Les Chinois ouvriers du monde virtuel

En Chine, dans des hangars, des dizaines de milliers de jeunes restent rivés à leur ordinateur, douze heures par jour, six jours sur sept. On les appelle les «fermiers» de l’or virtuel. Ils sont payés entre 50 et 100 euros par mois pour jouer à World of Warcraft (WoW), un immense jeu de rôle sur Internet regroupant près de 10 millions de joueurs à travers le monde…

Le travail de ces fermiers est de gagner, pour le compte d’autres joueurs, de l’or virtuel, des objets (armures, potions magiques), ou d’améliorer les performances d’un personnage. L’or virtuel, les équipements et les personnages ainsi créés sont revendus à des joueurs occidentaux qui n’ont pas l’envie de passer de nombreuses heures à progresser dans le jeu.
Le service pour un « chaman » au niveau 60, le maximum, élaboré sur mesure, est facturé 520 dollars au client.
La «ferme» propose des services plus simples, comme gagner pour vous mille pièces d’or en trois jours (cent dollars), ou assouvir une vengeance (prix variable). Aux produits courants prisés par les amateurs de jeux de rôle (une potion, une armure), les fermes chinoises ont peu à peu ajouté des réalisations à la commande.

Il y aurait dans toute la Chine entre vingt mille et cinquante mille de ces ateliers dédiés à l’économie virtuelle, selon Jin Ge, sociologue à l’université de San Diego. L’estimation est confirmée par plusieurs daes patrons. Certains ateliers sont très petits, d’autres sont de véritables entreprises déclarées, employant des centaines de personnes. La plus grosse répertoriée, dans la province du Shaanxi, compte près de 3 500 employés. Des patrons parlent même d’une prison dans le nord-est du pays qui fait jouer ses détenus pour engranger des profits, de la «concurrence déloyale», selon eux.

A l’autre bout de la chaîne économique, les acheteurs de ces sevices sont américains ou européens. Entre les deux, il y a de grandes entreprises américaines. La plus grande du genre, Ige.com, catalyse environ la moitié des reventes mondiales du jeu WoW. Ces brokers occidentaux d’un nouveau genre sont très mal vus par les patrons de fermes chinoises, car ils prélèvent des marges énormes sur les reventes. Ils profitent du fait que les fermiers chinois ne parlent pas l’anglais et n’ont pas l’expérience des marchés internationaux. Et surtout qu’ils ne sont pas autorisés en principe à jouer depuis la Chine avec des personnages inscrits sur des serveurs de jeux américains ou européens, ce qui les empêche de revendre directement objets et personnages.

Le volume de ce marché parallèle des valeurs virtuelles est gigantesque. Déjà estimé par les analystes entre 1,5 et 3 milliards de dollars par an, il pourrait atteindre 7 milliards de dollars en 2009. Il y a même un cours de l’or virtuel variant tous les jours contre le dollar, visible en graphiques sur le site incroyable mais vrai Gameusd.com.
Paradoxalement, la manne de ce commerce ne profite pas directement aux éditeurs de jeux vidéo, qui détiennent le premier marché. Blizzard l’éditeur de WoW est une filiale de Vivendi Universal Games.
«Même si cette économie leur échappe, les sociétés de jeux vidéo y trouvent leur compte car de nombreux joueurs se désabonneraient s’ils ne pouvaient pas acheter librement des objets virtuels», estime Jin Ge, le sociologue de l’université de San Diego.

(Source: Abel SEGRETIN, Libération du 01.01.2006)

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2 Réponses à “Les Chinois ouvriers du monde virtuel”


  1. 1 Quentin

    Pour information les personnes qui utilisent ces "systemes" qui permettent en effet de monter un personnage au plut haut niveau, de vous donner de l’argent, d’augmenter au maximum les métiers voulut sont passible d’un bannissement de compte et d’une amande. Blizard, créateur de WoW, interdit se type de transaction.

  2. 2 Argent

    Très bonne article, j’y adhère complètement ! Merci pour le partage ;)

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