Des investisseurs de tous bords se ruent sur le football anglais

La dernière affaire en date, celle qui fait le plus de bruit actuellement, concerne le club de l’est de Londres, les Hammers de West Ham United.
Transferts de stars argentines à « prix d’ami », rachat du club par des investisseurs inconnus, dans l’opacité la plus totale…

L’affaire West Ham

Media Sport Investment, MSI, la société qui se cache derrière le transfert de deux stars du football sud-américain à West Ham, et qui est liée à un projet de rachat du club, fait l’objet d’une procédure judiciaire au Brésil après une enquête pour blanchiment d’argent, à la demande du procureur de l’état de Sao Paolo, suite au rachat du principal club du pays, les Conrinthians.
Selon le rapport du procureur, dont The Guardian de Londres a eu copie, de l’argent serait ainsi blanchi pour le compte de l’oligarque Russe Boris Berezovski.

MSI possédait les contrats de 10 ans des deux joueurs de football, vedettes de l’équipe d’Argentine à la dernière Coupe du Monde, Carlos Tevez et Javier Mascherano, quand ils jouaient pour les Corinthians. La venue à West Ham des deux stars, quelques heures avant la clôture des transferts le 31.08.2006, est la conclusion d’un deal très étrange, qui voit le club de l’est de Londres payer une partie des salaires mais pas d’indemnité de transfert. Il est supposé que les joueurs pourront être transférés dans un autre club l’an prochain, sans que West Ham ne reçoive un penny.
MSI avait fait une offre de £75 millions pour acheter West Ham en 2005, qui a échoué, et son ancien président, Kia Joorabchian, un businessman d’origine iranienne, est entrain de faire une seconde offre.
Joorabchian a refusé de révéler l’identité de ses soutiens dans le deal des Corinthians en 2004, et les noms de ses commanditaires dans l’affaire West Ham. Il a déclaré : « Mr Berezovski est un ami qui n’a pas investi, ni n’investira dans mes projets actuels. »

Il a aussi catégoriquement nié toute participation à du blanchiment d’argent, et affirmé avoir obtenu un non-lieu dans l’enquête brésilienne. Il a déclaré avoir coupé ses liens avec MSI et que toute allégation de blanchiment devait être adressée à la société.

Berezovski a lui aussi nié avoir fourni les finances de MSI, et avoir un intérêt dans West Ham.
Au début de 2006, il avait été gardé à vue par la police à l’aéroport de Sao Paulo et interrogé durant plusieurs heures. Des documents, téléphones mobiles et un ordinateur portable ont été saisis.
Il est également recherché à Moscou pour complot contre l’état, ce qu’il nie, faisant état de persécutions pour des motifs politiques. Il bénéficie de l’asile politique en Grande-Bretagne.

Le rapport du procureur de Sao Paulo indique que les premiers fonds virés sur les comptes des Corinthians ne provenaient pas des Îles Vierges, siège de la maison mère de MSI, mais d’Europe de l’est. Les enquêteurs ont également des preuves de réunions entre les administrateurs Corinthians et Berezovsky. L’ancien vice-président du club, Antonio Roque Citadini, leur a déclaré que l’épouse de Berezovski s’est rendue au Brésil pour une réunion, son mari ne pouvant quitter Londres.

Les acteurs de l’affaire West Ham

Boris Berezovski, 60 ans, fut, autrefois, le mentor de Roman Abramovitch, le propriétaire du FC Chelsea, mais ils se sont brouillés, Abramovitch devenant un proche de Poutine. C’est un mathématicien devenu businessman, qui a fait fortune en rachetant à bas pris des actifs d’état durant la période chaotique de privatisation en Russie. Il est réputé avoir des relations étroites avec la mafia tchétchène.
Il fut le plus puissants des oligarques Russes jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Wladimir Poutine en mars 2000. Depuis il vit en exil en Grande-Bretagne et vient d’obtenir un passeport britannique au nom de Platon Elenin.

