Les challenges de la croissance des villes chinoises

La croissance économique à deux chiffres de la Chine intensifie les challenges de la politique urbaine. Les migrations de masse vers les villes conduisent à l’extension urbaine, à la perte de terres arables, à la montée en flèche des besoins en énergie, en ressources naturelles, et contribuent au besoins en services sociaux.
Il est temps pour les hommes politiques de repenser leur approche de ces problèmes et la direction que l’urbanisation a prise jusqu’à présent…


Environ 600 millions de chinois vivent actuellement dans les villes. Les recherches du McKinsey Global Institute prévoient qu’en 2025 les villes chinoises compteront 325 millions d’habitants de plus, dont 230 millions de migrants.

L’urbanisation rapide contribuera à la croissance du PIB, mais implique de sérieux challenges. La demande en énergie dans les zones urbanisées va plus que doubler, et la demande en eau va augmenter de 70 à 100%. Selon la forme que prendra l’urbanisation - plus concentrée ou plus répartie - de 7 à 20% des terres arables pourraient être perdues. Les décisions que prendront les dirigeants chinois prennent aujourd’hui détermineront le futur: soit les villes se débattront en subissant leur croissance (comme Mexico, Bombay et Sao Paulo), soit elles émergeront comme des métropoles de classe mondiale (comme Londres, Tokyo ou New York).

McKinsey a évalué l’impact de 4 scénarios:
    a.    émergence d’un petit nombre de mégapoles  de 20 millions d’habitants ou plus,
    b.    groupes de satellites de villes petites ou moyennes autour des plus grandes,
    c.    croissance répartie en un grand nombre de villes moyennes,
    d.    enfin, croissance répartie en un nombre encore plus important de petites villes.

Selon le scénario retenu, le tableau urbain de la Chine est très différent:

Estimation de la population par taille de villes en 2025 (en millons)
(Source: McKinsey Global Institute)

L’analyse de McKinsey montre que les scénarios de concentrations (mégapoles et satellites autour des grandes villes) auraient les bénéfices globaux les plus grands en terme de croissance du PIB et d’efficacité globale du système urbain, mais pourraient aussi conduire à une congestion plus intense et à des pénuries en eau.

Le futur de l’urbanisation

Croissance économique et urbanisation rapide sont allés main dans la main. De 1990 à 2007 la population urbaine a plus que doublé, alors que le PIB réel a été multiplié par 10. L’investissement privé s’est concentré sur les villes, et l’expansion de la classe moyenne a été un phénomène urbain.

Les changements à venir

De 1990 à 2007, les villes ont cru principalement en incorporant leur voisinage et ses populations. Elles ont financé leurs améliorations d’infrastructures et de services en achetant les terres agricoles et les revendant pour le développement à des prix beaucoup plus élevés. Ces pratiques ont provoqué des tensions parmi les agriculteurs, mais sont probablement la cause principale de la quasi-absence de bidonvilles dans les villes chinoises, ce mode de financement permettant aux gouvernements locaux de fournir les routes, services et logements en ligne avec le gonflement de la population.

Le modèle de McKinsey montre que, selon les tendances actuelles, la migration jouera un rôle beaucoup plus important, représentant plus de 70% des nouveaux habitants des villes. Deux facteurs vont provoquer ce changement:
    a.    de nombreuses villes n’ont plus d’espace pour s’étendre, buttant sur d’autres limites juridictionnelles ou sur des terrains inadaptés au développement urbain.
    b.    le gouvernement a rendu difficile l’expansion selon l’ancien mode, les dirigeants nationaux craignant la perte de trop de terres arables, les effets de la spéculation foncières sur l’inflation et la poursuite des tensions sociales.

Bien que l’urbanisation dispersée soit la tendance, les mégapoles (populations > 10 millions) vont poursuivre leur croissance rapide. Au cours des deux prochaines décades, six villes - Chengdu, Chongqing, Guangzhou, Shenzhen, Tianjin, et Wuhan - vont rejoindre Pékin et Shanghai parmi les mégapoles chinoises. Le nombre d’habitants de ces villes va être multiplié par près de 4 et leur contribution au PIB va plus que doubler, de 11 à 24%.

Les Implications de l’ubanisation

Pour faire face aux besoins de ses villes la Chine devra construire, d’ici 2025, une capacité de 900 à 1.100 gigawatts de production d’électricité; 5 milliards de m2 de routes, 28.000 km de voies ferroviaires…
D’autres menaces se présenteront:

Foncier
La pression sur le foncier va s’accélérer, augmentant les inquiétudes sur la sécurité alimentaire du pays.

Energie, eau et pollution
Le besoin en énergie va doubler ou tripler. Alors que l’agriculture continuera à consommer plus d’eau que les villes, répondre aux besoins urbains va être un challenge considérable. La pollution de l’air, déjà critique dans les grandes villes va empirer si le problème n’est pas traité correctement.

Budgets
Le déficit budgétaire des villes atteint déjà 4% du PIB avant transferts de l’état. En 2025 Mc Kinsey estime que les villes auront à payer $214 milliards de plus par an pour étendre les services publics aux migrants.

Les bénéfices de la concentration

Les actions menées aujourd’hui transformeront de façon irréversible le paysage urbain chinois.
Les modèles, analyses et interviews de McKinsey montrent qu’un plan poussant la Chine vers une approche plus concentrée du développement urbain - les mégapoles ou satellites autour de grandes villes - apporte le meilleur rapport entre bénéfices et charges de l’urbanisation.

En Chine comme ailleurs, les plus grande villes  - particulièrement Shanghai - ont mieux performé que les plus petites, depuis les années 90. Les grandes villes chinoises ont l’avantage d’avoir des dirigeants municipaux promus après avoir géré de plus petites villes, des provinces, voire des ministères. Les promotions ont largement été fondées sur les performances.

La taille apporte aussi des avantages intrinsèques. Poussées par les infrastructures et la taille du marché des plus grandes villes, les multinationales se sont groupées dans ces centres urbains, amenant une concurrence plus intense, de nouvelles technologies et pratiques de management, et des emplois à plus forte valeur ajoutée.

En Chine se sont les villes qui financent l’éducation, et les plus grandes villes peuvent se permettre la meilleure qualité. 28 des 40 meilleures universités sont dans les six plus grandes villes, dont 18 à Pékin et Shanghai.

Les approches concentrées créent aussi une meilleure efficacité de la consommation énergétique.

Certes les inquiétudes environnementales représentent les plus grands inconvénients des approches concentrées.
D’une part, part, plus de terres agricoles seraient préservées. La pollution de l’eau serait mitigée, les grandes villes de Chine subissant une pression accrue des habitants plus aisés et du gouvernement central. Elles ont renforcé les mesures de traitement des eaux usées.
D’autre part, les gens aisés utilisent plus d’eau et l’approche concentrée exacerberait encore le problèmes de fourniture d’eau en Chine.
La pollution atmosphérique serait pire dans tous les scénarios.
La congestion du trafic routier sera également un sérieux problème.

(Source: Janamitra Devan, Stefano Negri, and Jonathan R. Woetzel, The McKinsey Quarterly, "Meeting the challenges of China’s growing cities")

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