Canicule : L’Europe vers un refroidissement, mais ce serait un cataclysme

Pour les climatologues le phénomène s’appelle « l’événement froid à 8 200 ans ». Hollywood s’en est librement inspiré dans le film « Le Jour d’après ». La réédition d’un tel évènement en Europe est envisagé par de nombreux scientifiques et créerait aujourd’hui un cataclysme…

En effet, en pleine période de réchauffement et en l’espace de quelques décennies à peine, le climat européen s’était refroidi au point de perdre, selon les régions, de 3°C à 6°C en moyenne.
« L’explication généralement avancée à ce brusque changement est la vidange subite d’immenses lacs d’Amérique du Nord dans l’Atlantique, sous l’effet du recul de la calotte glaciaire qui recouvrait à l’époque le Canada actuel. Il se serait passé ce qui se passe parfois dans les régions montagneuses où un lac peut se déverser brutalement dans une vallée sous l’effet du recul d’un glacier qui le verrouillait, » explique le paléoclimatologue Didier Paillard.
L’apport massif d’eau douce dans l’Atlantique aurait alors fortement ralenti la circulation des courants marins qui tempèrent les climats en évacuant la chaleur de la zone intertropicale vers le nord de l’Europe. D’où cette mini-glaciation dans l’Atlantique nord.

Selon un article de la revue Science, ce scénario est confirmé quoique légèrement revu.
Selon Ian Hall, chercheur à l’université de Cardiff  qui a étudié les sédiments marins, « l’événement froid à 8 200 ans » correspondrait à deux événements successifs. Les carottages effectués font remonter ces deux coups de froid à 8 490 et 8 290 ans, provoqués par le brusque écoulement de deux lacs géants dans l’actuelle baie de l’Hudson.

Malgré le réchauffement, risque-t-on, dans les prochaines décennies, un nouvel "événement froid" sur l’Europe ? Certains climatologues ne l’excluent pas et précisent que le recul des glaciers contribue à alimenter l’Atlantique en eau douce et, donc, à freiner le Gulf Stream… Ce ralentissement est déjà observable, mais nul n’est aujourd’hui capable de dire s’il pourra supplanter ou seulement limiter, localement, les effets du réchauffement.

Les chercheurs mettent, en effet, en évidence des phénomènes toujours plus inquiétants attribués au réchauffement.

Une expérience scientifique fournit, dans la revue Nature, la première estimation chiffrée des récents changements de la circulation thermohaline dans l’Atlantique.
(Cliquer sur la carte pour l’agrandir)
La branche du Gulf Stream qui évacue une part de la chaleur du golfe du Mexique vers l’Atlantique nord a vu son débit se réduire d’environ 30 % au cours des cinquante dernières années. Le phénomène n’est en soi pas surprenant, en réponse à l’augmentation globale de la température terrestre, mais la magnitude du changement mesuré ici est considérable.
Les chercheurs ont relevé, en 2004, la température et la salinité de l’océan Atlantique, et comparé ces données à celles relevées à quatre reprises dans la seconde moitié du XXe siècle. Les variations mesurées indiquent que le débit du Gulf Stream est demeuré plus ou moins stable. Les voies de retour du cycle ont, elles, subi de profonds changements.
Selon les mesures effectuées, la première boucle de retour a gagné en intensité alors que la seconde a considérablement perdu. La perte de débit du courant tiède qui contribue à tempérer le climat de l’Europe occidentale est considérable : de 20 millions de m3 par seconde en 1957, il est autour de 14 millions de m3 par seconde en 2004.

Malgré de possibles biais expérimentaux, ces travaux coïncident avec toutes les observations menées jusqu’ici et n’étonnent pas les scientifiques.
« Nous observons depuis longtemps d’importants changements de salinité dans l’Atlantique nord et la difficulté qu’ont les eaux profondes à se former », dit ainsi Christine Provost, chercheur au Laboratoire d’océanographie dynamique et de climatologie.
Cette réduction de la salinité dans l’Atlantique nord est généralement attribuée à l’augmentation des précipitations, à la réduction globale de la banquise et à la fonte des bords de la calotte de glace du Groenland liées au réchauffement. Moins salée, l’eau est moins dense : elle tend donc à demeurer en surface et à être moins remplacée par les eaux tièdes provenant du golfe du Mexique.

« Les implications de ces observations sont considérables. Les relevés paléoclimatiques montrent que les températures de l’hémisphère Nord peuvent s’effondrer de plus de 10 ºC en quelques décennies et que ces changements abrupts sont intimement liés à des interruptions de la circulation océanique, » estime Detlef Quadfasel, chercheur à l’institut d’océanographie de l’université de Hambourg (Allemagne), dans un commentaire publié par Nature.

Le ralentissement actuel est-il susceptible de contrecarrer, en Europe occidentale, le réchauffement de l’atmosphère ? Selon Didier Paillard, un refroidissement important de l’hémisphère Nord pourrait survenir au siècle prochain. C’est ce que les scientifiques appelent le possible effet de «surprise climatique ».
Et puisque la température terrestre moyenne augmente inexorablement, un tel scénario impliquerait un très fort réchauffement de l’hémisphère Sud.

(Sources : Science, Le Monde, Nature)

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