L'enseignement de l'économie en France

Par Jakouiller le lundi 10 avril 2006 à 18:38

L'excellent article de Katrin Bennhold dans l'International Herald Tribune du 09.04.2006 donne un éclairage original sur la crise que nous venons de traverser.
La cause de nos maux serait une méconnaissance des principes de base le l'économie moderne, non seulement par les français, mais aussi par la plupart de nos hommes politiques...

L’idée que patrons et salariés sont engagés dans un combat de gagne-terrain sans fin, apporte un début d’explication aux deux mois de conflit contre la loi sur le CPE.

En France, en plus de la faille politique entre gauche et droite, on ne peut faire confiance aux entreprises et au marché. Toute mesure qui leur bénéficie, est nécessairement mauvaise pour les salariés. La main invisible dans ce système est l’état, ou les « services publics » pour employer la terminologie française, dont le rôle est de soumettre les entreprises, de protéger les salariés et d’avoir la main sur la croissance par les dépenses publiques.

C’est dans ce monde que beaucoup de français préfèrent vivre.

Selon un sondage effectué dans 22 pays et publié en janvier 2006 par l’Université du Maryland, les français étaient les seuls à ne pas être d’accord avec la proposition : « le meilleur système est l’économie de libre marché ». Seuls 36% de français étaient d’accord, comparés à 65% d’allemands, 66% de britanniques, 71% d’américains et 71% de chinois.  
Ces résultats montrent que l’opposition des français à l’introduction de flexibilité dans le marché du travail va bien plus loin que la fatigue des réformes et la nostalgie des « trente glorieuse ».

Ainsi que la déclaré le ministre Thierry Breton : «  il y a un manque de culture économique dans notre pays. »
Une étude du ministère des finances a montré qu’une large majorité des sondés ne savait identifier des concepts économiques clés, du PIB à la dette publique.
Note personnelle : j’ai eu l’occasion, dans ma vie professionnelle, d’avoir affaire avec des élus syndicaux confondant chiffre d’affaires et bénéfices…


 « La question de la façon dont l’économie est enseignée en France, du bas au haut de notre système éducatif, est au cœur de la crise actuelle, » déclare Jean-Pierre Boivison, directeur de l’Institut de l’Entreprise, qui sponsorise des stages en entreprise pour les enseignants en économie.
« En France nous sommes toujours collés aux principes économique keynésiens  d’interventionnisme de l’état des années 70. Nous vivons 30 ans en arrière. Dans nos écoles nous inventons une vision de la société qui est très différentes de celle qui existe dans d’autres pays, » ajoute Boivison.

Les matières enseignées dans les meilleures universités et les business schools, comme HEC ou l’ESSEC, ne diffèrent pas de ce qui est enseigné ailleurs. La France a une longue tradition d’excellence en économie ; Jean-Claude Trichet dirige la BCE.
Mais dans les grandes écoles, l’option « sciences économiques et sociales » (l’une des trois options choisies par un tiers des étudiants), en est toujours à s’intéresser plus aux limites de l’économie de marché et au rôle de l’état pour les traiter, qu’au marché lui-même.

Mme Scache, professeur d’économie en lycée, qui sort d’un stage chez Danone, dit qu’elle vient de réaliser l’accent minime mis dans les programmes officiels sur le marché.
« Nous survolons brièvement les mécanismes de marché en compétition parfaite comme cas  de fiction, et étudions ensuite ce que l’état où les autorités européennes peuvent faire pour en alléger les effets, » dit-elle.
Le programme de terminale ES, par exemple, comporte 7 chapitres : croissance, capital et progrèe technologique ; travail et emploi ; stratification sociale et inégalités ; conflits et mobilisation sociale ; intégration et solidarité ; internationalisation des échanges et mondialisation ; intégration européenne et politiques économiques et sociales.
Et il y a les manuels scolaires. L’un publié par Nathan et largement utilisé par les élèves de terminales, dit en page 137 : « Il faut analyser la masse salariale comme pouvoir d’achat que vous ne pouvez réduire sans déclencher une spirale déflationniste et ainsi une hausse du chômage. »
Un autre manuel populaire publié par La Découverte dit en page 164 : « Y a-t-il encore assez de travail pour tout le monde ? » suggérant ensuite que c’est à l’état de subventionner des emplois publics : « Nous pouvons sérieusement l’envisager vu que notre économie nous permet déjà de supporter un nombre important de chômeurs."

Ces arguments étaient fréquemment entendus dans les rues au cours des semaines récentes, où de nombreux manifestants disaient qu’augmenter les salaires et subventionner le travail était un meilleur moyen de réduire le chômage que la flexibilité.

Mais re-former les professeurs d’économie n’est pas suffisant pour résoudre le problème. « Ce n’est pas tant que les français ont des idées économiques dépassées, c’est pire. Le concept d’économie politique n’existe pas dans notre pays. Nous avons une vision sociale et politique de l’histoire, où l’état est le protagoniste, » déclare un conseiller de Thierry Breton.

Comme les enseignants, les hommes politiques ont perpétué des conceptions économiques qui ne sont plus considérées comme valides dans la plupart des pays occidentaux.
Du président Mitterand qui a diminué l’âge de la retraite en 1982, au premier ministre Lionel Jospin qui a introduit les 35 heures, les leaders socialistes ont ancré l’idée que la quantité de travail est fixe et doit être partagée.
Mais les leaders politiques de droite, ceux qui tentent d’introduire la flexibilité du travail, font bouclier à accepter ce que d’autres pays considèrent comme la réalité économique. Le président Jacques Chirac et Dominique de Villepin sont de ceux qui ont diabolisé les efforts de dérégulation de l’Union Européenne.

