Une étude publiée en novembre 2006 par Philippe Jamet de l’ambassade de France à Washington, récapitule les chiffres-clés de l’énergie aux USA, les grandes orientations des stratégies énergétiques américaines, les initiatives lancées par l’administration fédérale, les grands chiffres de la R&D dans le domaine de l’énergie et les conséquences envisageables du changement de majorité récent au Congrès…
Chiffres clés de l’énergie aux USA
En 2005, la quantité d’énergie consommée aux Etats-Unis, toutes sources confondues a atteint 100 quadrillions de Btu (British Thermal unit), soit 29,3 PWh ou 2,5 milliards de Tep.
86% de cette énergie est d’origine fossile, 8% proviennent de la filière nucléaire et 6% des diverses formes d’énergie renouvelable.
2/3 de cette énergie provient de sources domestiques et 1/3 est importé.
En stagnation au cours de la décennie 70-80, la consommation énergétique américaine croît depuis lors à un rythme moyen annuel de 1,3%.

Les Etats-Unis demeurent les plus gros consommateurs d’énergie de la planète en volume et par tête d’habitant. Aux USA, 4,5% de la population mondiale, mobilisent 22,5% de l’énergie de la planète. Toutefois, cette part est en diminution sensible du fait de l’émergence de nouveaux acteurs énergétiques majeurs sur la scène mondiale : elle était de 25% voici 10 ans.
La France, à titre de comparaison, représente environ 10% du poids énergétique américain, pour 20% de sa population. La répartition des usages est voisine de celle des USA.
Les Etats-Unis disposent d’importantes sources d’énergies domestiques : second rang mondial pour la production de gaz naturel et de charbon, troisième rang pour le pétrole.
En termes de réserves cependant, la situation est très différente : au premier rang pour le charbon, les USA ne sont qu’aux 7e et 10e rangs pour le gaz et le pétrole.
La production pétrolière nationale diminue régulièrement depuis plus de 30 ans (-50%) et la production de gaz stagne sur la même période.
Cette situation est constamment en toile de fond des politiques et des stratégies technologiques américaines de l’énergie et du changement climatique.
Les énergies renouvelables représentaient en 2005 un peu plus de 150 millions de Tep, se répartissant en biomasse (45,8%), hydroélectrique (44,8%), géothermique (5,8%), éolien (2,5%) et photovoltaïque (1,1%).
Aujourd’hui, deux sources d’énergies renouvelables apparaissent en croissance : le bioéthanol et l’éolien, dont les volumes ont été multipliée par 4 au cours de la dernière décennie.
La production électrique
Le charbon reste dominant pour la production électrique avec 1/3 de la puissance installée et la moitié de la production. Importante par le nombre de réacteurs (104 sur un total mondial de 443), l’énergie nucléaire ne représente que 10% de la puissance installée et 20% de la production. Aucun réacteur nouveau n’a été mis en service depuis mai 1996.
Le parc électrique américain est en surcapacité en unités au gaz naturel qui représentent 42% de la puissance installée mais que 19% de l’énergie produite.


L’electricité éolienne
Fin 2005, le parc éolien des USA représentait une puissance totale de 10 GW, soit 1% de la puissance électrique totale installée.
Les orientations stratégiques de la politique énergétique
Les USA donnent la priorité à la diversification, l’augmentation et la sécurisation de l’offre énergétique. Les économies d’énergie ne sont pas prioritaires, alors que des gisements considérables d’économie peuvent être envisagés, notamment dans le domaine des transports.
Les hydrocarbures
Les USA n’ont pas renoncé à prospecter et à mettre en production de nouvelles sources d’hydrocarbures.
Une loi devrait très prochainement permettre de délivrer de nouveaux permis pour l’exploitation des ressources off-shore. La découverte de nouveaux gisements offshore profonds en août 2006, dans le Golfe du Mexique offre des possibilités nouvelles.
La mise en production de gisements pétroliers connus mais non exploités, par exemple dans l’Arctic National Wildlife Refuge, fait l’objet d’une bataille parlementaire depuis plusieurs années.
