C’est une véritable ruée vers l’or « vert » que connaissent les USA. La transformation du maïs en éthanol, additif pour carburant, bouleverse l’agriculture américaine et présente des menaces pour le futur…
Des douzaines d’usines qui transforment le maïs en éthanol, ou alcool éthilique, qui est un substitut de l’essence, poussent partout à travers les USA, souvent dans des endroits éloignés de plusieurs centaines de kms des lieux de production du maïs.
Autrefois considéré comme le rêve vert des écologistes, l’éthanol est devenu le domaine des géants de l’agriculture qui ont longtemps fait pression pour son utilisation comme carburant, mais aussi de « newcomers » cherchant à toucher le jackpot.
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La nouvelle ruée vers l’or est due à un certain nombre de facteurs : de généreuses subventions gouvernementales, l’envolée de la demande d’éthanol comme additif à l’essence, une puissante mixture de politique des états « fermiers » et de perspective de générer plus de 100% de profit en moins de deux ans.
Le rush a lieu, malgré les inquiétudes sur les effets d’une conversion à grande échelle des ressources agricoles vers le biocarburant, qui pourraient provoquer une augmentation des prix de la nourriture des personnes et du bétail, comme transformer de vastes terres préservées en terrains agricoles.
En dépit de doutes continus sur les réelles économies d’énergies fossiles dues à l’éthanol, au moins 39 nouvelles usines d’éthanol devraient entrer en production avant un an, ce qui fera des USA le premier producteur mondial d’éthanol devant le Brésil. Les nouvelles unités vont ajouter 1.4 milliard de gallons par an, une hausse de 30% de la production actuelle 4.6 milliards de gallons, selon Dan Basse, président d’AgResources, une société de prévisions économiques de Chicago. En 2008, les analystes prévoient que la production d’éthanol pourrait atteindre 8 milliards de gallons par an.

Tout cela est attractif, mais il y a des risques cachés.
Quelques économistes et des responsables de l’agro-alimentaire s’inquiètent de restrictions de fournitures pour l’alimentation des hommes et du bétail.
De nombreux experts s’interrogent sur les bénéfices de l’éthanol dans l’approvisionnement du pays en carburant. Bien qu’il soit renouvelable, produit localement et réduise la pollution du carburant, de grandes quantités de pétrole et de gaz naturel sont nécessaires pour faire de l’éthanol à partir du maïs (culture du maïs, production de l’éthanol) laissant un bilan net douteux de l’utilisation des énergies fossiles.
Malgré ces doutes, l’investissement dans l’éthanol est l’un des plus « chauds » actuellement, et intéresse des petites coopératives agricoles aux hedge funds en passant par Bill Gates lui-même.
Il est néanmoins douteux que l’éthanol soit le sauveur énergétique que GW Bush a identifié. Il a demandé aux biocarburants (qui représentent actuellement 3% de l’utilisation totale de carburant) de remplacer les quelques 1,6 milliards de barils de pétrole par jour importés du Golfe Persique.
Pour réaliser le joint avec de l’éthanol à base de maïs seulement, les experts estiment que la production devra croître à plus de 50 milliards de gallons par ans ; au moins la moitié de terres agricoles du pays devrait être plantée de maïs pour éthanol.
Mais cela n’empêche pas les villes qui cherchent à insuffler de la vie dans leur économie locale, sinistrée par la perte de population, la consolidation des exploitations agricoles et les prix agricoles bas, de considérer la ruée vers l’éthanol comme une aubaine.
Que les USA utilisent du maïs, l’une des denrées les plus couteuses à cultiver et à récolter, pour contribuer à satisfaire les besoins du pays en carburant, est l’héritage des politiques qui ont sous-tendus pendant 30 ans la montée vers le sommet de l’éthanol. Les agriculteurs Brésiliens produisent de l’éthanol à partir du sucre à un prix environ 30% inférieur.
Mais dans la ceinture agricole Américaine, les politiciens ont soutenu le mouvement pro-éthanol pour promouvoir l’utilisation du maïs, la culture la plus abondante et la plus subventionnée du pays. Ces généreuses subventions gouvernementales ont maintenu les prix du maïs artificiellement bas, et encouragé les fermiers à produire à plein, conduisant à d’énormes surplus.
Alors que les agriculteurs voient peu des gigantesques profits, les raffineurs d’éthanol comme Archer Daniels Midland (ADM) engrangent.
L’Iowa est l’état où se déroule traditionnellement tous les quatre ans le premier « caucus » (primaires) présidentiel, chaque candidat visite l’état et fait allégeance à l’éthanol.
Histoire de l’éthanol comme carburant
(A lire "Quel Carburant pour les Transports ?")
L’explosion de l’éthanol à commencé dans les années 70, quand le CEO d’ADM, Dwayne O. Andreas, était un généreux donateur aux campagnes politiques et une figure bien connue dans les halls du Congrès où il faisait avancer l’idée de transformer le maïs en carburant.
