Un œil sur les élections, les démocrates deviennent les ennemis de Wal-Mart

La stratégie démocrate, pour les élections au Congrès de novembre 2006 et peut-être pour la présidentielle de 2008, vire à gauche avec les attaques répétées des leaders du parti contre le géant de la distribution Wal-Mart, accusé de ne pas remplir son rôle social envers ses salariés Américains…
(à gauche, le Sénateur Biden en meeting anti-Wal-Mart à Des Moines)

Le Sénateur du Delaware, Joseph R. Biden Jr., un éventuel candidat démocrate à la nomination pour la présidentielle de 2008, a attaqué fort durant 15 mn, sous les applaudissements des démocrates et des responsables syndicaux, à Des Moines, Iowa, le 16.08.2006. Mais la cible principale de Biden n’était pas les républicains de Washington, ni même ses éventuels rivaux à la nomination.
Le Sénateur Joseph R. Biden Jr., rejoignant un nombre croissant de candidats démocrates faisant campagne contre Wal-Mart, a déclaré qu’il « ne voyait aucune indications qu’ils [Wal-Mart] faisaient cas du sort des gens des classes moyennes. Ils disent payer $10 de l’heure. C’est vrai. Comment pouvez-vous mener une vie de classe moyenne avec cela ?»

Le géant de la distribution Wal-Mart est le premier employeur privé des USA et la première chaîne de distribution mondiale.

Parmi les démocrates, Biden n’est pas le seul.
En Iowa cette semaine et dans tous le pays ce mois, les leaders démocrates ont trouvé un nouveau cri de ralliement dont beaucoup d’entre eux pourrait prouver la puissance dans les élections au Congrès en novembre 2006, et en 2008 : dénoncer Wal-Mart pour, selon eux, ses salaires bas et sa faible protection sociale.
Six concurrents démocrates à la présidentielle de 2008 ont fait des apparitions lors de meetings comme celui tenu par Biden, comme de nombreux candidats démocrates au Congrès dans des secteurs particulièrement disputés.

L’accent mis sur Wal-Mart fait partie d’une stratégie plus vaste adressant ce que les démocrates appellent l’anxiété économique générale et une perception croissante que les gains économiques des dernières années n’ont pas bénéficié à la classe moyenne ou aux salariés pauvres.
Leur alliance avec la campagne anti-Wal-Mart se conjugue avec leur insistance à Washington à relever le salaire minimum et à rendre les assurances santé plus accessibles. Cela suggère également qu’ils vont aller aux élections de novembre et à la présidentielle de 2008 avec un ton plus populiste.

Certains démocrates ont exprimés leurs inquiétudes de la direction prise par le parti, disant qu’elle risquait d’anéantir les efforts de certains leaders comme le président Bill Clinton pour effacer l’image anti-business du parti, et d’effrayer certaines sociétés qui pourraient faire des donations.

Malgré tout, ce qui est frappant dans cette campagne c’est l’ampleur du champ idéologique des démocrates qui l’ont rejointe, incluant certains qui dans le passé ont mis en garde le parti contre le risque d’apparaître comme hostile aux intérêts des affaires.
Le Sénateur de New York, Hillary Rodham Clinton, qui était au conseil d’administration de  Wal-Mart quand elle vivait en Arkansas, l’état d’origine de la société, a renvoyé un chèque de contribution de campagne de $5,000 de la compagnie l’an dernier. Mme Clinton a dit le faire pour protester contre la politique de protection sociale de Wal-Mart.
Des conflits d’agenda ont empêché Mme Clinton de participer à l’un des meetings organisés, selon ses collaborateurs. Mais elle soutient de nombreux objectifs de la campagne, ont-ils ajouté.

Il y a clairement pour les démocrates des risques de s’aliéner les employés et les clients de Wal-Mart.

Wal-Mart a lancé une contre-attaque. Lors d’interviews le 16.08, des cadres de la compagnie ont mis en garde les 1.3 millions d’employés Américains contre la campagne anti-Wal-Mart. Ils ont aussi mis en avant un sondage financé par la compagnie, selon lequel les Américains étaient, en général, en faveur de la compagnie.
 « Nous pensons que nos salariés votent, et il est de notre responsabilité de leur faire savoir quand un politicien parle pour ou contre notre compagnie, » a déclaré Mona Williams, une porte parole de Wal-Mart Stores.
Dans une lettre à ses salariés de l’Iowa, Wal-Mart a mis en garde contre les meetings, citant les participations du Sénateur de l’Indiana, Evan Bayh, Biden et du gouverneur du Nouveau-Mexique, Bill Richardson.
Wal-Mart « ne vous dira jamais comment voter, mais nous avons l’obligation de vous dire quand des politiciens disent des choses fausses sur votre compagnie. Après tout, Wal-Mart c’est vous, » dit la lettre.

Mais les démocrates disent être sûr que le message aura de la résonnance. John Edwards, l’ancien Sénateur de Caroline du Nord et candidat à la vice-présidence en 2004, a participé à un meeting anti-Wal-Mart à Pittsburgh il y a deux semaines. Il a déclaré dans une interview que son parti n’était pas vulnérable à un retour de bâton, tant que les démocrates auront clairement comme objectif l’amélioration de la politique en faveur des pauvres et de la classe moyenne.
« Wal-Mart comme exemple des problèmes qui existent en Amérique aujourd’hui, est une question politique puissante. Je pense que notre parti dans son intégralité est d’accord sur le fait que les gens qui travaillent dur devraient être en mesure de subvenir aux besoins de leurs familles. Quand une compagnie comme Wal-Mart manque à ses devoirs sociaux, cela devient impossible, » a-t-il déclaré le 16.08.

(Source : ADAM NAGOURNEY & MICHAEL BARBARO, The NY Times du 17.08.2006)

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