Israël : des solutions intelligentes pour lutter contre le réchauffement global

De la géothermie à la biomasse, le pionnier de l’énergie Israélien, Ormat Industries, développe des sources d’énergies alternatives et renouvelables partout dans le monde.
Pays du Moyen-Orient, sans pétrole dans son sous-sol, Israël fait de plus en plus appel à d’autres ressources, l’inventivité de ses scientifiques et de ses entrepreneurs. Des schistes bitumeux à l’énergie solaire, les entreprises Israéliennes sont devenues des leaders mondiaux en énergies alternatives, exportant leurs technologies vers les clients du monde entier et réduisant en même temps la dépendance Israélienne aux importations de pétrole.

Le timing est bien choisi pour faire la promotion des énergies renouvelables. L’inquiétude des conséquences du réchauffement global monte partout, et l’intérêt pour les sources d’énergie non–polluantes grandit. Au même moment les prix du pétrole et du gaz sont proches des records historiques, rendant les alternatives plus compétitives.


L’une des success stories Israéliennes les plus improbables, compte tenu de l’absence locale de sources géothermiques, est Ormat Industries, basée à Yavne, qui est devenu le leader mondial en énergie géothermique. Fondée en 1965 par Lucien and Yehudit Bronicki, un couple qui en est aujourd’hui respectivement Chairman et CEO, Ormat a eu en 2005 un CA de $257 millions et a une capitalisation boursière de $1,3 milliards.
Les actions d’Ormat sur le Nasdaq ont plus que triplé de valeur depuis leur introduction il y a deux ans.

La géothermie
Pourquoi cet engouement pour la société ? Le succès d’Ormat tient à la percée d’une nouvelle conception de turbines développée par les Bronickis qui permet à des sources d’énergie renouvelables comme de la vapeur géothermique ou l’énergie solaire d’être convertie en électricité plus efficacement. Après avoir vendu les turbines seules pendant trente ans, Ormat s’est lancé au milieu des années 90 dans la construction de ses propres usines géothermiques utilisant sa technologie de turbines.
(A gauche, centrale géothérmique de 60MW à Mahai en NZ)
La société opère maintenant 11 usines dans cinq pays dont des unités en Californie, au Nevada et a Hawaï, qui collectivement produisent 360 mégawatts de courant, suffisamment pour alimenter une ville de 500.000 habitants. Ormat vend le courant produit dans ses usines aux services publiques locaux et enregistre un coquet profit. Les bénéfices nets ont atteint en 2005, $15,2 million, soit 5,9% des ventes, et ont grimpé à 12,25% des ventes au premier semestre 2006.
D’intérêt encore plus grand pour les investisseurs, Ormat et deux partenaires, le Japonais Itochu et l’Indonésien Medco Energi International, ont remporté un appel d’offre en juillet 2006 pour la construction d’une centrale géothermique de 340 mégawatts sur l’île de Sumatra, la plus grande unité de ce type au monde. Ce projet, et d’autres, vont augmenter la capacité de production de l’entreprise de 80% à la fin de 2008.

Récupération de chaleur
Les turbines Ormat permettent également d’obtenir plus de courant à partir des sources conventionnelles d’énergie. Dans des centrales électriques au gaz au Nord et au Sud Dakota Ormat a installé des systèmes qui récupèrent la chaleur normalement perdue et la convertit en électricité additionnelles. Des projets semblables sont en cours de construction dans l’état de Washington et au Canada. La division d’Ormat, « recovered energy power generation » (récupération d’énergie) a réalisé un CA de $9,2 millions au cours du premlier semestre 2006, contre moins $1 million au premier semestre 2005.


Schistes et sables bitumeux
L’entreprise se développe maintenant dans des domaines voisins.
Au début des années 90, Ormat a développé une technologie afin de produire du pétrole à partir des schistes bitumeux. Mais avec les prix du pétrole de l’époque, le gouvernement Israélien n’a pas voulu subventionner l’ambitieux projet d’exploiter les importantes réserves de schistes bitumineux du pays.
Ormat a alors adapté sa technologie pour être utilisée avec les sables bitumeux de l’Alberta au Canada, où elle est utilisée dans un projet conduit par Opti Canada qui devrait entrer en production en 2006. Ormat a 7,6% de la société Canadienne.

Biocarburant
En septembre 2006, Ormat est allé encore plus loin, en annonçant son objectif de commercialiser un nouveau biodiesel à base de 100% de végétaux avec une institution universitaire locale non révélée. « Le truc pour rester compétitif est d’utiliser des végétaux à haut rendement qui ne sont pas utilisée comme nourriture, » déclare Bronicki.
Ormat investira $60 millions sur trois ans dans le projet. Si c’est un succès, les Bronickis pensent que l’Afrique et d’autres endroits pourraient consacrer de larges surfaces de terres à la culture de plantes pour produire du carburant.

Ca semble grandiose, mais ce les rêves qui ont permis aux Bronickis de garder Ormat en vie au cours de décennies de lutte. Né en France, Lucien Bronicki  a développé la première turbine avec l’objectif de toucher les sources d’énergies renouvelables dans des zones éloignées. Contrairement aux concurrents de l’époque, qui proposaient des offres petites et improductives, la turbine la plus efficace de Bronicki pouvait générer jusqu’à 10 megawatts de courant.
A la fin des années 70s, Lucien Bronicki ne réussit pas à convaincre le gouvernement Israélien de financer un ambitieux projet d’énergie solaire utilisant sa turbine. Ainsi Bronicki porta ses vues sur la géothermie, qui domestique la vapeur, la chaleur ou l’eau chaude des geysers ou des sources chaudes pour produire de l’électricité. Bien connue en Islande et aux Philippines, la géothermie se développe maintenant aux USA, au Guatemala, au Kenya, et ailleurs grâce aux prix élevés du pétrole et aux soucis environnementaux.

Le grand avantage de la géothermie sur d’autres energies renouvelables comme l’énergie solaire et l’énergie éolienne est qu’elle ne dépend pas des éléments et produit du courant en continu. De nombreux projets géothermiques sont d’ores et déjà compétitifs avec des usines fonctionnant aux énergies fossiles. Le gros inconvénient est que les centrales géothermiques ont tendance à être petites. Selon la puissance de la source naturelle, elles ont en général une capacité qui ne dépasse pas 100 mégawatts.
Néanmoins, il y a d’énormes opportunités. « Nous n’avons fait que gratter la surface, » déclare la CEO d’Ormat, Yehudit Bronicki. Mondialement, les usines géothermiques produisent 8.900 mégawatts de courant, ou de quoi fournir un état Américain de taille moyenne comme le New Jersey. « Le potentiel connu est d’au moins huit fois plus important, soit 72.000 mégawatts », ajoute-t-elle, « et avec des recherches et développements additionnels, ce chiffre pourrait être doublé ». Les USA et l’Indonésie sont parmi les pays avec le plus grand potentiel géothermique.

Les perspectives sont moins claires pour le détour d’Ormat dans le biodiesel. La majorité des carburants de biomasse est aujourd’hui composée d’un mélange de diesel conventionnel et d’huiles végétales. L’un des challenges d’Ormat dans sa quête d’une alternative au pétrole à partir de plantes non comestibles est de développer un produit qui pourra être utilisé sans modifier les moteurs des voitures.
« S’ils réussissent, cela pourrait être une source majeure de profits pour la compagnie aucours des prochaines années, » prédit Yuval Zaira, analyste chez Israel Brokerage Investment, une banque d’investissement basée à Tel Aviv.

(Source : BusinessWeek, 01.11.2006)

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