A gauche et à droite, la plupart des leaders ont une chose en commun : 27 mois à l’ENA, la pépinière de l’élite politique.
Antoine Durrleman, directeur de l’ ENA, reconnaît que, pendant des décennies, elle a contribué a donner une vision de l’économie où l’état joue un rôle central. « L’ENA était d’accord avec un contexte économique qui était largement planifié. Nous étions vraiment dans une économie mixte après la guerre. Jusqu’en 1986 c’est le gouvernement qui fixait le prix de la baguette. C’est de l’histoire récente, » dit Durrleman.
Cet ancien conseillé de Chirac, dit qu’il vise à rendre les futurs leaders, étudiants à l’ENA, plus conscients du mode de fonctionnement des entreprises.
Il a restructuré le concours d’entrée et le programme pour y inclure des sujets relatifs à l’économie appliquée et à l’administration des entreprises. Depuis 2003, tous les étudiants à l’ENA doivent faire un stage d’un mois ( !!!) en entreprise ; 20% des 100 étudiants font un stage de 6 mois. A partir de l’année prochaine tout le monde devra passer au moins 3 mois dans le secteur privé.
« Je crois à la fertilisation croisée en France. Les entreprises créent la richesse, elles financent l’état. L’état doit les comprendre… Il y a un ensemble de savoirs dans le secteur privé en terme de conduite de projets, de contrôle des coûts, et en management de la performance dont les fonctionnaires peuvent bénéficier, » déclare Durlemann.

Breton, lui, n’a pas fréquenté l’ENA et il est l’un des seuls ministres diplômé en économie et ayant une expérience de haut niveau du monde des affaires. Le conseil pour l’enseignement de l’économie qu’il veut créer comprendra des économistes, des journalistes financiers et des professeurs d’économie.
Une des action envisagée est des spots de télévision d’une minute, en prime time, expliquant un concept économique de base comme le PIB ou l’inflation. Autres idées : des séminaires pour journalistes au ministère, des programmes de télé sur les processus économiques et le développement d’outils d’enseignement de l’économie.

L'étude du ministère des finances (voir plus haut) montre aussi que 93% des sondés estiment qu’il est important de comprendre l’économie, et 82% veulent un enseignement économique obligatoire pour leurs enfants.

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Fuzz

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Commentaires

  1. 1. Le lundi 10 avril 2006 à 19:19

    Eh oui, la France est un pays de poètes et de contestataires. Pauvre petit pays pittoresque que le reste du monde va bien tôt visiter comme un musée, avec ses syndicats archaïques, sa gauche d'un autre âge, ses 10 millions de fonctionnaires, d'assistés et d'intermittents de tous poils, d'étudiants-branleurs-qui-rêvent-d'être-fonctionnaires-et-propriétaires-à-18-ans.
    Dramatique.

    BienNourri

  2. 2. Le mardi 11 avril 2006 à 06:55

    Si je résume l'article :
    - le Français ne sait pas (et souvent n'aime pas) compter

    J'ajoute ma petite touche perso :
    - beaucoup ne savent pas parler (alors il se taisent ou s'opposent)

    Comment se fait-il alors, avec de si grandes lacunes (bien réelles je l'admet), que nous soyons capables de si belles ou grandes choses ?
    La réponse est peut-être dans le fabuleux patrimoine dans lequel nous baignons depuis notre naissance.

    Et que de perspectives le jour où nous apprendrons à combler ces deux minuscules (à l'échelle de l'humanité) lacunes ;-)

    idoine

  3. 3. Le mercredi 12 avril 2006 à 13:29

    Tant que les journalistes, en particulier des journaux d'information des radios nationales, confieront les analyses politiques et économiques des actions gouvernementales aux délégués syndicaux les plus archaïques, le citoyen français restera dans cette inculture. Et le corollaire, c'est effectivement la diabolisation rituelle du patronat et du politique pragmatique de droite. La gauche socialiste française entretient d'ailleurs sciemment cette ignorance populaire sans laquelle elle serait contrainte de revoir de fond en comble ses pseudo programmes sociaux et perdrait la base de son électorat. C'est une des des mille et une nuisances du PS qui tirent notre pays vers le bas.

    sobriquet

  4. 4. Le mercredi 12 avril 2006 à 13:30

    Je te signale que tes attaques "systématiques" envers le PS ou les organisation syndicales, te privent de fait d'un certain nombre de lecteurs à qui justement ton argumentaire pourrait s'adresser. Regarde, Jakouille, il est clairement de droite, mais ces articles sont dirigés de moins en moins contre la gauche, mais donnent une exlications de ces positions qui peuvent amener le "néophytes" même de gauche à s'intéresser à ses arguments.

    idoine

  5. 5. Le mercredi 12 avril 2006 à 14:30

    Ce nouveau commentaire est censé, sans vraiment être agressif envers tel ou tel catégorie politique. Est-ce que tu l'appelles du politiquement correcte ? Je te demande simplement : quelle est l'utilité de "formater" un discour pour qu'il ne soit lu que par ceux avec qui tu partage l'opinion ?

    idoine

  6. 6. Le mercredi 12 avril 2006 à 14:30

    Droite, gauche, ce sont de étiquettes que l'on affuble à une personne. Ce qui compte c'est la résolution des problèmes pour le bien commun. Aujourd'hui, c'est l'économie qui dicte sa loi. Le social suit. S'il n'y a pas création de richesses, ou prendre l'argent pour le social? Alors, il faut trouver les meilleures solutions pour créer des richesses.

    Jakouiller

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