L’accessoire le plus hot de la campagne 2008 est l’imperméable réversible. C’est le surnom que les nègres qui écrivent les discours ont donné à l’artifice de rhétorique dans lequel les mots sont répétés dans un ordre différent, comme dans la phrase fameuse de Cicéron : « « Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger ». Le nom de cette clause de style est antimétabole, et elle intervient partout dans les discours aussi bien démocrates que républicains…
John McCain, dans son adresse à la Convention de jeudi, a prononcé cette phrase d’aveu très honnête: « Nous avons été élu pour changer Washington, et nous avons laissé Washington nous changer. » L’antimétabole de McCain faisait écho à celle, plus piquante, utilisée la nuit précédente par Sarah Palin « En politique il y a des candidats qui se servent du changement pour promouvoir leur carrière. Et puis il y ceux qui, comme John McCain utilisent leur carrière pour promouvoir le changement. » Un enchaînement aller-retour du meilleur effet.
Dans son discours de la Convention démocrate, la semaine dernière, Bill Clinton a ressorti du placard une antimétabole qu’il avait utilisée dans les années 90: « Les gens dans le monde ont toujours été plus impressionnés par la puissance de notre exemple que par l’exemple de notre puissance. » La phrase a plu aux délégués, mais un orateur beaucoup moins célèbre peut revendiquer l’antimétabole la plus réussie de la Convention démocrate. Barney Smith, un gars normal de l’Indiana dont le job a été délocalisé en 2004, a occupé la scène à l’Invesco field et a produit ce coup gagnant: « Nous avons besoin d’un Président qui place les Barney Smiths avant les Smith Barneys. » (Smith Barney=société d’investissements boursiers et financiers)
Il est inhabituel d’entendre des phrases aussi ciselées lancées par des politiciens, particulièrement dans une période où le candidat démocrate est régulièrement accusé de favoriser les mots par rapport au contenu. C’est peut-être pourquoi, Obama lui-même , bien qu’il ait fait usage de la technique dans le passé (dans le discours de Springfield où il a présenté Joe Biden comme colistier: « Il a apporté le changement à Washington, mais Washington ne l’a pas changé »), ait évité les antimétaboles lors de la Convention.
L’antimétabole est efficace parce qu’elle est mémorisable - quiconque se souvient de la première partie, peut probablement retrouver la seconde en inversant les mots clés. Mais ce n’est pas toujours une bonne chose. Dans son discours « Foi en l’Amérique » durant les primaires, Mitt Romney disait que « La liberté a besoin de la religion, comme la religion a besoin de liberté. La phrase a attiré beaucoup d’attention, au moins en partie parce qu’elle est aussi lapidaire. Mais elle a attiré aussi de nombreuses critiques.
Malgré les pièges potentiels, les nègres continuent à privilégier la figure de style. Peut-être parce qu’elle semble figurer le message de changement que les deux parties proclament comme le leur. Il n’y a rien qui suggère mieux la fin du vieux et l’arrivée du neuf qu’une phrase qui fait justement cela.
(Slate)
1 Réponses à “Le derniers gadget à la mode dans les discours démocrates et républicains: un artifice rhétorique datant des grecs anciens”
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