La présentatrice de talk-show Oprah Winfrey ne veut pas interviewer Sarah Palin la candidate vice-présidente de John McCain. A partir de ce fait, les républicains tentent de bâtir une campagne de complot et de discréditer l’appui de représentants éminents des médias à Barack Obama…
Oprah Winfrey n’est pas une journaliste au sens propre, c’est une animatrice qui pèse des milliards, chef d’entreprise des médias. Et comme beaucoup dans son métier aux USA, elle prend position clairement dans la campagne électorale en soutenant Barack Obama.
C’est appréciable pour le candidat, l’influence de Winfrey n’ayant pas d’équivalent: elle atteint plus plus de 20 millions de téléspectateurs chaque semaine. La plupart d’entre eux sont des femmes de la classe moyenne. Comme par hasard la cible que John McCain a du mal à atteindre.
Elle est classée no 1 des célébrités les plus puissantes par Forbes.
C’est pour cette cible que McCain a sorti Sarah Palin du chapeau, elle dont le CV sonne comme le modèle de la femme moyenne: âge moyen, 44 ans, origine de la classe moyenne de province, hockey-mom avec les soucis de toutes les mères de famille qui ont des adolescents, à côté d’une carrière politique à succès, qui l’a conduite au poste de gouverneur
Une partenaire d’interview rèvée pour Oprah Winfrey. Mais, il semblerait que Winfrey ait refusé dette interview à Palin, si l’on en croit le conservateur « Drudge Report » qui crie au scandale. Dans les coulisses du Winfrey-Show, selon les rumeurs relayées par « Drudge », cela a fait du bruit, les employés de Winfrey étant très divisés sur cette prise de position politique.
Elle pourrait servir à renforcer l’image de Palin, vaillante mère de famille provinciale victime des attaques de l’establishment des médias, à discréditer le soutien d’Obama, ou très subtilement à forcer la main pour faire inviter Palin. Dans ce cas Winfrey serait prise en tenaille: des questions critiques et offensives démontrerait sa position partisane, une interview amicale servirait à Palin et McCain.
Mais le plus grand problème est que le reproche du Drudge, maintenant largement diffusé, a un vrai noyau. C’est l’engagement de Winfreys pour Obama, qui a permis la calomnie.
Winfrey ne conteste pas ne pas vouloir interviewer Palin pour le moment; lorsqu’elle a communiqué son soutien à Obama, elle a dit clairement que pendant la campagne elle n’inviterait plus de candidats dans son show.
Winfrey est maintenant au coeur de la campagne, et pas comme elle l’avait pensé: elle sert d’alibi à la campagne des républicains contre les médias accusés d’être contre McCain. Winfrey s’est défendue contre les articles « absolument faux » du « Drudge ».
Les médias aiment les attaques contre les médias
Ainsi la rumeur initiée par « Drudge » s’est auto-alimentée et devient difficile à affaiblir. La presse US a pris l’affaire en main avec les titres: « Oprah est elle partisane? ».
Non au sens où « Drudge » l’a entendu dans son attaque initiale. Mais fondamentalement, oui, puisqu’elle va jusqu’à participer aux meetings de soutien de « son candidat ».
Ce qui est mis en avant par les bloggers et médias républicains, est que Winfrey a offert une tribune au futur candidat Obama, certes avant qu’il ne soit officiellement candidat. Elle aurait par contre refusé d’inviter un juge républicain en 2007.
Conclusion: pour les républicains, cela veut dire que les grands médias, et tout en haut Hollywood, sont de parti pris contre les républicains, impliqués dans un sale complot contre le ticket McCain. Et ils récoltent avec ce reproche une presse très positive, car les médias naturellement adorent un joli complot même si ce sont eux qui sont au pilori.
(Der Spiegel)
1 Réponses à “Oprah Winfrey dans le piège de la politique”
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