L’expérience canadienne d’exploitation des sables pétrolifères de l’Alberta, donne des idées aux américains. Le territoire des Etats-Unis recèlerait l’équivalent de 2000 milliards de barils schistes dans les formations bitumineuses (sables schistes) situées. Le seuil de rentabilité est entre 35$ et 50$ par baril et rend intéressante ces nouvelles ressources.
Le Charbon
Compte tenu de sa contribution majeure et des importantes réserves exploitables à bas coût sur le territoire, le charbon occupera durablement une place de premier plan dans les stratégies énergétiques des USA, à la fois comme énergie primaire et comme produit destiné à être transformé en gaz combustibles, en carburants et en hydrogène (procédé IGCC, coal-to-liquids, syngas).
La plupart des centrales thermiques au charbon sont de technologie ancienne et sont donc responsables d’émissions importantes de gaz à effet de serre (35% des émissions de CO2 des USA et 30% des émissions totales de GES sont dues au charbon).
L’administration Bush a lancé un vaste programme destiné à rendre « propre » l’usage du charbon.
L’énergie nucléaire
Vouée à l’extinction par les experts dans les années 1990, l’énergie nucléaire reprend des couleurs aux USA.
La stratégie américaine dans ce domaine se développe en trois phases :
- Aujourd’hui : extension de licences pour les installations existantes : sur les 104 unités existantes, 44 ont vu leurs licences prorogées de 20 ans et 34 unités devraient se voir attribuer une prorogation,
- A court terme (2010) : déploiement de nouveaux réacteurs par l’attribution de nouvelles licences (programme Nuclear Power 2010 ou « Génération III+ »).
- A long terme (2030) : lancement en 2000 de la Generation IV Nuclear Energy Systems Initiative dont l’objectif est « de développer et de démontrer des systèmes avancés d’énergie nucléaire qui satisfassent les besoins futurs en énergie tout en garantissant la sécurité, la durabilité, la responsabilité environnementale, la rentabilité et la non-prolifération ». 10 pays dont la France se sont joints aux USA pour élaborer une feuille de route et engager des activités de R&D sur les concepts de 4ème génération : réacteurs à neutrons rapides refroidis au gaz, au plomb ou au sodium, réacteur à eau supercritique, réacteur à très haute température.
Les énergies propres et renouvelables
Les Etats-Unis cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis des importations de pétrole. Dans son discours sur l’état de l’Union le 31 janvier 2006, Bush a fixé comme but de réduire de 75% les importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient à l’horizon 2025.
L’Advanced Energy Initiative vise à renforcer l’effort fédéral de R&D dans deux domaines, la production électrique et le transport. Sont particulièrement concernées, pour la production électrique : le solaire et les centrales au charbon « zéro pollution » ; pour les transports : l’éthanol cellulosique (avec pour objectif une rentabilité en 2012) et les véhicules à l’hydrogène.
Tous les secteurs concernés devraient bénéficier d’augmentations budgétaires substantielles dès 2007.
L’hydrogène
Les USA continuent d’investir lourdement dans la mise en place d’une économie de l’hydrogène, cette transition radicale constituant, de leur point de vue, la véritable réponse à la raréfaction des énergies fossiles et au problème du changement climatique.
En 2003, l’administration Bush a lancé l’ « Hydrogen fuel initiative », programme doté de 1,2 milliards de $ sur 5 ans, afin de parvenir à la commercialisation, à compter de 2020, de véhicules propulsés par pile à combustible et ce à l’issue d’une prise de décision de commercialisation devant intervenir en 2015.
A suivre : (2) La R&D dans l’énergie et l’influence de la nouvelle majorité démocrate au Congrès
environnement
, gaz
, pétrole
, réchauffement
, USA
, énergie
, états-unis ![[T]](http://static.technorati.com/pix/icn-talkbubble.gif)
Si vous avez trouvé de l’intérêt à ce billet, cliquez sur le petit bouton Fuzz pour voter pour lui. Merci!
0 Réponses à “L’énergie aux USA (1) – Chiffres clés et orientations stratégiques”
Laisser un commentaire