L’Union Européenne provoque des suicides de jeunes femmes en Turquie

Régulièrement dans cette zone Kurde du sud-est de l’Anatolie, autour de la ville de Batman, très pauvre, rurale et profondément influencée par l’Islam conservateur, une jeune femme se suicide. D’autres sont lapidées, étranglées, abattues par armes à feu ou brûlées vives. Leur faute va d’avoir regardé un garçon, à porter une robe trop courte, vouloir aller au cinéma, avoir été violée par un étranger ou un parent, ou avoir eu des relations sexuelles consentantes…

Espérant entrer dans l’Union Européenne, la Turquie a alourdi les condamnations pour  les « crimes dits d’honneur ».
Mais, au lieu de diminuer le nombre de tels crimes, les vies se terminent différemment. Les familles essayent d’épargner à leurs fils les lourdes peines associées au meurtre de leurs sœurs en faisant pressions sur les filles pour qu’elles se suicident.
Selon les associations de femmes, il serait prouvé qu’un nombre croissant de filles « déshonorées » sont enfermées dans une pièce avec de la mort au rat, un pistolet ou une corde, leur famille leur ayant dit que le seul moyen d’obtenir la rédemption de leur faute était la mort.

Batman est une ville lugubre et poussiéreuse de 250.000 habitants, où la religion s’oppose à la Turquie laïque.
Au cours des six dernières années il y a eu 165 suicides ou tentatives de suicide à Batman, dont 102 de femmes, soit en moyenne 16 par an. Selon les chiffres officiels de violence contre des femmes des Nations Unies, 36 femmes se sont suicidées rien que depuis le depuis le début de 2006. Les Nations Unies estiment que 5000 femmes sont tuées chaque année dans le monde par des proches les accusant de déshonorer leurs familles ; la majorité de ces meurtres a lieu au Moyen-Orient.
Il y a eu tant de morts non naturelles que les Nations Unies ont mandaté un envoyé spécial à Batman en juin 2006 pour enquêter sur place. Après sa mission d’enquête, l’envoyé, Yakin Erturk, a conclu que si certains suicides étaient authentiques, d’autres étaient « des crimes d’honneur déguisés en suicide ou en accident. »

Les psychologues disent que les bouleversements sociaux dans une région touchée par le terrorisme jouent un rôle dans les suicides. De nombreuses victimes de suicides sont issues de familles de villages ruraux qui ont été déplacées des montagnes dans les villes à cause de la guerre entre la Turquie et le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKD), qui réclame un état indépendant dans cette région.
Des jeunes femmes qui ont, jusqu’à présent, vécu dans la structure morale stricte de leur famille et de l’Islam, sont subitement transplantées dans la Turquie moderne. Cela crée des tensions dangereuses, parfois mortelles, entre leurs familles et les valeurs laïques que les jeunes femmes essayent d’adopter.
La modernité peut avoir un prix élevé. Une fois qu’une femme est suspectée d’avoir eu des relations sexuelles hors du mariage, ses proches réunissent un conseil de famille pour décider de la sentence. Quand la nouvelle de leur honte s’est répandue dans la communauté, la famille décrète que seule la mort peut lui rendre l’honneur.

Les groupes de défense des Droits de l’Homme disent que la tendance récente des suicides forcés est une conséquence imprévue et sinistre des pressions de l’Union Européenne sur la Turquie de durcir les peines contre les crimes d’honneur.
L’Union Européenne a averti la Turquie qu’elle mesurait ses progrès en droits des femmes, et qu’un échec retarderait son entrée dans l’Union.
Jusqu’à il y a peu, un membre de la famille de la jeune fille « déshonorée », généralement un jeune frère de moins de 18 ans, se chargeait de l’exécution de la sentence de mort, et était condamné à une courte peine de prison, vu son jeune âge. Les sentences étaient également réduites par la défense qui plaidait la provocation de la part de la jeune fille.

Mais au cours des deux dernières années, la Turquie a modifié son code pénal et imposé la peine de mort pour les auteurs de crime au nom de l’honneur, même commis par un mineur. Cela a conduit les familles à suivre d’autres voies, comme d’obliger leur fille à se suicider, ou de les tuer en déguisant le meurtre en suicide.

Afin de sortir les assassinats « d’honneur » de l’underground, Ka-Mer, une association locale de femmes, a créé une hotline pour les femmes qui pensent que leur vie coure un risque, et les aider à aller en justice.

(Source : Dan Bilefsky, International Herald Tribune du 12.07.2006)

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2 Réponses à “L’Union Européenne provoque des suicides de jeunes femmes en Turquie”


  1. 1 babar

    excellente raison pour fermer définitivement la porte de l’ue à la turquie.

  2. 2 Fabulae

    C’est affreux!!! Et pour quels méritent on ferais entrer la Turquie dans l’Union Européenne?! Rien que cela devrait suffire pour définitivement faire stopper sa candidature!

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