Hu Jintao et la nouvelle Chine

Le facteur déterminant de la stabilité globale pour les 20 prochaines années est la Chine.
Si tout va bien la Chine sera intégrée au monde développé et deviendra l’un de ses moteurs, sinon le principal. Si tout va mal, il pourrait y avoir une confrontation qui rendrait la Guerre Froide bien pâle en comparaison. Tous les scenarios intermédiaires sont possibles.

Le Président Chinois Hu Jintao, planifie bien sûr, le bon scénario, celui où Chine et USA iront main dans la main. Mais cette stratégie est pavée de dangers…

Un an avant le 17e Congrès de Parti Communiste Chinois (PCC), à l’automne 2007, Hu affine la stratégie qui lui permettra de naviguer à travers ce congrès, éventuellement avec une nouvelle équipe de leaders. Ce moment est crucial, car le parti doit désigner une personne, ou un groupe de personnes, qui prendront la direction après la retraite du Hu.

Comme cela s’est passé avec Jiang Zemin avant lui, Hu pourrait aller de façon décisive vers la « droite » (très réformiste) après une période initiale à « gauche » (grande prudence politique). En politique Chinoise, traditionnellement, le pouvoir est d’abord consolidé par une politique conservatrice de « gauche », mais après le leader veut établir son héritage historique et, pour cela, faire des réformes améliorant la vie des populations et boostant le développement du pays.
Ceci est crucial pour la survie politique du PCC. Les Chinois attendent de leurs leaders qu’ils améliorent leur vie, c’est-à-dire, plus d’argent et plus de liberté. Ils acceptent que le changement vienne graduellement. Ce pacte social tient le pays uni, et aucun leader ne peut s’en affranchir.

L’ancien leader Deng Xiaoping a reconnu que les réformes devaient être relancées après le l’arrêt dû à Tiananmen en 1989. Jiang a lui profondément restructuré le vieux système d’entreprises d’état en 1997, licenciant des millions d’ouvriers, et ouvrant le marché intérieur à la concurrence internationale avec l’entrée de la Chine à l’OMC. Maintenant c’est au tour de Hu.

Un regard plus précis sur la politique de Hu, révèle que celui-ci a déjà mené trois changements dans des secteurs cruciaux de la politique : Taiwan, religion et économie.

Taiwan

La stratégie de Hu est très différente de celle de ses prédécesseurs depuis Mao Zedong. Ceux-ci avaient tenté de dicter leurs conditions à Taiwan, qui étaient systématiquement rejetées ou ignorées. La situation était gelée.

Hu lui, ne dicte pas de conditions à Taiwan. Au lieu de cela, il a construit des réseaux pour influencer la politique Taïwanaise, avec des liens solides avec le Kuomintang (KMT) favorable à la réunification et le Democratic Progressive Party, favorable à l’indépendance. Il a été pro-actif, en prenant un gros risque politique, en accueillant à Pékin le président du KMT, Lian Chan, visite qui se transforma en grand succès.

La stratégie de Hu paye ses dividendes. Elle a déplacé la responsabilité des relations tendues de Pékin à Taipei. Et lorsque le président Taïwanais Chen Shui-bian a essayé de repousser les limites, les USA l’ont retenu. Et maintenant que Chen est pris dans un scandale politique, Pékin n’a qu’à regarder le show. Quoiqu’il en sorte, Pékin n’a rien à perdre.
 

Religion

Du 12 au 15 avril 2006, la Chine a accueilli une conférence Bouddhiste internationale à Hangzhou. Avec ce geste, Hu a accepté de reconnaître le besoin de religion chez le peuple, et sa volonté de canaliser ce besoin par une foi institutionnelle.
Ce changement pragmatique est en contraste avec les erreurs naïves des prédécesseurs de Hu, dont le refus de s’ouvrir à la religion et la résistance obstinée à un flux d’information plus libre, a conduit le peuple dans les bras de sectes apocalyptiques. La doctrine de Hu donne le signal de la fin de l’hostilité à la religion.
La Chine, le pays avec la plus grande population bouddhiste, pourrait faire du Bouddhisme, un instrument d’influence dans le monde
Ce dégel n’est pas limité au Bouddhisme. Hu a décidé de ne fermer aucune porte, par exemple avec le Vatican.

Economie

Lors d’une conférence en juin 2006 à Pékin, organisée par l’Académie Chinoise de Sciences Sociales, Olivier Blanchard and Francesco Giavazzi ont présenté un rapport détaillant comment la Chine pourrait booster la demande domestique et les dépenses publiques dans les campagnes, augmenter le revenu des gens, et en fin de processus, réévaluer le yuan.
Ce rapport est en ligne avec celui d’autres participants Chinois. Il s’agit de changer le modèle actuel, orienté vers l’exportation pour adresser l’énorme potentiel du marché intérieur. Ce marché n’est pas sujet aux restrictions politiques et stratégiques des marchés extérieurs, et potentiellement plus grand que tous les autres marchés réunis.

