Alcatel-Lucent dans la tourmente – Russo et Tchuruk quittent le navire

Alcatel-Lucent, en pleine restructuration (16.500 suppression de postes), a annoncé 1,1 md d’€ de pertes au 2e trimestre 2008, soit le 6e trimestre consécutif dans le rouge. La DG Patricia Russo et le  président Serge Tchuruk ont décidé de démissionner et partiront  avec des parachutes dorés (€6 millions pour Russo selon Le Monde).
Quelles sont les causes de cette débâcle après les espoirs nés en 2006 de la fusion entre Alcatel et Lucent?


«Le mariage est raté. Les administrateurs le savent. Mais ils n’ont pas de réponse évidente à apporter. En plus, ils sont divisés. Il y a une grave crise de gouvernance dans le groupe», témoigne un proche du dossier. Au moment de la fusion, la direction a été confiée à un tandem franco-américain. Serge Tchuruk, ancien PDG d’Alcatel, a pris la présidence, et Patricia Russo, ex-présidente de Lucent, la DG. Le conseil d’administration a de même été partagé, moitié français, moitié américain, moitié ex-Alcatel, moitié ex-Lucent.

Une guerre franco-américaine à la direction du groupe

Le camp français doute des capacités de Pat Russo.
Il estime avoir été roulé par elle sur la valeur réelle de Lucent et sur ses capacités technologiques. Dans les comptes 2007, il a fallu passer 2,5 milliards d’euros de dépréciations sur certains actifs américains qui n’avaient pas la valeur attendue.

Les administrateurs français ont donc demandé la démission de Pat Russo fin 2007.
Elle a constitué un front des administrateurs américains, les assurant qu’il s’agissait d’une manœuvre de Serge Tchuruk, toujours prêt à tuer ses dauphins pour garder le pouvoir et ramener tout le groupe sous influence française.
Une règle ayant été instituée imposant une majorité des deux tiers pour tout changement à la tête du groupe, la situation était bloquée.

Depuis, c’est la division. Français et Américains se soupçonnent. Les projets d’un camp sont dénigrés par l’autre.Un climat qui n’est pas sans rappeler celui qui régnait au conseil de Vivendi après sa fusion avec l’Américain Seagram en 2002.
Deux ans après, la fusion n’est pas opérationnelle: «C’est loin encore d’un fonctionnement normal. Beaucoup de salariés ne savent toujours pas de qui ils relèvent, à qui ils doivent rapporter. La confiance n’est pas là. Les informations ne circulent pas, les équipes se cachent des choses», affirme un responsable.

Le concurrence effrénée dans les télécommunications

Les groupes occidentaux se voient soumis à une double contrainte.
Les opérateurs de télécommunications exigent de nouvelles technologies, sans laisser le temps aux fournisseurs de rentabiliser les investissements de la précédente.
Les fabricants ont à faire face à la concurrence des fabricants chinois comme Huawei, qui proposent les mêmes équipements à des prix beaucoup plus bas.

Alcatel-Lucent classé autrefois numéro un mondial de son secteur, a perdu son avance technologique. Il n’est bien placé ni dans les mobiles ni dans Internet, ni dans les réseaux. Ses atouts, ce sont le fixe et l’ADSL.
Lucent a apporté dans la fusion de formidables parts de marché aux Etats-Unis dans le mobile, avec sa technologie CDMA (équivalent du GSM en Europe). Mais cette technologie n’a pas connu de succès hors US, notamment en Asie. Elle est de plus en plus concurrencée par le 3G.
 Ainsi Lucent, qui pensait vivre de la rente du CDMA pendant au moins dix ans, sait désormais que cela durera à peine cinq ans. Il doit dépenser des sommes considérables pour développer une nouvelle génération qui sera peut-être dépassée avant même de voir le jour.

«Le groupe doit sortir de la simple fabrication des équipements de télécommunication, pour résister à la pression sur les prix», a tranché Serge Tchuruk, à la lecture des chiffres. Sa nouvelle voie, selon lui, ce sont les services associés pour les entreprises. Mais le groupe y est peu présent : il y réalise à peine 17% de son chiffre d’affaires.

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1 Réponse à “Alcatel-Lucent dans la tourmente – Russo et Tchuruk quittent le navire”


  1. 1 Jérémie

    …et plus de 16000 camarades sur le carreau !

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