Le Congo va-t-il sortir du chaos par la démocratie ?

La République Démocratique du Congo (ex-Zaïre)  vit depuis 40 ans sous un régime despotique, puis en guerre civile sanglante. Les élections vont-elles permettre à ce grand et riche pays de trouver une voie démocratique ? Peut-être…


Le 30 juillet 2006 se déroulent des élections monumentales. Ce sont les premières élections organisées sous l’égide du multipartisme depuis 1965. Au cours des quatre décennies suivantes, après la splendeur, les habitants de l’ex-Zaïre ont subi une descente aux enfers mise en place par les fraudes, les détournements pharaoniques et le despotisme de feu le maréchal-président Mobutu…

Le pays, devenu entre-temps République démocratique du Congo (RDC), s’est effondré, lors d’une course vers la destruction, qui a commencé par des pillages généralisés et s’est poursuivie dans un cycle de guerres. Le second conflit, de dimension régionale, a impliqué sept pays africains, et fait plus de deux millions de morts selon l’organisation humanitaire International Rescue Committee.

Le conflit au Congo s’est terminé par la signature, en 2002 d’un accord de paix mis en application l’année suivante, mais la saignée de sa population, et les activités des diverses milices se sot poursuivies.
Une transition dirigée par Joseph Kabila, conjointement avec quatre vice-présidents représentant les principaux chefs rebelles a été mise en place. La formule avait une philosophie cachée, celle « d’acheter la paix » en confiant les ressources de l’Etat aux ennemis de la veille, qui se les partagèrent à leur profit. « Le prix en a été lourd. La corruption a atteint des sommets. Au fond, pour mettre fin à la guerre, on a mis au pouvoir une bande de mafieux, il était temps que cela prenne fin, » selon une source diplomatique.

La RDC va se doter d’un président, d’une Assemblée nationale et d’un premier ministre, si le processus ne déraille pas, et si les « seigneurs de la guerre » ne retournent à leurs pratiques habituelles. Au total, 25,6 millions d’électeurs doivent voter pour la présidentielle (deux tours) et les législatives (un tour).
Dans un pays vaste comme l’Europe des quinze et où les infrastructures ont pratiquement disparu, l’organisation de ces élections est un défi. Elles sont organisées par la Mission de l’ONU au Congo (Monuc) et son contingent de 17.000 casques bleus, le plus important au monde.

Pour identifier les électeurs, les inscrire et éditer une carte d’électeur avec photo, il a fallu diffuser à travers le pays des centaines de kits comprenant appareil photo numérique, studio photo et matériel d’édition. Une partie de ces kits s’est envolée dans la nature. Certaines listes électorales sont tombées dans le fleuve ou ont été égarées. « Le vote ne sera pas parfait », a averti Ross Mountain, l’un des chefs de la Monuc.
La Monuc a constitué la plus grosse flotte d’avions d’Afrique, pour acheminer 1 800 tonnes de bulletins à travers tout le pays.
Autre difficulté, le nombre de candidats. A Kinshasa, dans certaines circonscriptions, le bulletin de vote est grand comme un quotidien déplié, épais de six pages et contient les noms et photos de 800 candidats. Les urnes promettant d’être rapidement emplies à ras bord.
Pour la présidentielle aussi, l’excès semble de règle. Il y a 33 candidats. Joseph Kabila, 35 ans, est le favori. Arrivé au pouvoir après l’assassinat de son père, Laurent Désiré, en 2001, il a accepté l’instauration d’un régime semi-présidentiel et la réduction du mandat du chef de l’Etat.

Son principal adversaire est Jean-Pierre Bemba. Issu de la nomenklatura mobutiste, devenu homme d’affaires, il avait lancé une rébellion soutenue par l’Ouganda, avant de devenir l’un des vice présidents de la transition. Menacé de poursuites par la justice internationale en raison de crimes de guerre commis par ses troupes, Bemba a réussi à peser sérieusement dans l’élection présidentielle.

Mais tous les calculs sont suspendus à l’étendue des fraudes, et de la virulence des contestations.

Aucun incident majeur n’avait été signalé le 30.07.
Des files de centaines d’électeurs se sont formées partout dans les grandes villes du pays, de la capitale Kinshasa à Goma (Nord-Kivu, est) ou Lubumbashi (Katanga, sud-est).
Les responsables de l’Onu et les observateurs étrangers ont affirmé le 31.07.2006 que la participation était élevée et que les opérations de vote s’étaient déroulées dans le calme.

(Source : Jean-Philippe Rémy, Le Monde du 30.07.2006, AFP du 30.07.2006, Reuters du 31.07.2006)

Articles relatifs

0 Réponses à “Le Congo va-t-il sortir du chaos par la démocratie ?”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire