La France qui accumule une dette record laquelle pèsera sur les épaules des nouvelles générations, qui défend une politique agricole vieillie aux dépens de l’Europe de la recherche, qui craint le progrès, l’avenir et les sciences au point d’inscrire la précaution, et son principe, au fronton de la Constitution, qui ne s’inquiète pas de voir 300 000 Français, non qualifiés ou très qualifiés, partir à Londres parce qu’il n’y est pas interdit d’y réussir. Les jeunes auraient mille fois raison de se révolter contre cela… (Résumé de l’article d’Eric Le Boucher, Le Monde du 19.03.2006).
Une mauvaise réforme peut chasser les bonnes. C’est l’immense risque que fait courir le contrat première embauche à la France. A avoir si mal conçu, si mal expliqué son projet, Dominique de Villepin aggrave le cas des réformes au lieu de convaincre le pays de leur bien-fondé. Et il l’aggrave, de surcroît, auprès de la catégorie sociale qui souffre le plus de cette France en déclin et qui a le plus besoin de libertés, d’initiatives, de mouvements, bref, de réformes : les jeunes.
Quoi que fasse désormais le premier ministre, qu’il retire le CPE, qu’il parvienne à l’”améliorer” ou qu’il gagne sa bataille contre les facs en grève, le mal est fait. Non seulement il lui est interdit de tenter toute autre réforme dans les treize mois qui restent avant la présidentielle, mais, surtout, il aura nourri la France du non et de l’immobilisme en la relégitimant de la pire façon, l’idéologique.
Voilà le comble : les étudiants et les jeunes qui sont les exclus du monde du travail (ils sont les “out” des économistes) vont défiler avec les syndicats des “in”, ceux de la fonction publique et de l’emploi à vie, qui bloquent toute évolution au nom d’une pseudo-résistance contre l’ultralibéralisme et la précarité. Les victimes et les responsables de concert : la France sociale est en pleine confusion.
Le CPE est mieux qu’un stage et moins bien qu’un CDI. Il est bénéfique pour les faibles qualifications et il est éventuellement menaçant pour les diplômés qui avaient une entrée directe et entière dans l’emploi. Son ambiguïté, ouvre la porte à toutes critiques, vraies et fausses, et à toutes les manoeuvres politiques.
Le marché de l’emploi a besoin de souplesse pour correspondre à un capitalisme nouveau. On peut en penser ce qu’on veut, mais on ne peut nier la réalité d’une économie où les grandes usines de masse ont laissé place à des petites unités mises en concurrence et à des services. Cette économie repose sur les personnes, il n’est pas illégitime de désirer les tester une à une. e marché du travail est devenu un grand va-et-vient “d’embauches et de départs simultanés”.
La France a cru pouvoir freiner ce mouvement en sanctionnant les licenciements. Cette politique de conservation des emplois existants n’a pas ralenti la progression du chômage et elle a créé un marché dual, où ce sont les mêmes, les plus jeunes et les plus faibles, qui subissent toute la précarité du système et vivent d’intérim en intérim, de stage en stage.
La bonne stratégie consisterait, au contraire, à faciliter le jeu du marché du travail tout en veillant à ce que chacun ait ses chances et à ce que personne ne tombe au passage dans le fossé. La réforme, la vraie, impliquerait toutes les catégories sociales mises sur le même plan, elle simplifierait les dizaines de dispositifs existants et les centaines de pages du code du travail, pour étudier, essayer, évaluer et adopter un contrat unique, pour tous.
UN PAYS DE FONCTIONNAIRES ET DE RETRAITÉS
Le CPE est une initiative qui va dans ce sens, mais pressée, tarabiscotée et ne s’appliquant qu’aux jeunes, elle leur donne le sentiment qu’on leur réserve, une fois de plus, la précarité. Pouvait-il en être autrement ? Si, forcément complexes, les réformes doivent être replacées dans une vision d’ensemble et expliquées, forcément douloureuses, elles doivent être menées par des équipes crédibles. Or les jeunes ne peuvent que mal prendre une initiative de ce pouvoir qui les sacrifie depuis toujours. Comment juger autrement un gouvernement qui découvre leur problème de chômage à la treizième heure ? Comment accorder crédit à un gouvernement qui accumule, comme ses prédécesseurs, une dette record laquelle pèsera sur leurs épaules ? Qui défend une politique agricole vieillie aux dépens de l’Europe de la recherche ? Qui craint le progrès, l’avenir et les sciences au point d’inscrire la précaution, et son principe, au fronton de la Constitution ? Qui ne s’inquiète pas de voir 300 000 Français, non qualifiés ou très qualifiés, partir à Londres parce qu’il n’y est pas interdit d’y réussir ? Une moitié des départements français vit principalement des revenus de redistribution.
“La France, pays des fonctionnaires, des retraités et des RTT.” Où est l’avenir ? Les jeunes auraient mille foid raison de se révolter pour cela !
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