Changement climatique : L’état de la négation

La revue New Scientist revient le 04.11.2006 sur les pressions que subissent désormais les scientifiques américains spécialistes du climat. Pour des motifs politiques et économiques, l’administration Bush et les lobbies de l’énergie tentent de marginaliser toute recherche sur le climat dont les résultats pourraient affaiblir l’argumentaire contre la ratification du protocole de Kyoto. Rappelons que les Etats-Unis, qui représentent 4,5% de la population mondiale, sont responsables de près d’un quart des émissions globales de CO2 d’origine humaine…

Kevin Trenberth reconnaît qu’il est visé. Il a soutenu que la saison dévastatrice des ouragans dans l’Atlantique, qui a engendré l’ouragan Katrina, était liée au réchauffement global. Pour les nombreux hommes politiques et la minorité de scientifiques qui insistent qu’il n’y aurait aucune preuve de cette relation, les idées de Trenberth sont inacceptables, et certains lui ont demandé de démissionner du panel international qui étudie le changement climatique.

Les sceptiques ont également dans le collimateur des scientifiques qui ont parlé de l’accélération de la fonte des glaces au Groënland et en Antarctique, et de la décongélation du permafrost de la planète. Ces inquiétudes seront abordées dans le prochain rapport de l’Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), l’organisation créée par les Nations Unies en 1988 pour évaluer les risques de changement climatique induits par l’homme.
Chaque fois que ces évaluations sont publiées, environ tous les cinq ans, certains des scientifiques Américains qui ont participé à l’étude deviennent les cibles d’attaques concertées destinées à ternir leur réputation et leur carrière. L’enjeu est la crédibilité de scientifiques qui craignent que notre planète soit en route vers le désastre et veulent avertir le publique aux US et ailleurs.

Ben Santer du Lawrence Livermore Laboratory en Californie connaît bien le type d’attaques dont les sceptiques sont capables. L’auteur principal d’un chapitre du rapport de l’IPCC de 1995, a été accusé de « nettoyage scientifique » à une époque ou le « nettoyage ethnique » était synonyme de génocide en Bosnie, d’avoir rajouté « l’influence humaine discernable sur le climat global » sans avoir consulté ses collègues. L’IPCC a conduit une enquête et conclu que les allégations étaient sans fondement.
Un autre scientifique qui a souffert de l’ire des sceptiques est Michael Mann de la Pennsylvania State University à University Park. Il fut attaqué après que le rapport 2001 de l’IPCC ait mis en avant son graphique en forme de « crosse de hockey » (hockey stick) montrant que les températures ont commencé une augmentation rapide au cours des dernières décennies. Les sceptiques ont accusé Mann de sélectionner ses données et de refuser de dévoiler ses méthodes statistiques qui, selon eux, biaisaient l’étude pour montrer un réchauffement récent. En 2005, le représentant au Congrès du Texas, le républicain Joe Barton, président du Comité de l’énergie et du commerce à la Chambre, a ordonné à Mann de fournir au comité tous les détails de ses procédures de travail et programmes d’ordinateurs.
« Il y a des gens qui croient qu’en flinguant Mann, ils peuvent flinguer l’IPCC, » a déclaré Santer.

Les « négationnistes » comprennent des scientifiques et des hommes politiques qui sont sceptiques des preuves scientifiques du changement climatique. Certains d’entre eux ont déclaré au New Scientist ne pas chercher à discréditer quiconque, mais à engager un débat scientifique sérieux, et à remettre en cause le statut d’arbitre de l’IPCC.
De nombreux auteurs de l’IPCC disent que c’est là un écran de fumée. Ils affirment qu’il y a un important réseau de lobbies et de scientifiques contre l’IPCC et ses rapports. Les industries automobile,  charbonnière et pétrolière ont coordonné et financé les attaques passées. Parfois, ce fut par des groupes de lobby à Washington lobby comme le Competitive Enterprise Institute (CEI). Récemment le CEI a fait de la pub télévisée argumentant contre le changement climatique, l’une d’elle finissant par les mots : « Le dioxyde de carbone, ils l’appellent pollution, nous l’appelons la vie. » Le CEI et financé par ExxonMobil, General Motors et Ford Motor Company.

