Al Gore, de bad joke, de looser, de personnage ennuyeux, à grand espoir démocrate ?
La vitesse du nouveau consensus est peut-être ce qu’il y a de plus remarquable dans l’affaire. Il a suffi d’un film sur le réchauffement de la planète, de nouveaux doutes sur Hillary Clinton, et d’un désir croissant de virer George W Bush de la mémoire américaine. . . et soudain Al Gore se voit oint par la classe des chatters comme le prochain candidat démocrate…
(Mise à jour le 11.10.2006)
Al Gore? Yep.
L’homme qui, après huit années de paix et de prospérité comme vice-président, n’a pas réussi à persuader les Américains de poursuivre l’héritage Clinton, mais avec un président qui ne baisserait son pantalon à tout moment (au sens propre). L’homme qui soupirait et s’ennervait au cours des débats avec Bush en 2000. L’homme qui se laissa pousser la barbe et se terra dans le Tennessee après le suspense final.
Al Gore, national joke . . . aujourd’hui sauveur national?
C’est, il est vrai, difficile à croire. Mais des choses plus étranges se sont produites en politique.
Le parallèle historique le plus évident est Richard Nixon. Lui aussi fut vice-président pendant huit années de paix et de prospérité sous Eisenhower, et lui aussi perdit une élection présidentielle extrêmement serrée en 1960 (et aurait probablement gagné, si les morts n’avaient pas voté en Illinois).
Il perdit ensuite une élection de gouverneur de Californie et quitta la politique, déclarant à la presse qu’elle « n’aurait plus à taper sur Nixon ».
Mais huit ans après sa défaite présidentielle, Nixon était assis dans le Bureau Ovale.
Une guerre qui tournait mal, sous la présidence de l’un de ceux qui étaient sur le ticket qui l’avait battu, Lyndon Johnson, traça la voie de la victoire de Nixon. Cela ne vous est-il pas familier ?
Et comme qu’il y avait « un nouveau Nixon », il y a « un nouveau Gore ». Il est détendu et énergique, disent ses potes.
Il a trouvé sa voix en se libérant des groupes de pression, des sondeurs et de la prudence qui avaient handicapé sa candidature en 2000. Encore plus massif, plus carré qu’autrefois, il a une allure de bûcheron du Tennessee, et il cogne fort, " La démocratie est en danger ! ", proclame-t-il. Le film non plus ne fait pas dans la nuance : " A l’été 2050, toute la glace de l’Arctique aura peut-être fondu… 279 espèces animales ont déjà commencé à réagir au réchauffement climatique et à se rapprocher des pôles "…
An Inconvenient Truth est aujourd’hui le troisième plus gros succès de l’histoire du documentaire (derrière Fahrenheit 9/11 et La Marche de l’empereur mais devant Bowling for Columbine). Pour Al Gore, c’est devenu un " véhicule ". Depuis 2000, il professe la " désintermédiation " : la suppression des intermédiaires qui finissent par forger une pensée convenue, éloignée de la réalité. Il préfère s’adresser lui-même aux individus. Tel un missionnaire, il travaille les groupes un par un.
" Le monde l’a rattrapé ", dit une ancienne conseillère citée par New York Magazine. Al Gore est l’un des rares démocrates à avoir voté pour la guerre du Golfe en 1990. Il est aussi l’un des seuls à s’être opposé dès septembre 2002 à l’invasion de l’Irak.
En 2000, George Bush se moquait de lui et l’appelait " Ozone Man ".
Arianna Huffington, voix influente au Parti démocrate, s’extasiait après le visionnage du nouveau film de Gore : « Comme je le voyais interagir avec des supporters, accepter les congratulations et répondre aux questions, il irradiait l’engagement et la confiance. C’est un homme vraiment bien dans sa peau.
Gore adore la politique mais déteste les politiques. Bien sûr il est heureux et confiant maintenant. Ses parents sont morts et il peut de relaxer devant son porche Tennessee et penser aux fluorocarbones.
Il fait ce qu’il aime, traîner avec les geeks les plus cools de la planète (il est copain avec les Google guys), apparaître sur les couverture des magazines (Vanity Fair, Wired et New York, tout cela ce printemps), et maintenant faire la promotion d’un film, ‘Une Vérité qui dérange (An Inconvenient Truth)’, qui donne finalement à la réduction des émissions de CO2 l’attention qu’elle mérite.
Mais, en dépit d’une tenace « Gorite », la logique qui le guide comme future entité politique est solide.
Il y a peu de Démocrates enthousiastes d’Hillary. La gauche-libérale enrage de son centrisme calculateur ; en ce moment, le Parti Républicain ne pourrait s’unir que contre elle; et les questions sur le mariage Clinton ont fait la une du New York Times encore récemment, dans un éditorial la priant de ne pas être candidate.
