Perspectives économiques 2007 – 2 – Pourquoi des cigales aux USA et des fourmis en Asie

Second billet de la série : le déficit Américain peut-il durer ou va-t-on vers une crise majeure ?
Dans un premier billet intitulé « Un numéro d’équilibriste entre cigales et fourmis », nous avions vu que le gigantesque déséquilibre financier mondiale venait d’un excès de dépenses (ou d’une épargne trop faible) aux USA (les cigales, état, entreprises et particuliers) et d’un excès d’épargne en Asie (les fourmis), le second alimentant le premier.
Tentons ici d’expliquer, avec l’aide des économistes du cabinet Deloitte, pourquoi cette dépense et pourquoi cette épargne…


Pourquoi les Américains épargnent-ils si peu ?
Tout d’abord, à la suite des baisses d’impôts et des augmentations de dépenses publiques, le gouvernement des USA est passé d’un excédent budgétaire en 2000 (année de la première élection de Bush) à un large déficit en 2006.
Le changement représente 5.6% du PIB.
De plus, l’épargne des ménages a aussi décliné au cours des dernières années. C’était à attendre vu la hausse importante de la valeur des actifs des ménages, particulièrement l’immobilier.
Cette hausse de richesse apparente a permis aux gens de réaliser leurs objectifs d’épargne sans mettre de côté une partie de leurs revenus. Elle leur a également permis de s’endetter plus, sans porter atteinte à leur bilan familial par le système de prêts hypothécaires.

  • Le crédit hypothécaire permet d’utiliser l’hypothèque pour garantir un autre crédit que le crédit immobilier initial, afin de financer des biens de consommation courante ou des travaux à domicile. Avec ce système, le montant du crédit auquel l’emprunteur a accès ne dépend plus seulement de ses revenus, mais aussi, s’il est propriétaire, de la valeur de ses biens.

Déjà avant le récent déclin de l’épargne, le niveau d’épargne des ménages était relativement faible. Cela peut provenir du succès d’un système financier sophistiqué qui permet aux familles d’acheter rapidement et facilement des équipements chers à crédit, et ainsi de vivre au-dessus de leurs moyens. Aux USA, par exemple, il n’est plus inhabituel pour les ménages d’obtenir des prêts immobiliers hypothécaires sans apport personnel. Ce serait impensable en Asie.

La hausse de l’immobilier va-t-elle continuer à augmenter la situation financière nette des ménages US, réduisant le besoin d’épargner ?
La réponse est non.
Avec la récente hausse des taux d’intérêts, il y a déjà en cours un fort ralentissement du marché immobilier. Le stock de maisons invendues a considérablement augmenté, les ventes ont baissé, et les prix se sont, soit stabilisé, soit ont décliné sur les principaux marchés. Cela pourrait conduire à une hausse de l’épargne individuelle, ce qui implique une croissance ralentie des dépenses de consommation, et peut-être, le début du déclin du déficit courant.

Pourquoi l’Asie épargne-t-elle autant ?
Le niveau élevé d’épargne en Asie, comparé à l’investissement a des cause différentes selon les zones géographiques.

Epargne en % du PIB (ménages, sociétés, gouvernement)

La Chine
En Chine le système financier pour les consommateurs est sous-développé. Les banques se préoccupent avant tout d’offrir des crédits aux entreprises d’état. Seul 11% du crédit total va aux ménages (comparé à 30% en Malaisie et 48% en Thaïlande). La disponibilité de crédit pour les particulier est donc limitée, bien qu’en augmentation. Le retour sur épargne que les banques offrent aux consommateurs est faible et a peu changé en six ans. En outre, les consommateurs n’ont pas de choix.
Au contraire des pays développés, il n’y a ni de sécurité sociale publique, ni d’assurances privées, systèmes qui réduisent les risques en cas d’évènements imprévus comme  la maladie, le décès ou le chômage. Les Chinois ont donc une incitation forte à épargner pour les mauvais jours.
Maintenant, pourquoi l’épargne Chinoise a-t-elle crû, au cours des années récentes, plus vite que la hausse, déjà substantielle, de l’investissement ? La réponse est, en partie, que la sécurité sociale nette en Chine a diminué, alors que les sociétés d’état ont été privatisées et préparées pour l’économie de marché. Ainsi l’épargne des particuliers en % du revenu a augmenté.
Plus important encore, les entreprises privatisées et les autres entreprises privées, manquant d’accès facile au crédit des banques d’état, n’ont pas distribué une part importante des bénéfices pour financer l’investissement et nettoyer leurs bilans. En Chine 57% de l’investissement du secteur privé est auto-financé.
Les bénéfices non-distribués représentent environ 20% du PIB, contre moins de 5% en Inde.

Sud-est Asiatique
Cette zone n’a pas connu de hausse de l’épargne, qui est restée forte à près de 30% du PIB au cours de la dernière décade.
Mais la zone a connu un déclin de l’investissement, de 34% du PIB au milieu des années 90 à 26% aujourd’hui.
Ce changement a fait suite à la crise économique de 1997-98. A cette époque, de nombreuses banques avaient des actifs sous forme de prêts en monnaie locale et des passifs en $. Quand les monnaies locales se sont fortement dépréciées, la situation est devenue intenable. Dans les années qui ont suivi, les banques ont accordé les crédits avec beaucoup plus de prudence.
Plusieurs facteurs ont ainsi contribué à ce déclin de l’investissement.

  • Premièrement, la fin d’une bulle immobilière à la fin des années 90 a réduit les dépenses de construction.
  • Deuxièmement, la concurrence Chinoise a signifié moins de dépenses de création de capacités de production. Certaines compagnies du Sud-est Asiatique ont même délocalisé des investissements en Chine.
  • Troisièmement, la restructuration financière qui a suivi la crise de 1997-98 a conduit les entreprises à rembourser leurs dettes et les banques à nettoyer leurs bilans.
  • Finalement, la croissance plus volatile qui a suivi a atténué la demande d’investissement.

Ainsi les dépenses d’investissement ont décliné alors que l’épargne restait robustement stable. Le résultat est un surplus qui finance, en partie le déficit courant des USA.

Japon
Le niveau élevé d’épargne du Japon résulte largement des entreprises
qui ne répartissent pas leurs bénéfices.
L’épargne des particuliers a considérablement déclinée après la bulle de la valeur des actifs au début des années 90. Néanmoins, dû à l’insolvabilité de nombreuses banques, les prêts ont diminué encore plus, forçant les entreprises à garder leurs bénéfices pour nettoyer leurs bilans et investir, l’investissement lui-même étant faible.
La bonne nouvelle est que ce processus de nettoyage financier arrive a son terme. Ainsi, le surplus financier du Japon pourrait bientôt commencer à décliner.

(Source : Deloitte, Global Economic Outlook 2007 - Is a crisis imminent, or are things better than we thought?, octobre 2006)

 ,  ,  ,  ,  ,  ,  
Si vous avez trouvé de l’intérêt à ce billet, cliquez sur le petit bouton Fuzz pour voter pour lui. Merci!

Articles relatifs

0 Réponses à “Perspectives économiques 2007 – 2 – Pourquoi des cigales aux USA et des fourmis en Asie”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire