Marie-Ségolène Royal a décidé de faire l’impasse sur l’Europe afin de ne pas effaroucher la « gauche du Non » qui parade encore. Plus un mot sur la Constitution européenne, elle dit vouloir « l’Europe par la preuve ».
« Or la seule preuve qu’elle apporte est celle de son mépris de la chose européenne, puisque ses "propositions" se rangent en deux catégories : celles qui existent depuis belle lurette, et celles qui n’ont guère de chances de voir le jour. »
Michel Barnier passe en revue, pour Le Monde, les « propositions » de Royal…
Les propositions qui existent déjà.
« L’Europe de la paix d’abord, qui se résume à reprendre les aides aux Palestiniens. Une mesure déjà engagée… à moins que Mme Royal ne parle de subventionner le Hamas directement et sans conditions. Quant à la tenue d’une conférence internationale de paix au Moyen-Orient, la France y a constamment oeuvré, tout comme à améliorer la coordination judiciaire contre le terrorisme… sujet sur lequel Nicolas Sarkozy travaille depuis 2002. »
« Sortir du pacte de stabilité les dépenses d’innovation et de recherche. Voilà bien une idée juste. Tellement juste que le pacte de stabilité a été revu en 2005, précisément dans le sens de l’assouplissement… L’on bée devant une telle méconnaissance de l’Europe. A moins que le secret d’une campagne réussie ne soit de promettre des choses qui ont déjà été accomplies ! »
Les mirages
« Mettre en place une fiscalité européenne très incitative en faveur des énergies renouvelables. A la France de prendre l’initiative et d’animer la coalition des pays volontaires, comme elle le fait aujourd’hui en introduisant un régime fiscal allégé sur les mélanges éthanol-essence. »
« Réorientation de la politique agricole commune (PAC) dans un sens plus favorable à l’environnement. Là, le mystère plane. En effet, la PAC a déjà été profondément réformée, en 2003, pour mieux protéger l’environnement. S’agit-il de la réformer encore, alors même que les mécanismes de la réforme précédente n’ont pas encore été assimilés par nos agriculteurs ? Mme Royal se moque, sans doute. Elle a bien tort. Loin de se réorienter, il faut que la PAC se stabilise, qu’elle soit moins paperassière et qu’elle retrouve une finalité essentielle : assurer un revenu décent aux agriculteurs et, avec eux, ménager les territoires et les ressources naturelles. »
« Quand elle parlait d’Europe par la voix de François Mitterrand ou de Jacques Delors, la gauche française avait une autre allure. Car ces propositions, dont l’indigence suggère qu’elles furent préparées dans la plus grande improvisation, n’ont pour objet que d’évacuer du chemin de la candidate des questions autrement plus cruciales : qu’a-t-elle à dire sur les frontières de l’Europe, sur le projet européen, sur le blocage institutionnel ? Quel rêve européen pourra s’incarner dans la future campagne française ? »
« Nicolas Sarkozy a, lui, tenu à y répondre, avec un souci du détail qui a surpris, dit-on. C’est qu’il ne s’agit pas uniquement de démontrer que l’on peut conduire le pays sur la scène européenne. C’est aussi affaire de respect vis-à-vis des Français, après le 29 mai 2005, et de nos partenaires européens. Ils auront compris une seule chose : Ségolène Royal ne montre aucun "désir d’avenir" pour le projet européen. »
(Source : Michel Barnier, ancien ministre des affaires étrangères, Le Monde, 12.11.2006)
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