Mark Foley, représentant républicain de Floride, est au centre d’un scandale sans précédent, pour avoir envoyé des courriels à caractère sexuel a des lycéens en stage au Congrès. Au-delà, le New York Times a enquêté sur les difficultés à être gay et républicain…
Le scandale Foley
Le représentant républicain de Floride, Mark Foley, avait lui-même cosigné une loi contre la pornographie pédophile sur Internet. Cet élu est aujourd’hui accusé d’avoir échangé des courriels à caractère sexuel avec des stagiaires du Congrès, les « pages », des lycéens volontaires qui font des stages au Congrès, occupant généralement des jobs de coursiers, et logés sur place en internat.
L’un d’eux, a déclaré avoir reçu des messages « pervers » et a déposé plainte. Apparemment cela ne serait pas allé plus loin que des courriels.
Mark Foley, 52 ans, a dû démissionner de ses fonctions le 29 septembre, et, dans la foulée commencer une cure de désintoxication alcoolique. Mais il pourrait bien entraîner d’autres membres du Parti républicain dans sa chute. En effet, sa démission n’a pas calmé la violente tempête qui agite le Congrès depuis quelques jours.
C’est aujourd’hui la tête de Dennis Hastert, le président de la Chambre des représentants, que réclament de nombreuses voix dans le pays. Hastert est accusé d’avoir fermé les yeux sur ces actes répréhensibles. L’opposition lui reproche d’avoir « plutôt cherché à protéger le représentant que les enfants ».
Bush en personne s’est dit le 03.10.2006 « dégoûté » par ces correspondances. « Je suis déçu qu’il ait trahi la confiance que lui avaient accordée les électeurs ».
Dans cette vidéo le représentant démocrate Rahm Emanuel (Illinois) et le réprésentant républicain Adam Putnam (Floride), débatent sur ABC, « This week TV show », de l’affaire Foley et de ces implications.
La vie difficile des républicains gays au Congrès
Pour les républicains gays dans le monde politique de Washington, concilier vie privée et fonctions publiques demande une existence discrète. Mais le scandale Mark Foley a contrarié ce délicat équilibre. Depuis ils vivent « assiégés et soupçonnés » selon l’un d’eux.
Des groupes conservateurs rejettent la responsabilité du scandale sur le « mode de vie gay » et la puissance croissante des gays. D’autres font l’amalgame entre homosexualité et pédophilie.
Les blogs et sites conservateurs pointent que des gays ont joué les principaux rôles dans l’enquête Foley, suggérant que le parti était trahi par les gays qui tentaient de dissimuler l’inconduite de l’un d’eux.
De l’autre côté, un groupe d’activistes gays, outré par ce qu’ils appellent l’hypocrisie des républicains gays, fait circuler un document appelé The List, une liste de membres du personnel du Congrès gays et de leurs patrons républicains.
« Ainsi que vous le voyez, il serait facile pour certains de faire porter aux gays la responsabilité de ce qui pourrait anéantir le parti au Congrès, » dit Brian Bennett, un consultant républicain gay, qui fut longtemps chef de cabinet de l’ancien représentant républicain de Californie, Robert Dornan, qui qualifiait régulièrement les gays de Sodomites.
« J’attends juste que quelqu’un de haut placé en fasse une affaire gay, » ajoute Bennett à propos du cas Foley.
Les homosexuels, particulièrement masculins, à des positions cruciales ont de longue date, et particulièrement ses dernières années, joué un rôle important dans la vie du parti Républicain, même si ceci est largement caché. Ils ont eu des rôles décisifs pour faire passer des lois, mener les campagnes.
Connus en jargon d’initiés comme la « mafia de velours » ou les « éléphants roses » (l’éléphant est la mascotte du parti républicain), les gays républicains ont tendance à être moins ouverts sur leur préférence sexuelle que leurs homologues démocrates. Même si le G.O.P. (Grand Old Party = parti républicain) se veut « le parti de Lincoln » et un promoteur de la tolérance, il est perçu comme hostile par les gays et les lesbiennes. Les républicains ont fait la promotion des « valeurs traditionnelles ». Il y a très peu de modèles gays dans le parti ; le représentant de l’Arizona Jim Kolbe est le seul républicain ouvertement gay au Congrès.
Alors que la responsabilité de l’affaire Foley a été morcelée au cours des derniers jours, certains à Washington pensent la réponse inadaptée des républicains est née d’une indisposition envers l’homosexualité. Certains membres du staff républicain craignent que plusieurs homosexuels rattrapés par le scandale soient traités injustement.
