Le recrutement endogamique des directeurs d’hôpitaux publics

Endogamie : obligation pour les membres d’un groupe social de choisir leur conjoint à l’intérieur de ce groupe.En examinant le mode de recrutement et de promotion actuel des directeurs d’hôpitaux publics, l’iFRAP se demande si une telle méthode bureaucratique peut sélectionner les Directeurs dont ces établissements ont besoin pour être gérés avec l’efficacité maximun…

Les auditions en cours à l’Assemblée Nationale confirment que non, sauf exception.
En voici quelques déclarations :

Michel Ballereau, Directeur de l’Agence Régionale de l’Hospitalisation de Bourgogne :

« L’application de la réforme connaît des difficultés qui tiennent pour partie à ce que les directeurs d’hôpitaux, tous formés à la même école, issus du même sérail et soumis au même statut, tendent à faire persister l’esprit de corps ».

Jean-Michel Dubernard, député, Président de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Politiques de Santé :

« Vous avez raison de parler de l’endogamie du corps des directeurs ».

Michel Ballereau, Directeur de l’ARH de Bourgogne :

« Je partage ce point de vue. Il faut sortir de la monoculture actuelle et ouvrir la direction des hôpitaux à d’autres que les directeurs actuels. Diriger un hôpital est un métier difficile, mais c’est aussi un métier où l’immobilisme est impossible ».

Ces témoignages confortent la proposition de l’iFRAP d’élargir le recrutement des directeurs d’hôpitaux, notamment à des managers du privé. La récente transformation de l’ENSP (Ecole Nationale de la Santé Publique) en EHESP (Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique) est purement cosmétique. Comme dans la fonction publique d’Etat avec l’ENA, l’endogamie conduit inévitablement au repli et à l’inertie des heureux élus, et au découragement des autres.



Règles de recrutement et de promotion des directeurs d’hôpitaux publics

La façon normale d’accéder au poste de directeur d’hôpital en France est de suivre les cours de l’Ecole Nationale Supérieure de Santé Publique à Rennes (ENSP). Sorte d’ENA pour la santé, on y entre sur concours, interne pour les candidats déjà fonctionnaires, externe pour les autres. Une troisième voie, le tour extérieur, dispense du concours et permet d’accéder à l’une des 3 classes et des 23 échelons de la hiérarchie des directeurs d’hôpital.

Pour protéger le quasi monopole de l’ENSP, ce tour extérieur est strictement réservé aux fonctionnaires et sévèrement limité par certaines contraintes.

En lisant les volumes de décrets, on admire la précision maniaque des chiffres mais on regrette qu’aucun moderne Courteline ne se soit emparé de ces monuments administratifs.

A la sortie de l’ENSP, les étudiants ayant réussi leur examen choisissent parmi les postes de 3e classe disponibles, en fonction de leur classement, sans tenir compte des besoins et des souhaits des établissements recruteurs.

Les règles d’avancement sont également précisément spécifiées, y compris les minima, les moyennes et, plus stupéfiant, les maxima de durées de passage entre les échelons de directeurs.

« La durée maximum du temps passé dans chaque échelon est égale à la durée moyenne d’ancienneté majorée du quart pour les échelons à 4, 3 et 2 ans et du tiers pour les échelons à 18 mois. La durée minimum du temps passé dans chaque échelon est égale à la durée moyenne d’ancienneté réduite du quart pour les échelons à 4, 3 et 2 ans et du tiers pour les échelons à 18 mois »
.

Diriger un hôpital est très difficile. Les problèmes humains, techniques, financiers et logistiques sont à leur paroxysme.
Comment un tel système fermé de formation, de nomination et de promotion pourrait-il fonctionner ? Il est même étonnant que cette mécanique n’ait pas étouffé l’enthousiasme de tous les directeurs.
Les hôpitaux ont besoin de managers professionnels, de formations diversifiée et promus uniquement selon leurs résultats. Alors la qualité des soins s’améliorera, leurs coûts se rapprocheront de ceux des établissements privés et le budget de l’assurance maladie ne sera plus en déficit.


Et dans les hôpitaux privés ?

Pour répondre, voici, sans commentaires, une annonce parue dans Les Echos du 15/11/2005, mais pour des cliniques privées  :


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(Sources : iFRAP, Philippe François et Agnès Verdier-Molinié,Société Civile n°56 mars 2006 ; iFRAP, Philippe François, Société Civile n°62, octobre 2006)

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