Une partie de ce projet serait de faire plein usage des immenses réserves d’épargnes Chinoises, en les déplaçant en partie des banques vers les assurances, qui pourraient offrir de meilleurs services aux individus. Actuellement l’épargne est utilisée par les particuliers pour se prémunir contre les accidents, le chômage et la maladie, de même qu’en tant que fonds de retraite, tous services qui pourraient être rendus par les assurances.

Les compagnies d’assurance et les banques doivent utiliser leurs fonds pour des financements prudents et méritoires. Actuellement, ce sont essentiellement des entreprises d’état, produisant environ 20% du PIB, qui absorbent 70% du crédit bancaire disponible. Ces sociétés d’état sont responsables de presque la totalité des crédits bancaires « non-performants ». Mais l’argent des retraites dont être utilisé à de « bons » usages, et ne pas être dilapidé dans des projets risqués.

Les sociétés privées évitent, si possible, d’emprunter aux banques, même si les intérêts sont bas. Elles ne souhaitent pas s’exposer à des contrôles financiers ou fiscaux, et préfèrent payer 30% d’intérêt ou plus à des prêteurs, des usuriers ou des prêteurs sur gage, auxquels elles peuvent révéler leur bonne santé sans craindre que l’information ne soit transmise à des fonctionnaires de l’état.

Les banques rechignent également à prêter aux sociétés privées : si une société d’état ne rembourse pas, le responsable de la banque n’est pas tenu pour responsable, la banque rallonge simplement le crédit. Mais si une société privée ne rembourse pas, le responsable de la banque sera soumis à une enquête pour déterminer s’il n’a pas touché de pot de vin.

Ainsi l’objectif devrait être d’amener les entreprises privées, qui sont capables de payer 30% d’intérêt tout en continuant de croître, vers les banques. Si leurs taux d’intérêt était réduit à 5%, elles pourraient croître plus vite, plus d’argent seraient utilisé, et, éventuellement, ces sociétés, actuellement largement responsables de la croissance de la pollution, auraient le cash pour acheter des process meilleurs et plus propres.

Mais, comme dit plus haut, ces compagnies préfèrent payer des taux exorbitants à des usuriers. Tout d’abord, souvent elles ne peuvent produire aux banques les documents sur leur activité et leurs titres de propriété ; ensuite, si elles ont ce type de preuves, elles ne souhaitent pas qu’elles soient transmises à la police, qui les utiliserait pour prouver que leur bonne santé est due à la corruption, au vol ou à la fraude fiscale.

Le cycle idéal serait le suivant : (1) Une compagnie privée efficace reçoit un prêt à 5%, lui laissant le cash pour financer des équipements plus propres, consommant moins d’énergie et plus performants. (2) La banque a moins de mauvaises dettes et plus de cash en circulation, et de meilleurs profits. (3) Les profits en hausse permettront de meilleurs services d’assurance aux clients, moins chers. (4) Avec une meilleure couverture en assurance, les individus épargneront moins et consommeront plus, augmentant la performance économique et les profits de la société de l’étape 1.

Hors de ce chemin, il n’y a pas d’augmentation de la demande intérieure, par de vie meilleure pour les pauvres des campagnes, pas de réévaluation du yuan et finalement pas de développement économique.

Ainsi, deux choses sont nécessaires pour améliorer la qualité du crédit et de l’investissement, qui, à son tour, peut mobiliser l’épargne, la déplaçant des comptes en banque, et des matelas vers les compagnies d’assurance, et ainsi augmenter le service fourni aux faibles revenus, qui ainsi disposeront de plus de cash pour améliorer leur niveau de vie.
Les deux conditions sont une loi sur la propriété et une forme d’amnistie sur les délits économiques. Ce sont des étapes importantes et sensibles pour la Chine : sans elles, les choses pourraient s’immobiliser et finalement créer une rupture, car seuls le développement et le changement peuvent maintenir l’équilibre social.

(Source : Francesco Sisci, La Stampa, pour l’Asia Times du 28.06.2006)

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1 Réponse à “Hu Jintao et la nouvelle Chine”


  1. 1 idoine

    La dernière partie n’est pas pour moi une analyse, mais un playdoyer pour une solution "non-objective"

    Je cite + Hors de ce chemin, il n’y a pas d’augmentation de la demande intérieure, par de vie meilleure pour les pauvres des campagnes, pas de réévaluation du yuan et finalement pas de développement économique +

    Ben voyons, il détient la vérité Francesco Sisci.

    En plus, il demande il y met deux conditions - une loi sur la propriété et une forme d’amnistie sur les délits économiques.

    Pas un mot sur l’accès à l’enseignement, qui est souvent le principal moteur du développement interne - c’est sur qu’une Chine composé en grande majorité d’idiot arrange peut-être bcp de monde …

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