"Over There" la série TV sur la guerre en Irak, et l’histoire vraie du Marines James Blake Miller

En plein enlisement de  l’intervention américaine en Irak, et alors que le Pentagone censure les images sur le terrain, la série de fiction "Over There" rend compte de l’horreur quotidienne que doivent affronter les soldats américains sur le front.
Mais le cas du Marines James Blake Miller montre qu’une fois de plus, la réalité dépasse la fiction, et rappelle la tragédie des vétérans du Viet-Nam…

La Fiction réaliste

La série « Over There » (« Là-bas ») a suscité de nombreux débats et polémiques lors de sa diffusion, à l’été 2005, aux USA. Elle est maintenant diffusée sur Canal+ le jeudi soir.
Extrêmement réaliste, « Over There » a été réalisée par deux pointures du genre, Steven Bochco (« Hill Street Blues », « La Loi de Los Angeles », « NYPD Blue »), et Chris Gerolmo (scénariste de Mississippi Burning, d’Alan Parker, sur l’assassinat en 1964 de trois militants pour les droits civiques par des membres du Ku Klux Klan).
La guerre de Bochco est hyperréaliste, très sanglante, avec des images violentes encore jamais vues à la télévision, et qui surpassent en réalisme celles de Steven Spielberg dans « Il faut sauver le soldat Ryan ».
Pour l’élaboration du récit, la précision des faits et des situations, les auteurs ont eu recours aux compétences d’un officier de la marine qui a effectué deux missions en Irak. Ils ont eu de nombreux contacts avec des vétérans d’Irak.

« Over There » raconte les histoire de sept jeunes soldats, cinq hommes et deux femmes, et de leur sergent, surnommé « Screamer », le « Hurleur ». C’est leur point de vue qui est adopté, leur façon d’agir et de penser dans l’environnement du front.
L’histoire mêle la vie du groupe et les moments périlleux vécus sur le terrain avec la vie intimes et familiale de chaque personnage.
Ils se sont engagés pour des raisons très différentes dans cette mission d’un an, laissant derrière eux pour la plupart des conjoints et de jeunes enfants.
Bo Rider, champion de football américain, malgré une bourse n’a pu payer ses études à l’université et compte sur sa solde de GI pour pouvoir les finir. Ses rêves sont anéantis dès le premier épisode, une mine artisanale pulvérisant son camion, il doit subir une amputation de la jambe.
Il est remplacé par Tariq Nassiri, un arabe américain né à Detroit qui s’est engagé après les attentats du 11-Septembre. Il est accueilli avec la plus grande méfiance. Mais il maîtrise la langue et la culture arabes et sauve son groupe d’un attentat kamikaze.
Outre la crudité du langage, dont Steven Bochco avait déjà usé dans la série « NYPD Blue », le réalisme des scènes n’épargne rien au téléspectateur.
Les jeunes recrues appréhendent le fossé entre leurs illusions et la réalité du conflit en rencontrant leurs premiers prisonniers après l’assaut d’une mosquée mené par « Screamer » - « On est là pour tuer, bordel ! On veut pas de votre pétrole, on veut votre peau ! » Ce à quoi le chef irakien rétorque : « Maintenant, on va goûter à leur liberté. Celle qu’on veut pas. (…) Vous m’emmenez à Abou Ghraib ? La tête dans un sac ? A poil ? »
Très vite, dans le tourbillon des tensions morales et interraciales qui surgissent au sein de groupe, les failles se creusent. « Dim » Dumphy, l’intellectuel de l’unité, résume le dilemme dès son premier message délivré par la Webcam mise à disposition sous surveillance de la censure : « Ici, la tragédie, c’est que nous sommes des sauvages. On jubile à l’idée de se tuer. On est des monstres, et la guerre nous démasque. Mais il y a de l’honneur à ça. De la grâce. J’imagine qu’être un monstre est aussi un privilège. »
Bochco et Gerolmo refusent toute prise de position politique dans le conflit. Ils ne veulent que rendre compte des réactions de jeunes gens confrontés à l’atrocité de la guerre. Néanmoins « Over There » s’oppose aux balivernes longtemps soutenues de la guerre « propre », avec son arsenal de frappes « chirurgicales », de regrettables « dommages collatéraux ». Dès le troisième épisode, les jeunes d’« Over There » voient la réalité de l’usage de la torture et des humiliations.

La critique américaine a applaudi la façon dont Bochco osait montrer les horreurs de la guerre, que la presse et les télévisions évitent. Les premiers épisodes ont obtenu de bons scores d’audience, grâce, notamment, à la réputation de Bochco. La question était de savoir si, une fois passée la curiosité des débuts, les téléspectateurs américains allaient continuer à suivre le récit - fût-il fictif - d’une guerre réelle, à laquelle les Américains sont de plus en plus hostiles.
La réponse est négative, car la série n’a pas été renouvelée pour une deuxième saison. Dix mois après la diffusion du premier épisode, le nombre des GI morts en Irak est passé de 1 800 à 2 400, et la guerre est plus que jamais un sujet sensible.