Un autre homme lié à ces affaires et le vieil ami de Berezovsky, Badri Patarkatsichvili, 50 ans, un ex-dirigeant du parti communiste de Géorgie. Les deux ont fait équipe en affaires et fortune dans les années 90, dans l’aluminium et le pétrole. Aujourd’hui, Patarkatsishvili, possède entre autres le club du Dinamo Tbilisi et est président du comité national olympique géorgien. Il vit dans son palais de la capitale géorgienne, entouré de gardes du corps. Il se rend de temps en temps à Londres, mais ne s’aventure jamais en Russie, où il est poursuivi pour diverses fraudes, à motifs politiques, selon lui.

Une figure clé dans l’histoire West Ham est Pini Zahavi, un journaliste sportif Israélien transformé en agent qui est devenu l’une des figures les plus importantes du football anglais.
Zahavi fut derrière quelques uns des plus importants transferts en Angleterre, dont ceux de Rio Ferdinand de West Ham à Leeds puis à Manchester United.
Son influence grandissant, il a facilité des ventes de clubs entiers : il a été très impliqué dans la reprise de Chelsea par Roman Abramovitch, et à aidé Alexander Gaydamak a racheter Portsmouth. Il confirme avoir joué un rôle des les transferts Tévez et Mascherano à West Ham, mais nie toute participation dans l’offre de reprise du club.

La seule personne qui admet une participation dans la rachat de West Ham est donc Kia Joorabchian, 35 ans, dont la famille a fui la révolution islamique en Iran en 1979 pour le Kent.
L’homme à un double passeport, britannique et candien, avec des dates de naissance différentes.
En Russie, on se souvient du rôle de Joorabchian dans les manœuvres financières qui ont permis à Berezovsky de prendre le contrôle de Kommersant, l’un des journaux les plus influents de l’ère post soviétique. En 1999, âgé de 28 ans, Joorabchian a acheté 85% du journal par l’intermédiaire d’une compagnie enregistrée aux Îles Vierges. Il avait affirmé ne pas agir pour le compte d’un autre. Quelques mois après le journal passa dans les mains de Berezovsky. Joorabchian affirme que c’est le dernier deal qu’il fit avec Berezovsky, et qu’il na pas agi comme son prête nom. Mais Berezovsky à la réputation d’être un businessman qui n’avance pas à découvert. « C’est toujours sa marque de fabrique, » dit un observateur à Moscou.

La Premier League, corne d’abondance

Si Berezovsky est effectivement impliqué dans le rachat de West Ham, il rejoindrait l’équipe d’investisseurs tentés par la combinaison de machine à cash, de glamour et de réglementation lâche du football anglais. Ce mix a attiré Abramovich et Gaydamak. Le milliardaire américain Malcolm Glazer a contracté une dette énorme pour racheter Manchester United, alors qu’un second tycoon US, Randy Lerner, vient de racheter Aston Villa.
Par ailleurs des négociations de reprise sont en cours entre Newcastle United et un fonds d’investissement américain. Enfin, un groupe coréen lorgnerait sur Reading, nouvellement promu. Et, aux toutes dernières nouvelles, Arsenal serait en négociation avec un autre milliardaire russe (billet à venir)…

Le cash vient largement de la télévision : la Premier League, fondée il y a 14 ans, est un étonnant succès, ouvrant une ère sans précédent d’opulence au top du football anglais.
Financé par Sky Network de Rupert Murdoch, la League est devenu un phénomène de télévision globale.
En 2006 elle a conclu un nouveau deal avec Sky et la chaîne satellite rivale Setanta qui fournira £1.7 milliards aux clubs sur trois ans, en hausse de 66% sur le précédent contrat. La valeur totale, en incluant les droits à l’étranger et les nouvelles technologies dépassera les £2.5 milliards, une corne d’abondance qui rend même un club du milieu de tableau comme West Ham extrêmement attractif pour les investisseurs.
Une autre attractivité de West Ham est les jeux olympiques de 2012 qui transformeront l’est de Londres. Dans six ans il n’y aura pas que le parc olympique, un shopping centre et de nouveaux quartiers résidentiels, mais un nouveau stade de 80.000 places, qui intéresse beaucoup West Ham.

(Sources : Ian Cobain, Paul Kelso & Tom Phillips, The Guardian du 14.09.2006; Le Monde du 16.09.2006))

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