L’organisation des débats télévisés, une foire d’empoigne…
Espèce de « molletiste » !
L’organisation des débats télévisés, une foire d’empoigne
Trente centimètres, pas plus, sépareront le pupitre, légèrement en retrait, du candidat placé au milieu des deux autres, le tout formant une sorte de V. Jusque dans le moindre détail, l’organisation des débats télévisés entre les candidats à l’investiture présidentielle du Parti socialiste retransmis en direct, à 20 h 35, sur les chaînes parlementaires le 17 octobre, puis le 24 et le 7 novembre, a été âprement négociée par les représentants de Laurent Fabius, Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn.
De la couleur du décor au relevé précis des temps de parole en passant par la disposition des caméras, tout a été étudié à la loupe, soupesé. Jean-Pierre Elkabbach, président de Public Sénat, n’a pas pu s’empêcher de s’exclamer : « Vous revenez à la télévision de Brejnev, je vous rappelle qu’il est mort. »
Les palabres ont duré deux jours : lundi 9 et mardi 10 octobre, au siège du PS. Les moindres détails (pupitres, chaises, éclairage,…) ont été âprement discutés et rédigés avec un soin de notaire. Chacun avait son idée et n’en démordait pas.
Chaque réponse sera chronométrée : pas plus de trois minutes quinze secondes. Trente secondes avant, une petite lumière rouge, sur le pupitre, préviendra l’orateur qu’il lui faut conclure. Les prétendants disposeront par ailleurs de deux à trois minutes, en début et en fin d’émission, pour présenter leur candidature. Les plans de coupe des caméras ont finalement été acceptés, ce qui évitera - autre concession négociée -, des images figées sur celui qui parle.
Les autres chaînes de télévision sont furieuses d’avoir été exclues du jeu par leurs consoeurs parlementaires. Elles pourront toutefois retransmettre l’émission avec un décalage d’un quart d’heure. Elles auront également la possibilité de diffuser des extraits dans leurs journaux, sans passer, comme le suggérait l’équipe Royal, par les règles que la FIFA impose pour les matches de football : 90 secondes maximum, déjà montées, versées au pot commun.
Mais les partisans de la candidate sont demeurés intraitables sur un autre point : il n’y aura pas d’autres journalistes présents dans les studios VCF de Saint-Cloud, même dans une salle à part. Seuls, pourront pénétrer sur le plateau 30 invités (10 par candidat), à la condition expresse qu’ils soient muets et restent assis dans la pénombre.
Royal n’a jamais caché son hostilité à ces débats, réclamés avec insistance par Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. François Hollande a hésité et la candidate favorite des sondages a dû s’incliner à contre-coeur.
« Je vais voir comment (ces débats) vont se dérouler, il y en a trop, confie-t-elle au Monde. C’est à désespérer, ce qui se passe dans le parti : on n’arrête pas de se regarder le nombril ! ». Et de prévenir : « J’en accepte le principe, mais je me réserve pour la suite. » Mardi, le ton est monté avec la « suite » justement, c’est-à-dire le second volet des débats, organisés cette fois devant les militants, le 19 octobre, le 26 puis le 9 novembre.
Le numéro deux du parti, François Rebsamen, rallié à Royal, a tenté d’exclure toute présence de la presse, « même régional », mais il a été finalement convenu que les journalistes pourraient assister à ces rencontres, mais sans micro ni caméra. « Pourquoi pas débattre avec des cagoules ? », s’énervait à la sortie le fabiusien Claude Bartolone. « On veut un débat maîtrisé mais pas étouffé », soulignait pour sa part Jean-Christophe Cambadélis, proche de M. Strauss-Kahn. La délégation de Royal, menée par Patrick Mennucci, elle, n’a cessé de répéter au fil des discussions : « Nous, on ne voulait pas de ces débats. »
(Source : Isabelle Mandraud, Le Monde du 12.10.2006)
Espèce de « molletiste » !
Les esprits s’échauffent au PS. A peine la réunion sur l’organisation des débats entre les candidats avait-elle commencé, le 10.10.2006, que le représentant de Ségolène Royal, Patrick Mennucci, a tenu à faire une « déclaration solennelle » pour condamner « les attaques inacceptables de Laurent Fabius contre la candidate ». Le représentant de M. Fabius, Claude Bartolone, explose : « Elle n’est pas encore désignée ! On discute politique et c’est pas pire que d’être traités de molletiste ». Mise au point de Mennucci : « Molletiste, c’est pas une insulte, c’est une caractérisation politique ». [Guy Mollet, ancien secrétaire général de la SFIO, ancien président du conseil de la IVème république]
politique française
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