Premier billet d’une nouvelle série : le déficit Américain peut-il durer ou va-t-on vers une crise majeure ?
Le déséquilibre financier global se poursuit. Pendant longtemps les experts ont expliqué que plus le déséquilibre durera, plus dur sera l’atterrissage. Ils ont réclamé des politiques fortes pour mettre fin au déficit budgétaire des USA, baisser les taux d’intérêt en Europe et revaloriser le yuan Chinois. Aujourd’hui, certains suggèrent, en nombre croissant, que le déséquilibre est plus gérable qu’on l’avait imaginé et qu’il pourrait être résorbé graduellement, sans grande douleur…
D’abord, un fait basique : les USA dépensent beaucoup plus qu’ils n’épargnent (un déficit courant) et le reste du monde épargne beaucoup plus qu’il ne dépense (un excédent courant). En conséquence il y a un flux massif de capitaux du reste du monde vers les USA.
L’importance de ces transferts est sans précédent et ne peut être maintenu indéfiniment. C’est pourquoi, quand il cessera, cela pourra avoir un effet déstabilisant sur l’économie mondiale, ne serait-ce que par les changements de vitesse.
Certains experts estiment que les acteurs des marchés financiers savent cela et vont finalement modifier les parités monétaires et les taux d’intérêts dans une direction qui conduira à un déclin graduel du déficit.
Néanmoins, le déficit a persisté beaucoup plus longtemps que quiconque l’aurait imaginé, sans conséquences coûteuses. Peut-être sommes nous entrés dans une nouvelle ère où des transferts de capitaux massifs à sens unique peuvent avoir lieu sur une longue période sans conséquences sérieuses ?
Ainsi les experts se seraient-ils trompés ? Ou ce terrible atterrissage en catastrophe est-il imminent ?
Les explications possibles du déficit peuvent aider à prédire un scénario du futur atterrissage.
Il y a deux écoles.
Les pessimistes
L’école pessimiste, estime que le déficit est dû aux péchés des Américains : les consommateurs Américains épargnent trop peu et empruntent trop, pendant que leurs gouvernements élus font de même.
Le résultat est un besoin important de capitaux de l’étranger pour maintenir le niveau de vie Américain. L’argument est que le déficit deviendra insupportable le jour ou le reste du monde sera plus regardant au financement des largesses Américaines. Alors le $ baissera et les taux d’intérêt vont grimper, poussant les USA en récession et infligeant des dégâts à l’économie mondiale.
Deloitte Research a mis en garde contre cet aboutissement dans le passé. En outre, il y a des précédents historiques de ce scénario. A la fin des années 70, et à nouveau à la fin des années 90, un large déficit courant Américain fut finalement dissipé par une importante dépréciation du $, des taux d’intérêt en hausse et des récessions. Ce fut suivi par des crises financières dans les marchés émergents.
Les pessimistes croient qu’une crise finacière va se reproduire, mais peut-être à plus grande échelle.
Les optimistes
L’école optimiste, croit que le déficit est principalement du à l’excès d’épargne en Asie. Pour différentes raisons, les consommateurs et les entreprises Asiatiques épargnent beaucoup plus que la demande d’investissement dans ces pays. Ils doivent trouver des débouchés pour cet excédent d’épargne.
Les USA, eux, ne seraient que trop heureux de profiter de l’aubaine et d’importer cet excédent d’épargne, compte tenu de leur propension au déficit budgétaire et à l’endettement des particuliers. L’argument est là que le déficit est de la faute de l’Asie et qu’il persistera aussi longtemps que l’Asie épargnera en excès.
De plus, il y a des précédents historiques de larges transferts de capitaux continus et à sens unique. A la fin du 19e siècle, des quantités massives de capitaux allèrent de Grande-Bretagne vers le Nouveau Monde (USA, Canada, Australie et le reste de l’Empire Britannique). Ces flux furent beaucoup plus importants que les actuels en % du PIB, et durèrent pendant des décennies.
Ainsi, les optimistes affirment que la situation actuelle n’est pas mauvaise et qu’elle peut durer.
De l’autre côté, les pessimistes diront que le déséquilibre global a été artificiellement augmenté par les décisions politiques mercantiles des leaders Asiatiques.
C’est-à-dire que les banques centrales Asiatiques, menée par la Banque de Chine, ont financé en grande partie de déficit courant des USA pour éviter une augmentation de la valeur de leur monnaie. Sans ces interventions monétaires, le déséquilibre n’eut pas atteint le niveau actuel. Le $ aurait baissé, les taux d’intérêts US auraient augmenté, et le déséquilibre aurait décliné du fait d’une croissance US plus faible et d’importations US plus coûteuses.
Cette argumentation suggère que l’épargne Asiatique excessive a été soutenue par l’intervention des gouvernements locaux. Elle suggère aussi que l’économie mondiale est à la merci des leaders politiques Asiatiques.
Qui a raison ?
Il y a probablement du vrai dans les deux théories.
Les Asiatiques sont certainement enclins à trop épargner, et les Américains à trop emprunter. La bonne explication est que les USA et l’Asie ont trouvé là une confortable symbiose.
Les USA peuvent se laisser aller à des prodigalités faciles parce que l’Asie a tant d’épargne à disposition. Les deux régions se complètent. De plus, la hausse mondiale des matières premières a conduit à de vastes surplus dans d’autres pays (Moyen Orient, Russie) qui ont aussi été canalisés vers le financement du déficit US. Ainsi, le déficit global est le résultat de plusieurs situations exceptionnelles.
A suivre, n° 2, Pourquoi le Américains épargnent-ils si peu et les Asiatiques autant ?
(Source : Ira Kalish, Deloitte, Global Economic Outlook 2007 - Is a crisis imminent, or are things better than we thought ?, octobre 2006)
asie
, dette
, USA
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Ahhh sympa ce billet !
Incroyable !
L’Etat français vient d’avouer sa gravissime responsabilité en matière de dette publique.
dette-gouv.fr/
Mouais, sacrés optimistes ! on a vu où ce genre de lobying, soit disant optimiste a mené, mène ou mènera :
- éclatement de la bulle internet
- problèmes environnementaux
- problème de santé (amiante, tabac, …)
- Etc, …
Signé : un longtemps optimiste devenu réaliste !