L’élection de Joseph Kabila, 35 ans, fils du tombeur de Mobutu, Laurent-Désiré Kabila, assassiné en 2001, semble mathématiquement acquise, mais au Congo, les mathématiques…
Lors du premier tour, Joseph Kabila avait obtenu 44,81 % des voix, et Jean-Pierre Bemba 20,03 %. Le premier a de plus obtenu le ralliement de deux poids lourds du premier tour. Mais dans ce vaste pays sans tradition démocratique, rien n’est acquis.
Kabila est la cible d’une campagne destinée à le désigner comme le « candidat de l’étranger » (les Occidentaux ont montré qu’il avait leurs faveurs) et à mettre en doute sa nationalité. Dans un Congo meurtri par les invasions étrangères, le thème xénophobe de la « congolité » pourrait se révéler comme une terrible machine. Mais où ? Dans les urnes? Ou dans la rue, comme semble l’annoncer la pesante atmosphère qui règne à Kinshasa ?
A quelques jours du scrutin, les incidents sont limités, mais quasi quotidiens entre les partisans des deux anciens chefs de guerre. « La situation est calme en apparence mais va en se dégradant. Il suffit d’une étincelle… », dit-on à la mission de l’ONU au Congo (Monuc), dont les 17 600 casques bleus quadrillent le pays.
Kabila est soupçonné d’être rwandais et non congolais, une accusation qui vaut condamnation puisque les Rwandais ont ensuite voulu asservir le pays. Les zones d’ombre de sa biographie d’enfant adopté se greffent sur ces traumatismes nationaux pour nourrir les fantasmes.
« Vous n’accepterez pas comme roi un étranger qui n’est pas de votre peuple » , a ainsi martelé, citant le Deutéronome, une chanson diffusée sur l’une des chaînes de télévision dont Bemba est propriétaire. « Avec Bemba, les étrangers vont rentrer chez eux. Dieu a donné Kinshasa pour les Kinois. Ceux qui sont venus d’ailleurs ont grossi et nous, on meurt de faim », figurent au florilège de la cellule d’analyse des médias mise en place à Kinshasa par l’Union européenne.
Jean-Pierre Bemba n’a cessé de jouer sur la corde du nationalisme : se proclamant « 100 % congolais », il a exhorté les électeurs à choisir « la poule et non l’oiseau », manière d’opposer un Kabila venu dérober les richesses du pays au profit des étrangers (on lui reproche d’avoir accordé de généreuses concessions minières), à un Bemba attaché à la basse-cour nationale.
Curieusement, les deux protagonistes, eux, brillent par leur absence dans cette campagne placée sous le signe de la peur. Echaudés par les affrontements armés entre militaires et milices de chaque camp qui, en août, avaient accompagné la proclamation des résultats du premier tour, les deux protagonistes ne sortent plus de leur QG. Ni apparition en ville ni tournée en province. Seules les épouses continuent de battre campagne, dispensant quelques générosités sonnantes et trébuchantes au gré de la carte électorale de leur candidat de mari.
« Aucun candidat ne peut prendre le risque de se montrer en public. Il suffirait qu’il arrive quelque chose à l’un pour que l’autre soit proclamé président, » confirme Léonard She Okitundu, directeur de cabinet de Kabila
Privés de campagne, les Congolais n’auront pas eu droit non plus au duel télévisé. Le « débat contradictoire » sur les écrans, inédit dans ce pays, devait avoir lieu le 26.10, mais les candidats ont fait savoir qu’ils ne s’étaient pas mis d’accord sur ses modalités et que l’événement était annulé. Kabila, peu brillant à l’oral, refusait le face-à-face. Il exigeait que des journalistes interrogent chaque candidat et que l’émission soit réalisée dans les studios de la télévision nationale, gardée par ses partisans. Ce que M. Bemba, craignant pour sa sécurité, refusait.
(Source : Philippe Bernard, Le Monde, 27.10.2006)
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les congolais ne sont comme personne, alors qu’on s’attendait à des dégâts après la proclammation des résultats tout s’est passé dans le calme sauf une nuit où trois province du pays ont criées de joie de 20 à 22 heures pour une victoire de Bemba qui n’avait pour vrai que des rumeurs.