en 2003, seuls 1% des diplômés d’universités étaient sans emploi.

Les sociétés étrangères investissent environ US$1 milliard par semaine en Chine. La pénurie de staff menace ces plans.
Arics Poon, managing director d’Oracle pour South China & Hong Kong, disait récemment, « Nous avons besoin d’un groupe de managers professionnels ou nous pourrions échouer à soutenir notre croissance en Chine. »
Anthony Wu, chef du cabinet Ernst & Young à Hong Kong et en Chine, à admis que « nous avons décidé de na pas soumissionner chez des clients majeurs parce que nous pensons ne pas avoir le staff pour les servir. »

Une compétition sévère, et l’offre limitée de talents conduisent à un fort taux de turnover. Un cadre sur 10 à changé de job à Shenzhen en 2004 et un sur 12 à Pékin, selon une étude de Hewitt Associates. Certaines petites sociétés voient un turover de plus de 30%. Mais les grandes multinationales ne sont pas à l’abri. L’Oreal, avec 3.000 personnes en Chine, dit que le turnover dans son staff de marketing est de 15%.

Dans cette compétition pour les meilleurs employés, les salaires et avantages grimpent (A lire : « Les salaires augmentent en Chine, mais la disparité se creuse »). Un cadre moyen dans une société étrangère à Pékin ou Shanghai peut prétendre à une rémunération annuelle (salaire + bonus) de $27.000 à $32.000, dit Hewitt, un chiffre élevé comparé au PIB par tête en 2005 de $1.703.
Lai Kam-tong au Hong Kong Institute of Human Resource Management dit que le salaire des comptables augmente de 14% par an
Bonus, primes à long terme, logement et repas, téléphone mobile et voiture deviennent des standards. Plus de vacances, congés de maternité et de paternité, des changements de job plus fréquents et des stock options sont aussi proposés.

Le manque de qualités des talents et les salaires en hausse n’ont pas encore ralenti la croissance Chinoise, mais pourraient rendre très optimistes de nombreux business plans.

(Source : Swati Lodh Kundu, Asia Times du 05.07.2006)

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