Le quotidien Los Angeles Times a fait visionner la série à six reporters qui couvrent la guerre en Irak. Quatre d’entre eux ont trouvé les personnages « réalistes ». Mais la majorité n’a pas apprécié le côté divertissant. « La guerre en Irak est trop chargée d’incertitudes politiques pour être traitée comme un pur divertissement », estime ainsi Doug Smith, qui, sur place, a suivi des unités au combat.

La Réalité dépasse la fiction

Le 10/11/2004, Luis Sinco, photographe du Los Angeles Times a pris cette photo  (cliquer dessus pour l’agrandir) d’un jeune US Marine qui devint l’image icône de l’une des plus sanglante bataille de la guerre en Irak. 18 mois plus tard, le LA Times l’a retrouvé, dans une maison de Jocancy, Kentucky. Blake Miller, qui vient d’avoir 21 ans, est un vétéran qui souffre de cauchemards, de désordres de stress post-traumatiques, et ne sait pas quoi faire pour le restant de ses jours.

Il a grandi à Jonancy Bottom, pays de mines de charbon. Blake Miller a toujours pensé qu’il n’y avait que deux voies pour lui : la mine de charbon ou les Corps des Marines. Il a choisi les Marines en sortant de High School.

Les Marines l’ont envoyé en Irak, et ensuite à la bataille de Falloujah, où sa vie a été changée pour toujours. Il a survécu à une nuit d’horreur en novembre 2004, terré sur un toit, sous le feu d’insurgés qui le canardaient depuis une maison voisine. Crasseux et épuisé, il a allumé une Marlboro à l’aube quand Luis Sinco a pris cette image qui transforma Blake en icône de la guerre en Irak

Son expression détachée peu avoir des significations différentes selon les personnes : valeur, désespoir, espoir, futilité, peur, courage, désillusion…
Pour Blake cette photo représente un moment charnière de sa vie : le moment où il a pensé ne jamais revoir le soleil, le moment où ses fondations psychologiques ont commencé à se fissurer.
Blake, dont le seul contact avec la célébrité était d’avoir été quarterback en High School, devint connu comme le Marlboro Man, une marque qu’il déteste. La même notoriété le suit dans sa vie post-Iraq, où il est une icône pour une autre conséquence de la guerre, les désordres de stress post traumatiques, ou PTSD.

 Le 10 novembre 2005, un an après la photographie, James Blake Miller a été libéré du Marine Corps, pour raison médicale, déclaré atteint de PTSD. Trois ans après avoir quitté le Kentucky, il est de retour, se sent à la dérive et tourmenté, dépendant de sa femme, de sa famille et de son psychiatre militaire, pour donner un sens à ce qui lui est arrivé.
Il ne dort presque pas. Le matin, Blake dit qu’il n’a aucune bonne raison de se sortir du lit. Son estomac et si noué que souvent il ne peut manger. Il est souvent colérique. Il sait qu’il boit et fume trop

« Il n’est plus le même qu’avant. Je n’avais jamais connu la colère, l’irritabilité, l’anxiété, » dit Jessica, la femme de Blake, étudiante en psycho, qui le connaît depuis le lycée.
Blake dit qu’il se sent coupable de recevoir de l’argent ($2,528 par mois pour invalidité militaire) pour ne rien faire.
Il est frustré parce que les deux voies qu’il avait, suite à sa formation militaire, officier de police ou U.S. marshal, sont hors de portée parce qu’interdites aux candidats atteints de PTSD. Alors il broie du noir, se sentant fatigué et sans avenir : « je n’ai que 21 ans. Mon corps en en bonne forme, néanmoins je suis considéré comme une charge. J’avais toutes les portes ouvertes, et soudain elles se sont refermées pour moi. C’est comme si ma vie était finie. »

Cinq autre membres de son peloton de 36, ont été diagnostiqués PTSD, dit Blake. Une douzaine d’hommes de son unité sont morts en action. Un article de l’American Medical Assn., publié en mars 2006, révèle que plus du tiers de ceux qui ont servi en Irak, avait besoin d’assistance pour des problèmes de santé mentale, dans l’année suivant leur retour.

(Source: LA Times du 19/05/2006)

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2 Réponses à “"Over There" la série TV sur la guerre en Irak, et l’histoire vraie du Marines James Blake Miller”


  1. 1 Vincent R

    J’ai vu le 1er épisode mais n’est pas été emballé…

  2. 2 Bréchon

    Excellente série, dont il faut suivre le déroulement pour l’aprécier.
    Cette serie n’est pas un divertissement c’est un hommage aux soldats sur le terrain.

    Car on peut imaginer ce que doivent endurer
    les hommes sur le terrain, pris entre leur devoir
    et la réalité à affronter dans un conflit décidé
    par des dirigeants US qui ont manipulé leur peuple, et qui ont mis des milliers d’hommes (et de femmes)dans une tourmente qui
    s’étend aux USA, dans les familles.
    Et je ne parle même pas des Irakiens, car faute de démocratie, c’est toutes les haines refoulées et muselées par la dictature de Saddam, que l’intervention US a favorisé, (La boite de Pandorre).

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