Le 30 octobre 2006 marquera-t-il un tournant dans l’attitude des nations face au réchauffement ?

Ce jour-là est publié à Londres le rapport Stern sur les implications économiques du réchauffement climatique. Il s’agit du premier rapport de poids publié sur le réchauffement et les émissions de carbone par un économiste de renom, et il pourrait marquer un tournant dans le traitement par les états de cette question cruciale pour l’avenir de notre planète…

Les Britanniques sont face à la perspective du déferlement de nouvelles taxes vertes, afin de s’attaquer au changement climatique, et, ainsi que le rapport le plus autorisé sur le réchauffement global avertit, il en coûtera au monde €5,5 trillions pour s’y attaquer en une décade.

La revue de la situation par Sir Nicholas Stern, mandaté par le Chancelier de l’Echiquier Britannique, publiée le 30.10.2006, marque un point crucial en soulignant à quel point l’inaction ou l’action inefficace déclencherait une catastrophique récession économique mondiale. Le changement climatique incontrôlé transformerait 200 millions de personnes en réfugiés, la plus importante migration de l’histoire moderne, leurs habitats détruits par la sécheresse ou aux inondations.

Stern met également en garde que le successeur de l’accord de Kyoto, sur la réduction des gaz à effet de serre, devrait être signé l’an prochain, et non en 2010/11 comme prévu.
Il prévoit que le monde doit dépenser 1% du PIB global, soit environ €275 milliards, en relation avec le changement climatique dès maintenant, ou avoir à payer une facture de 5 à 20 fois supérieure pour les dommages causés en laissant la situation actuelle perdurer. Le changement climatique incontrôlé pourrait nous coûter jusqu’à €850 pour chaque être humain actuellement sur notre planète, environ 6,5 milliards de personnes.

Le rapport de 700 pages montre que la mise en place d’une organisation internationale sur le changement climatique, couvrant le monde entier, sera nécessaire, et que les pays pourront opter pour différentes méthodes de réduction des émissions. Les options vont de plus de taxes vertes au trading de carbone.

Le verdict de Stern va créer de féroces débats politiques, avec une conviction croissante au gouvernement que les taxes sur les activités comme conduire ou voler vont avoir à augmenter. 
La fuite d’une note du Secrétaire Britannique à l’Environnement, David Miliband, au Chancelier, publiée dans le Mail on Sunday, propose une liste d’augmentations de taxes vertes.
Downing Street estime maintenant que le public craint suffisamment le changement climatique pour payer plus pour les activités grosses consommatrices de pétrole.

Le rapport Stern plaidera pour l’extension du système Européen ‘cap & trade’, selon lequel les émissions de carbone sont plafonnées à un niveau défini, les entreprises qui ont besoin d’émettre plus devant acheter des droits d’émission à d’autres businesses à travers le monde qui polluent moins, ce qui encourage l’industrie à trouver des modes opératoires plus propres et plus économiques.
Il pressera aussi pour un doublement des investissements en recherche et une accélération du processus de Kyoto, signifiant que les négociations avec les USA devront être conduites alors que Bush est encore président. Les gouvernements internationaux avaient espéré négocier avec un successeur plus conciliant après 2008.
Downing Street croit que le rapport marque un moment décisif de politique internationale. Il est la première contribution de poids d’un économiste et non pas d’un scientifique, et les officiels Britanniques  pensent qu’il rendra crédible un calendrier qui pouvait sembler sans espoir. « Je pense que nous sommes à un point de bascule, comme nous l’étions en 2004/05 en termes scientifiques, » déclare une source à Whitehall.

La prévision de Stern coûte 1% du PIB global, soit en gros le même montant que ce qui est dépensé en publicité, et la moitié de que, selon la Banque Mondiale, coûterait une pandémie totale de grippe. Sans intervention suffisamment tôt, il estime que le coût serait de 5 à 20% du PIB, payé en partie par les états, en partie par le secteur privé. Mais il insiste que les actions unilatérales ne seront pas suffisantes. Si la Grande-Bretagne fermait toutes ses centrales électriques demain, la réduction d’émissions globales résultante serait annulée en 13 mois par l’augmentation des émissions de la Chine.

 

Stern plaidera pour la création de nouveaux financements pour aider l’Afrique et les nations en développement à s’adapter, mais indiquera que le challenge clé viendra des pays émergents comme la Chine et l’Inde. Les émissions de la Chine sont pratiquement égale à celles des USA et probablement en hausse, les Chinois ayant plus de voitures et de matériels électriques.

(Source : Gaby Hinsliff, The Guardian, 29.10.2006)

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2 Réponses à “Le 30 octobre 2006 marquera-t-il un tournant dans l’attitude des nations face au réchauffement ?”


  1. 1 Cooly08

    "Si la Grande-Bretagne fermait toutes ses centrales électriques demain, la réduction d’émissions globales résultante serait annulée en 13 mois par l’augmentation des émissions de la Chine."

    Ca résume bien l’évolution qui opère. On dépasse déjà ce que peut "encaisser" la planète, alors imaginez dans 1 an … dans 2 …

  2. 2 Miktip

    Maintenant qu’on leur dit que ça va toucher leurs sous il y en a peut-etre qui vont commencer à s’inquiéter…

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