Kirk Fordham, qui fut chef de cabinet de Foley et a démissionné le 04.10.2006 de son poste d’assistant du représentant républicain de New York, Thomas M. Reynolds, et Jeff Trandahl, ancien greffier de la Chambre des Représentants, un poste important qui supervise des centaines d’employés et le programme des pages, sont concernés. Les deux hommes ont été parmi les premiers à être informés des courriels de Foley. Avec les dirigeants républicains, ils sont critiqués pour n’avoir pas agi plus agressivement pour faire cesser le comportement du membre du Congrès, et éventuellement d’avoir couvert Foley.
Fordham et Trandahl ne cachent pas leur homosexualité. D’autres protègent difficilement leur vie privée.
« Vous apprenez à compartimenter vraiment bien, » dit un stratège républicain qui, comme beaucoup de gays républicains, a souhaité conserver l’anonymat, par crainte que cela n’affecte négativement sa carrière.
L’histoire de Kirk Fordham illustre les tensions potentielles entre la vie privée et la rhétorique professionnelle. Après avoir quitté son job avec Foley en 2004, il a travaillé comme directeur financier de la campagne du sénateur républicain de Floride, Mel Martinez. Dans cette campagne, un tract de Martinez accusait un rival politique de favoriser le « lobby homosexuel radical » en supportant la loi « hate crimes » qui incluait des protections pour les gays et lesbiennes.
L’un des faits inévitables, dit Bennett, l’ancien assistant de Dornan aide, est qu’ « il y a des jours où il est dur d’être un républicain gay. »
Quand nous lui avons demandé pourquoi il restait au parti, il donna la réponse habituelle des républicains gays : il dit qu’il restait en cohérence avec les quelques principes du gouvernement et son approche de la sécurité, et qu’il était engagé à changer ce qu’il considérait comme son attitude homophobe.
« Je me bats tous les jours, » dit Bennett, qui faisait parti de petit groupe de républicains gays qui rencontra Bush durant la campagne présidentielle de 2000.
Comme Bennett, d’autres membres gays de cabinets font le dos rond en travaillant pour des hommes politiques qu’ils considèrent comme infâmes par leurs remarques incendiaires et l’hostilité à leur cause.
Robert Traynham, le responsable de la communication du sénateur républicain de Pennsylvanie, Rick Santorum, a dû endurer les conséquences d’une interview à Associated Press en 2003 où Santorum comparait l’homosexualité à la bestialité, la bigamie et l’incest, entre autres. Traynham était ouvertement gay depuis des années, mais cela n’était pas très connu dans sa vie professionnelle, jusqu’à ce qu’un avocat des droits homosexuels révèle son homosexualité en 2005. Traynham a confirmé et Santorum a publié un communiqué pour le soutenir.
En contraste avec ce que beaucoup considèrent comme le développement de la rhétorique homophobe de la droite, des membres des deux partis disent qu’il y a une tolérance croissante pour les gays et les lesbiennes au parti républicain.
« Par rapport à il y a vingt ans, il y a une évolution vers une règle ‘ne demandez rien, ne dites rien’ », Steve Elmendorf, un stratège démocrate ouvertement gay.
Un additif à la règle pourrait être, « ne faites pas étalage ». « Ce n’est pas inscrit sur votre front, point final, » dit un membre gay du staff républicain.
D’autre soulignent que faire avancer les opinions et la carrière du boss est la priorité, et les membres du cabinet doivent rester en arrière plan. « La discrétion est ce que les membres du Congrès attendent de leur cabinet, peu importe ce que vous soyez, » dit Tracey St. Pierre, qui était chef de cabinet.
« Pour beaucoup de républicains conservateurs être homosexuel en soi est une indiscrétion, » dit St. Pierre.
Ce code de conduite s’étend aux hommes politiques républicains eux-mêmes, un point qu’à souligné Foley, qui a reconnu publiquement son homosexualité cette semaine seulement. Il apparaissait en public avec des femmes chaque fois que possible et selon un invité à l’une de ses réceptions, sa maison était décorée de photos de lui-même avec des femmes très attractives.
Foley avait toujours refusé de parler de son orientation sexuelle, un sujet qui attira de plus en plus l’attention lorsqu’il envisagea de se présenter au Sénat en 2004. Après l’intensification des rumeurs sur sa vie privée, il décida de ne pas se présenter.
Malgré son silence, les gens sur Capitol Hill considéraient qu’il était gay.
Joe Scarborough, un ancien membre républicain du Congrès, dit, « si vous êtes un républicain gay, vous devez vous comporter comme un républicain, parler d’armes à feu, chiquer du tabac, et conduire pickup truck. » Il disait cela en contraste avec les démocrates.
Les membres gays des deux partis décrivent l’affaire Foley comme quelque chose qui pourrait menacer le rôle que les gays et lesbiennes ont assumé dans la politique républicaine.
Sources : MARK LEIBOVICH, The NY Times du 08.10.2006 ; Le Monde des 03 et 05.10.2006)
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