Certains scientifiques sceptiques sont directement financés par l’industrie. En juillet 2006, The Washington Post a publié une lettre de l’Intermountain Rural Electric Association (IREA), une compagnie basée au Colorado, qui exhortait les producteurs d’électricité à soutenir le travail du grand sceptique, Pat Michaels de l’University of Virginia, à Charlottesville. Inquiet du coût potentiel des investissements dans les centrales électriques à charbon, afin de réduire les émissions de CO2, le manager général de l’IREA écrivait : « Nous estimons nécessaire de soutenir la communauté scientifique qui a la volonté de s’élever contre les alarmistes… En février de cette année, l’IREA a fait un don de $100,000 au Dr Michaels. »

Qu’achète cet argent ?
D’abord une capacité à répondre aux rapports de l’IPCC. Michaels a dit au New Scientist qu’un point clé du prochain rapport pourrait être les ouragans. Trenberth, qui est le chef de l’analyse climatique au National Center for Atmospheric Research (NCAR) à Boulder, Colorado, a excité les critiques en soutenant l’idée qu’il y a un lien entre le réchauffement global et les ouragans. Les sceptiques insistent qu’aucune preuve n’a été publiée pour cela. Trenberth dit qu’il relie simplement deux faits établis : « La température de la surface des océans monte à cause du réchauffement global, et des températures élevées en surface provoquent des tempêtes plus intenses. »

Avec les conséquences de l’hurricane Katrina, et une administration US qui reste hostlie aux inquiétudes sur le changement climatique, les affirmations de Trenberth sont de la dynamite politique. 

Un autre domaine sensible est le souci que les modèles existants des plaques de glace au Groenland et en Antarctique sous-estiment massivement la fonte future et l’élévation du niveau des océans conséquente. « Notre compréhension de la dynamique de la destruction de la glace a complètement changé au cours des cinq dernières années, » dit Richard Alley de Penn State University, un auteur de tête du chapitre sur les couches de glace qui s’attend lui aussi à se trouver dans la ligne de tir pour cela. « Nous pensions que cela prendrait 10.000 ans pour que la fonte atteigne le fond de la couche de glace. Mais nous savons maintenant que cela peut prendre 10 » dit-il.
Cette nouvelle théorie est venue de la découverte que, quand l’eau de surface de fonte de la glace est vidée vers le bas par des crevasses, elle peut lubrifier le joint entre la glace et la roche. Ce mécanisme semble expliquer l’écoulement plus rapide de la glace du Groenland dans l’Atlantique, mais il doit encore être incorporé dans les modèles de couche de glace, qui supposent toujours que le facteur limitant est la vitesse de pénétration de la chaleur dans la glace.
Michaels rejette l’idée d’une perte de glace plus rapide comme une « hystérie », et a lancé le défi à l’IPCC de justifier un changement des modèles de couche de glace.

Un troisième sujet à débats sera la façon dont l’IPCC traite les récents rapports de changement climatique désorganisant plus qu’anticipé le cycle du carbone. C’est lié à libération de grandes quantités de CO2 par les forêts tropicales et les sols, et de méthane par le permafrost qui pourraient accélérer le réchauffement. « Ces facteurs ne sont pas intégrés dans les modèles actuels, ce qui pourrait nous amener à sous-estimer le réchauffement. »

Certaines sources internes suggèrent que l’IPCC pourrait être plus prudent dans son prochain rapport que par le passé, mais cela ne devrait pas calmer les sceptiques.

Pour la majorité des climatologues, qui est convaincue que le changement climatique représente un danger réel au présent, le résultat le plus inquiétant de ces discordes est que les financements fédéraux pourraient être supprimés à ceux qui travaillent aux rapports de l’IPCC. L’Environment and Public Works Committee du Sénat US a commencé à enquêter sur le NCAR, l’employeur de Trenberth. Inhofe, le président du comité, a écrit à plusieurs reprises au NCAR et à d’autres agences pour demander des détails sur les engagements financiers et contractuels avec leurs employés. De nombreux climatologues contactés par New Scientist voient cela comme une tactique d’intimidation de ceux qui travaillent aux études IPCC
C’est potentiellement désastreux pour l’IPCC dont 38 des 168 collaborateurs scientifiques sont Américains (la nationalité la plus représentée).
Les scientifiques de l’IPCC s’inquiètent de voir leurs résultats écartés pour des motifs politiques et par les sceptiques financés par l’industrie.

(Source : Fred Pearce, NewScientist, 04.11.2006)
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1 Réponse à “Changement climatique : L’état de la négation”


  1. 1 Spomenka

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