Dominique Strauss-Kahn vient de publier un article dans Le Monde, qui constitue, enfin, au parti socialiste, l’amorce d’un projet politique digne de ce nom pour notre pays. En voici quelques extraits…
Premier défi : comment assurer notre approvisionnement en énergie ?
« L’arrivée de la Chine et de l’Inde sur le marché du pétrole fait flamber les cours : la dépendance du monde à l’égard du Moyen-Orient s’en trouve accrue. Or la géopolitique pétrolière est instable, et nous ne pouvons accepter que notre avenir dépende d’une alternance meurtrière entre les actes terroristes et la répression d’Etat…Qui plus est, la consommation massive d’énergies fossiles a des conséquences environnementales désastreuses. Nous sommes donc aujourd’hui obligés de remettre en cause une conception de l’énergie héritée du siècle passé.
Mais préparons-nous vraiment l’après-pétrole ? Mollement, trop mollement. Faute d’une impulsion politique l’Europe de l’énergie se fait toujours attendre. Elle est pourtant indispensable à la stabilisation de notre relation énergétique avec la Russie et avec les pays du Maghreb. La préservation de notre avenir énergétique passera à plus long terme par la poursuite sans relâche des économies d’énergie, la démultiplication de l’effort de recherche sur les énergies renouvelables et la domestication du nucléaire. Ces objectifs doivent constituer une priorité majeure de l’action publique. »
Deuxième défi : Comment dégager un nouveau compromis social ?
« Ce qui a rendu le capitalisme supportable en dépit des inégalités qu’il engendre, c’est qu’il autorisait une production de richesses d’une ampleur inédite. Dans un pays comme le nôtre, l’approfondissement de la mondialisation met à mal cet équilibre. Les délocalisations ont été l’illustration, populaire mais superficielle, de cette mutation. Sous la surface, la réalité n’est pas moins obsédante. A quelles conditions serons-nous capables demain d’assurer la croissance de l’emploi et du pouvoir d’achat, socle de notre pacte social ?
La simple prolongation du modèle existant est évidemment vouée à l’échec. Sommes-nous dès lors déterminés à conduire à son terme la seule stratégie gagnante, celle qui repose sur l’économie de la connaissance ? Rien ne le prouve. La descente aux enfers des universités françaises dans la hiérarchie mondiale en témoigne. Le retard accumulé dans le financement de la recherche publique et les difficultés de celle-ci à travailler avec le secteur privé, pire encore, la forme archaïque d’organisation de notre système universitaire fondé sur une faible autonomie, une faible compétition et de faibles moyens, constituent des causes réelles et profondes qui, si elles ne sont pas rapidement et énergiquement traitées, seront mortelles. »
Troisième défi : La durée de la vie
« Jamais notre société n’a connu une telle rupture en si peu de temps ! Ce bouleversement s’enracine dans les progrès de la biologie, reformule les relations entre les générations, menace d’effondrement notre protection sociale. Il pose par ailleurs en termes nouveaux la question de notre démographie et, avec elle, celle de l’immigration. Une France qui vieillit, c’est, à terme, une France qui meurt. Encourager la natalité ne suffira pas à enrayer ce mouvement : sa reprise est lente lorsque la confiance en l’avenir fait défaut. S’il peut alors être utile de favoriser l’adoption, c’est l’immigration qui constitue la solution principale. Il nous faut donc balayer les vieilles craintes aux remugles nauséabonds et concevoir une politique d’immigration positive. Pour cela, il ne faut pas se tromper de problème. Nous n’avons pas trop de chômage parce que nous aurions trop de bras ; nous avons trop peu de croissance parce que notre population ne croît pas assez. »
Quatrième défi : avons-nous la force morale d’aller de l’avant, de refuser le renoncement ?
« Je le crois, à condition que l’action politique retrouve son sens, à condition que nous nous débarrassions d’un populisme qui nourrit sa domination de nos échecs, à condition que nous retrouvions le sens du mot démocratie. Or notre démocratie est malade. La faiblesse du contrôle de l’exécutif par le Parlement la gangrène. Quand la pratique des institutions de la Ve République, qui avaient été conçues pour assurer la domination de l’exécutif, est vertueuse, qu’elle soit de droite ou de gauche, la situation n’est pas trop grave. Mais elle ne l’est pas toujours. Faute de pouvoir revenir sur l’élection du président de la République au suffrage universel, il est indispensable de rééquilibrer les pouvoirs entre ce dernier et l’Assemblée nationale. »
(Source : Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l’économie, Le Monde du 24.08.2006)
Bravo DSK, je pense que c’est la seule personne valable au PS.
Rien que dans la forme on remarque que c’est écrit intelligemment au moins il se fou pas de la gueule des français en baratinant des vérités comme Sarko et Ségo.
Je suis étudiant et l’année prochaine je pars à Bristol, juste comme exemple: j’envoie un mail à l’administration de la fac de Bristol : moyenne de la réponse : 3O min en plein mois d’aout en France c’est 2 semaines (vérifié plusieurs fois, heureusement qu’on a le téléphone).
Bref, selon moi il y a un problème de mentalité en France il faut se battre contre les gens en place pour sortir du lot en Angleterre j’ai l’impression qu’on nous y aide.
J’ai l’impression que le "je m’en foutissme" atteint même l’université surement à cause du manque de moyen (merde on tourne en rond).
C’est bien tu as choisi ta fac a Bristol, pourquoi n’en as tu pas fait de même en France ? As tu envoyé ces email aux memes services dans les deux facs ? Pour les même besoins ? Si non, compares ce qui est comparable.
Je suis de droite et en désaccord sur bien des points avec DSK, mais il s’agit d’un social-démocrate compétent et raisonnable.
Fuyant les populismes des deux bords, je souhaite qu’un candidat comme lui représente le centre-gauche aux présidentielles, pour le bien de la démocratie. Quant à la droite, Madelin n’étant plus disponible, nous verrons bien, mais sans alternative libérale, le colbertisme de Sarkozy nous guette.