Christian Streiff, PDG d’Airbus depuis à peine trois mois, aurait déjà remis sa démission.
S’agit-il d’une vraie démission ou d’une menace afin d’obtenir les coudées franches pour mener les actions drastiques nécessaires au redressement de l’entreprise.
Démenties par Airbus, les rumeurs témoignent en tout cas de fortes tensions chez EADS, la maison mère d’Airbus…
Des tensions fortes sont apparues lors du conseil d’administration de la maison mère Eads, le 29.09.2006, lorsque Christian Streiff a présenté son plan de restructuration d’Airbus. Le nouveau PDG estime une réforme en profondeur indispensable. « Airbus n’est pas encore une société intégrée », a-t-il déclaré, bien que cet objectif majeur ai-été annoncé comme réalisé par ses prédécesseurs.
Le fiasco de l’A380 le démontre. L’usine de Hambourg a réussi à cacher au siège qu’elle n’avait pas installé le logiciel de conception du groupe (la dernière version CATIA de Dassault Systèmes) pour le câblage électrique, et a pu continuer à « bidouiller » dans son coin, ce qui complique les connexions avec les autres tronçons et explique les retards actuels.
Le traitement de choc de Christian Streiff rejeté
Streiff propose dans son plan de restructuration appelé « Power 08 », un traitement de choc, passant par des réductions de coûts de 30% dans les secteurs fonctionnels, des suppressions de postes, des réorganisations de sites et surtout la fin du sacro-saint équilibre entre les deux pays. Ce projet aurait été bloqué le 29.09 par les Allemands qui craignent d’être pénalisés par la restructuration.
L’Etat français, par l’intermédiaire de Louis Gallois, coprésident d’EADS, auraient demandé un adoucissement des mesures pour éviter tout conflit social, à l’approche de la présidentielle.
Streiff veut plus d’autonomie
Devant ces réticences, Streiff aurait prévenu qu’il ne pourra pas exécuter son plan s’il ne dispose pas de l’autonomie nécessaire : il veut le pouvoir de nominations, une chaîne de commandement claire pour ne pas être court-circuité et aussi ne pas avoir à justifier chaque décision à sa maison mère et aux politiques. Il veut être un vrai PDG, quoi !Face à ce blocage, un second conseil d’administration s’est réuni le 03.10.2006. Il approuve une nouvelle version du plan de sauvetage, atténuée et vague.
Vague, car rien n’est dit sur les modalités de réalisation des 30% d’économie. Seules les grandes lignes sont esquissées, laissant libre cours aux rumeurs. L’usine de Hambourg redoute de se voir délester de l’A380. Streiff ne peut répondre clairement, car sa marge de manoeuvre n’est toujours pas réglée.
Le magazine Challenges, annonce alors qu’il aurait postulé durant le week-end à la présidence de PSA Peugeot-Citroen.
Conflit franco-allemand
Les français (l’Etat et le groupe Lagardère) affichent désormais leur soutien à Streiff. Après la démission de Noël Forgeard, président d’Airbus puis coprésident d’EADS en juillet, ils ne peuvent se permettre un nouvel échec.
En revanche, l’actionnaire allemand DaimlerChrysler s’oppose à cette autonomie. Il rappelle que l’une des résolutions prises par le conseil d’EADS lors de la crise d’Airbus en juin, est d’intégrer plus fortement cette filiale dans le groupe. Airbus est donc sous tutelle de sa maison mère, qui porte toute la responsabilité.
Pour les Allemands, le véritable patron d’Airbus est l’Allemand Thomas Enders, coprésident exécutif d’EADS dont dépend Streiff.
Une fois de plus, le conflit est envenimé par la structure bicéphale du groupe. Ce mode de gouvernance avait été décidé pour des raisons politiques voici sept ans lors de la création d’EADS afin de symboliser l’harmonie européenne. Il n’a cessé d’être source de différends.
Les Français ne sont pas en position de force
Malgré la faute grave de l’usine de Hambourg, les Français ne sont pas en position de force. Au niveau du conseil d’administration, son coprésident Manfred Bischoff est présent depuis la création du groupe. Il en connaît tous les rouages. Son homologue Arnaud Lagardère, à l’inverse de son père, a jusqu’à présent montré peu d’intérêt pour l’aéronautique. Il a préféré se concentrer sur les médias. Il en va de même au niveau de la direction exécutive. Thomas Enders (47 ans) est sorti renforcé par la démission de Forgeard, d’autant que son successeur Louis Gallois (62 ans), qui prend ses ordres à Bercy, entend tout faire pour réduire les dissensions franco-allemandes et éviter les vagues.
Le coprésident allemand peut donc pousser son avantage.
(Source : Dominique Gallois, Le Monde du 08.10.2006)
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