De plus, Gore, a prouvé la justesse de ses vues sur un sujet qu’il creuse depuis des décades. Au cours des récentes années, il a révélé une accumulation de données nouvelles qui ont persuadé, même des sceptiques, que le réchauffement est réel, œuvre de l’homme, et potentiellement dangereux.
En politique, le timing est essentiel, et finalement, Gore a peut-être le bon.
Sur la sécurité nationale, Gore réussit, là aussi, à apaiser le centre Américain. Il a longtemps fait ses preuves de belliciste, particulièrement sur le Moyen-Orient. Il connaît bien la politique de défense, et fut durant des années un des ardents supporters de l’usage de la force, parmi l’aile conservatrice du Parti démocrate.
Les Américains ne devraient pas craindre une présidence Gore en matière de défense. Beaucoup d’autres démocrates sont vulnérables sur le sujet, qui est beaucoup plus important après 9/11 que sous Clinton à la fin des années 90.
Ce que Gore apporterait de plus, c’est une aversion sincère, passionnée et justifiée pour les tactiques que le tandem Dick Cheney et Donald Rumsfeld a déployées: torture, interprétations fallacieuse, enregistrement sans justifications et séparation sans raison des alliés.
Le Sénateur Républicains John McCain, pourrait réunir, lui aussi, cette combinaison de bellicisme et d’honneur. Mais peu de Démocrates pourraient le faire avec autant d’assurance que Gore.
Ensuite il y a le karma. Gore a gagné l’élection populaire en 2000. Si quelques vieilles dames de Palm Beach n’avaient pas été trompées par leur bulletin, et voté pour Patrick Buchanan, Gore aurait également remporté la Floride.
Tout le monde le sait et cette élection est toujours une blessure pour les Américains qu’une candidature Gore pourrait apaiser.
Le penchant de Gore pour le détail, pour les « merveilles » de la politique, peut aussi paraître, après Bush, moins comme un sujet d’irritation que comme un atout
Après avoir observé l’incompétence en Irak et dans l’après-Katrina, les Américains commencent à vouloir un président qui s’intéresse à la façon dont le gouvernement travaille. Bush ne l’a jamais été. C’était son charme. Cela le mène à sa perte.
Les Démocrates sont suffisamment affamés de victoire pour lui donner une deuxième chance.
Les stickers d’il y a deux ans proclamaient : « Re-elect Gore in 04 ». Mais il ne faut pas oublier les inepties de la campagne de 2000, la rhétorique sans saveur, l’impression de malaise de Gore dans le rôle de candidat.
Le livre d’Al Gore, " Un assaut contre la raison ", est attendu pour 2007. Se déclarera-t-il ? Candidat ou pas, le couturier Marc Jacobs a déjà fabriqué des tee-shirts : " Al, sauve-nous ! "
(Source : Andrew Sullivan, The Sunday Times du 28.02.2006; Corine Lesnes, Le Monde du 08.10.2006)
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Bien plus qu’un espoir Democrate…. un espoir pour nous tous !
C’est vraiment pas courant aux U.S. qu’un candidat perdant aux présidentielles se représente lors d’élections ultérieures… Faudrait que je check dans mon livre d’histoire (ou sur Wikipedia) mais je dirais que ça ne doit pas être arrivé plus de trois fois.
Gore, actuellement, n’est pas (encore) candidat.
Il se "tâte"…
c’est la meme monnaie pour une meme devise (terrorisme des peuples au nom de la democratie)
Mais Al Gore avait été élu 43 eme président des Etats Unis par le peuple américain.
Il à été destitué par un coup d’état électoral rendant ainsi caduque l’expression "de plus grande démocratie" pour les Etats Unis
C’est un peu notre Jospin national, mais sans ranch sur l’ile de Re !
Tout comme Poil à gratter
N’y-a-t’il pas un problème avec cette phrase:
"Il a trouvé sa voix en se libérant des groupes de pression, des sondeurs et de la prudence qui avaient handicapés sa candidature en 2008."
Sa candidature de 2008? Ne serait-ce pas plutôt 2000 ? Ou alors "qui pourraient handicaper sa candidature en 2008."? Enfin, "qui avaient handicapé" sans "s".
Sinon, l’article est intéressant !
Merci à Aurélie
Au delà de l’article qui est très intéressant et bien construit, je te tire mon chapeau car ton blog est d’une qualité que bien des professionnels devraient envier…
http://www.reopen911.org/
Je suis d’accord avec poil à gratter, Al Gore à bien été élu en 2000. J’espère qu’il se représentera pour obtenir enfin se qu’il avait gagné. Le monde à besoin d’homme comme lui, espéront qu’il sera aussi visionnaire qu’il l’est dans son film An Inconvenient Truth.