L’industrie Française est mal en point

L’économie française a connu une croissance zéro au 3e trimestre 2006. Nos dirigeants, qui s’étaient précipités cet été pour s’attribuer le mérite d’un excellent 2e trimestre, paradent moins. Cette médiocrité cache un mal grave et profond, écrit Eric Le Boucher dans le Monde du 19.11.2006…


La France est repassée sous la moyenne européenne. Elle fait, en particulier, moins bien que sa grande soeur germanique pour la première fois depuis 1994. Or, sa relativement féconde démographie devrait lui donner une croissance supérieure. Il y a quelque chose qui cloche…

« Ce quelque chose, c’est l’industrie. La France est en train de perdre pied en matière industrielle, régulièrement, insidieusement, sans que personne ne s’en alarme en haut lieu » ou n’ose le dire…
« Avec du recul, la production industrielle n’a plus progressé depuis la fin 2000… Depuis deux ans, phénomène nouveau : la construction automobile s’effondre (- 15 %). »                                                          
« Comme les Etats-Unis, la France n’est plus capable de produire autant qu’elle consomme, elle importe donc du travail des autres. »

« La persistance de l’atonie industrielle devrait aujourd’hui chasser les lunettes roses du nez des optimistes : force est maintenant de constater que le mal est triple.

1. L‘industrie souffre d’un recul de sa compétitivité… Le problème n’est pas le coût des salaires mais l’impact accumulé des mesures qui rendent pénibles la vie des entreprises : prélèvements trop nombreux, bureaucratie paralysante… et, il n’est plus possible de l’occulter, les 35 heures. L’histoire retiendra que la RTT aura été le fruit amer d’une alliance objective entre les socialistes et les grands du CAC40, qui y ont trouvé leur compte et qui délocalisent, aux dépens des entreprises de taille moyenne et petite, celles qui emploient et produisent en France.

2. L‘industrie souffre de maux "structurels" dont l’inventaire est connu : l’investissement est insuffisant, les entreprises n’arrivent pas à grossir, les dépenses de recherche et développement ne sont pas à la mesure du défi de la mondialisation… Les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Russie) comptent près du double d’étudiants que l’Europe ! Comment croit-on pouvoir maintenir notre niveau de vie dans ces conditions ?

3. L‘industrie souffre de difficultés sectorielles. Le recul dans l’automobile est le plus alarmant étant donné son impact sur l’ensemble du tissu national. La sous-traitance des pièces se délocalise, il en sera de même des usines de montage »….
« L’autre lourd dossier est celui de l’aéronautique et des armements. Les entreprises françaises et européennes tardent à se réorganiser. Dassault n’exporte toujours aucun Rafale. Comment Airbus peut-il sortir du trou d’air, retrouver des moyens financiers et technologiques? »
La pharmacie française, dernier exemple, peut-elle survivre à l’incroyable accélération des dépenses de recherche qu’imposent les biotechnos ? En dehors de Sanofi, on s’interroge.
»

« Mais le plus inquiétant de ce noir panorama est que la prise de conscience de l’ampleur de l’effort nécessaire n’est pas faite chez les dirigeants politiques français (malgré les pôles de compétitivité et l’agence de recherche) et, encore moins, parmi les commissaires européens. Que l’industrie recule ? C’est normal, on va vers une économie de services, entend-on.
L’Allemagne est parvenue à refuser cette fatalité.
»

(Source : Eric Le Boucher, Le Monde, 19.11.2006)

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