Financement des élections aux Etats-Unis

Les élections américaines sont régentées par l’argent. Les distances sont telles que la propagande de proximité, meetings, réunions, est forcemment limitée et que l’on s’en remet aux spots publicitaires de 30 ou 60s, qui coûtent très chers, particulièrement sur les chaînes nationales à heures de grande écoute. Finalement, c’est comme pour Coca Cola ou Nike, plus la pub est percutante, plus elle passe sur les bons réseaux, plus il y a de clients. On peut dire que ce n’est pas l’argent qui fera élire un mauvais candidat, mais que sans argent, un bon candidat n’a aucune chance. D’où les besoins gigantesques de financement pour espérer conclure victorieusement. Comment cela marche-t-il?
Aux Etats-Unis, c’est la Commission fédérale des élections qui supervise l’aspect financier des campagnes. Les candidats doivent soigneusement enregistrer les fonds levés et les dépenses et les fournir à la Commission.

Les contributions individuelles, c’est-à-dire qu’un citoyen peut offrir directement à un candidat, sont limitées à 2 300 $ (il n’est pas interdit de donner à plusieurs candidats opposés à la fois) par élection, primaires + élection générale = 4 600$.
Cet argent est précieux, car il s’agit de ce qu’on appelle la hard money, l’argent solide qui peut être utilisé directement par le candidat pour financer sa campagne personnelle. S’ils le souhaitent et s’ils n’ont pas récolté plus de 100 millions de dollars pour l’ensemble de leur campagne, les candidats peuvent obtenir une subvention fédérale qui vient compléter les sommes récoltées en hard money. Mais en acceptant cela ils s’engagent à limiter leurs dépenses selon une certaine formule. C’est ce qu’à choisi John McCain pour les élections générales.
L’avantage de ne pas réclamer de subvention publique, est de permettre de collecter et de dépenser sans limite. C’est ce qu’à choisi Barack Obama et il est le premier candidat à renoncer à l’argent des contribuables américains depuis 1976 et l’application de la loi sur le financement public. Cette décision est fortement critiquée par McCain qui accuse Obama de ne pas respecter sa parole et de n’être qu’un “politicard comme les autres”.
La hard money présente l’avantage d’être clairement identifiée et répertoriée. C’est de l’argent propre.

C’est tout le contraire avec la soft money, deuxième ressource majeure des campagnes électorales. En principe cet argent n’est pas destiné à promouvoir un candidat en particulier. La soft money doit servir en théorie à véhiculer l’image du parti ou d’un groupe d’opinion. Mais il est facile de mélanger les genres : dans un message télévisé à la gloire du bilan des démocrates en faveur de l’environnement, il n’est pas interdit de glisser des images du candidat Barack Obama. On n’entendra pas de slogan « Votez Obama », mais l’effet sera similaire. L’énorme avantage de la soft money, c’est que les sommes collectées et dépensées ne sont pas contrôlées par la Commission fédérale des élections.
Les particuliers, les entreprises, les lobbys, les syndicats, chacun peut contribuer à volonté. Les grandes sociétés financent souvent les deux partis, parfois de manière inégale. La seule restriction théorique, c’est que la soft money ne peut pas venir de l’étranger.
Ce type de financement est très hypocrite, puisque ne devant en théorie seulement, pas servir à soutenir ou à dénigrer un candidat. Il passe par ce que l’on appelle aux Etats-Unis les 527. Régis par la section 527 du Code de taxation américain, ce sont des comités d’action politique qui, à la condition de ne pas prendre directement fait et cause pour un candidat, peuvent mener leurs actions en dehors du cadre du financement de la campagne.
Ces groupes sont des tueurs: il y a quatre ans, une association de vétérans du Vietnam s’était accrochée à la gorge de John Kerry. Ses spots publicitaires mensongers, qui étaient financés en coulisses par les républicains, mettaient en cause le passé militaire du démocrate. Ils avaient fait basculer l’élection.
Aujourd’hui, alors que la course entre John McCain et Barack Obama s’annonce serrée, les 527 affûtent déjà leurs armes. Des deux côtés, ils sont prêts à dépenser des dizaines de millions de dollars en profitant de cette curieuse particularité de la loi, qui les rend incontrôlables. Barack Obama le sait: face à lui, il aura non seulement le candidat républicain, mais aussi de très puissants groupes d’intérêt qui ne veulent en aucun cas le voir arriver à la Maison-Blanche.

Quelles sont les sommes collectées au 31/07/2008?

Obama a donc une avance confortable, qui confirme son talent exceptionnel de “fund raiser”. Il est le premier candidat depuis l’instauration du système à renoncer à l’argent des contribuables (84 millions de $). Il aura ainsi les mains libres pour utiliser ses fonds et contrer avec ses propres ressources les attaques de 527 républicains.

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