Les hedge-funds sont partout, même dans le football

Nuno Gonçalvez, est un Portugais, à la tête d’un hedge fund, outil financier très sophistiqué et très spéculatif. Ainsi qu’il le racontait au Wall Street Journal, son fond de 14 millions de dollars a la particularité d’investir dans le football…

Il cofinance l’acquisition par les grands clubs de jeunes joueurs portugais ou brésiliens en espérant que leurs performances permettront, trois ans plus tard, de les revendre à prix d’or. Cet hiver, le fonds a réalisé une grosse plus-value en cédant le joueur vedette de l’équipe du Portugal, Cristiano Ronaldo, à Manchester United pour $19,2 millions. Nuno Gonçalvez l’avait repéré lorsqu’il avait 16 ans à l’école de formation du Sporting Lisbonne, et il avait pris 35 % du joueur, dont la « valeur » était à l’époque de $640 000. dollars, Plus value $6.426.000 pour Gonçalvez.

Les hedge funds investissent partout, après avoir débuté en bourse. Le football comme le vin, les timbres comme la Bourse. Détecter ce qui va grimper avant les autres et les acheter, ou ce qui va descendre avant les autres et les vendre, tel est le principe. La méthode est risquée mais très lucrative en cas de succès : les fonds ne détiennent pas les titres, ils empruntent de quoi les acheter et ne payent que lorsqu’ils dénouent l’opération. L’effet de levier est maximal.

Total des actifs gérés par le Hedge Funds en milliards de $


Leurs bons résultats ont fait leur succès. Les hedge funds occupent aujourd’hui une place considérable dans le monde financier. Ils gèrent environ 1 200 milliards de dollars, le double d’il y a cinq ans. On compterait 8 500 fonds de ce type dans le monde. Cette industrie grandit très vite. Certains jours, les hedge funds représentent jusqu’à un tiers des transactions boursières à Londres ou à New York.

La puissance les a changés. Ils étaient, jusqu’à ces derniers temps, des acteurs passifs, se contentant de placer leur argent. Leur poids leur permet aujourd’hui de prendre des participations significatives dans les entreprises cotées pour contester les gestionnaires. Ils réclament un rôle actif chez Time Warner, General Motors, Arcelor-Mittal, ou Deutsche Börse.

En 1999, un hedge fund, « Long Terme Capital Management », s’écroule. La Federal Reserve Américaine(Fed) qui craint des faillites en cascade se rue à son secours. On découvre subitement les risques énormes, pour l’ensemble du système financier mondial, que ces jeunes sociétés font courir. La Fed recommande aux banques de ne rien prêter sans solide garantie.
Le risque de ce type de placement est extrême. Comme le succès a attiré du monde et comme les emprunts sont devenus plus chers, les marges des hedge funds ont fondu. D’où une prise de risque toujours plus grande et une extension à des domaines hasardeux, comme le foot ou le vin.

Les chutes des cours de Bourse en mai et en juin ont fait naître d’autres critiques : ces pertes seraient en partie imputables aux hedge funds dont les algorithmes accentuent fortement les tendances.
Il y a quelques jours, le procureur général du Connecticut, où nombre de ces fonds sont domiciliés, a déclaré que les hedge funds sont « dans un trou noir juridique ». Il demande aux autorités fédérales de fixer des règles régulation rapidement.

Faut-il réguler les hedge funds ? Le débat est relancé. Leurs défenseurs mettent, non sans raison, leur utilité en avant. Ils ne font, après tout, qu’un travail de financier prenant des risques importants. Réguler serait coûteux, complexe et, en définitive, guère possible.
Depuis vingt-cinq ans et le début de la libéralisation des marchés financiers, les Etats n’ont eu de cesse que de lever une à une les restrictions à l’innovation financière. L’adoption de lois destinées à limiter les hedge funds marquerait un tournant radical. Il y a peu de chances.

(Source : ÉRIC LE BOUCHER, Le Monde du 09.06.2006)

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