L’éthanol peut être produit à partir de plusieurs denrées agricoles dont le maïs et le sucre de canne, et un jour, le blé et la paille. Mais vue la surabondance de maïs, la stratégie initiale d’Andreas fut de susciter de l’intérêt pour l’éthanol parmi les producteurs de maïs, et de persuader Washington d’accorder de généreuses incitations fiscales. Mais en 1990, lorsque le Congrès a demandé l’utilisation d’un additif dans l’essence pour limiter les émissions, ADM a perdu face à l’industrie pétrolière, qui gagna le droit d’utiliser le MTBE (Oxyde de tert-butyle et de méthyle), moins couteux, dérivé du gaz naturel, pour constituer les 10% d’essence requis.
ADM continue sa promotion de l’éthanol parmi les organisations agricoles, les politiciens et les médias. C’est de loin le premier bénéficiaire des subventions de plus de $2 milliards par an, via un crédit d’impôt de 51 cents par gallon aux raffineurs et blenders qui mélangent l’éthanol à l’essence. ADM fera en 2007 (année fiscale) un profit estimé de $1.3 milliard avec l’éthanol seul, contre $556 millions cette année.
ADM a d’énormes unités de production et dépasse largement ses concurrents. Avec sept grosses usines, la compagnie contrôle la production de 1.1 milliards de gallons d’éthanol, soit 24% de la production nationale, ou quatre fois plus que VeraSun, son premier rival pour l’éthanol.
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En 2006, poussé par la hausse des prix de l’énergie, le lobby de l’éthanol a réussi à percer dans sa campagne pour l’acceptation hors du croissant du maïs, en faisant inclure dans l’Energy Policy Act de 2005 l’utilisation de 5 milliards de gallons d’éthanol par an en 2007, croissant à, au moins, 7.5 milliards de gallons en 2012. L’industrie devrait produire 6 milliards de gallons l’an prochain.
Le remplacement du MTBE dans l’essence, conséquence de risques de contamination des nappes phréatiques et de potentiels problèmes de santé, a hâté le transfert. Le gouvernement pousse à augmenter l’utilisation d’un mélange à 85% d’éthanol, appelé E-85, qui demande aux fabricants d’automobiles de modifier leurs moteurs et leurs systèmes d’injection.
Et dernier signe du succès des efforts d’ADM, Samuel W. Bodman, Secrétaire d’Etat à l’Energie, a annoncé les nouvelles initiatives en février 2006 au siège de la compagnie dans l’Illinois.
ADM mise maintenant tout son avenir sur l’éthanol, en transférant ses activités de l’agro-alimentaire, vers la production d’énergie.
Au contraire d’ADM, des concurrents comme Gargill ont été plus sceptiques. Pour Mr. Staley, CEO de Cargill, la promotion de l’éthanol est excessive comme solution aux challenges énergétiques de la nation, et la croissance de la production, si elle n’est pas contrôlée, a le potentiel de ravager l’industrie d’aliments pour le bétail, et affaiblir la fiabilité du pais comme exportateur de maïs et produits associés.
« A moins d’énormes augmentations de productivité, nous aurons un gigantesque problème de production agro-alimentaire, et le monde devra faire des choix, » dit Mr Staley.
L’an dernier la production de maïs a atteint 11 millions de boisseaux. De nombreux analystes doutent que les scientifiques et les agriculteurs puissent suivre le rythme des fabricants d’éthanol.
« Vers le milieu de 2007, il y aura une guerre d’approvisionnement entre l’industrie des aliments pour bétail et celle de l’éthanol. Quand le prix du maïs dépassera 3$ le boisseau, l’industrie alimentaire sera forcée d’augmenter les prix ou de réduire ses troupeaux. A ce moment, le consommateur US commencera à voir les prix alimentaires augmenter, » dit Mr. Basse, le prévisionniste.
Si cela ce produit, le champ de bataille se déplacera vers les 35 millions d’acres de terre mis en jachère suite à un programme de 1986 de préservation et de prévention de surproduction. Les agriculteurs reçoivent une subvention annuelle de $48 en moyenne pour ne pas cultiver ces terres. Mais l’appât du gain de l’éthanol pourrait être suffisant pour remettre ces superficies en production.
Mr. Staley craint que cela ne détourne les paysans de leur objectif premier : cultiver des denrées pour nourrir les personnes et les animaux.
Mais même Cargill répartit ses risques, en annonçant récemment son plan de doublement de sa capacité d’éthanol à 220 millions de gallons par an. En attendant, la marée d’annonce de capacités en éthanol rend l’industrie des aliments pour bétail nerveuse.
« Je pense que nous pouvons assurer si nous avons une météo normale. Mais que se passe-t-il si Mère Nature nous donne une mauvaise année à maïs ? » dit Greg Doud, chief economist à la National Cattlemen’s Beef Association.
A côté de l’amélioration de rendements en maïs, le plus grand espoir pour l’éthanol est dans les technologies de raffinage qui permettent de produire du carburant à partir de sources renouvelables plus efficaces, comme une forme de carburant appelé éthanol cellulosique, à base de paille, ou même de déchets agricoles.
Bien que pas avant plusieurs années, l’éthanol cellulosique pourrait lever les inquiétudes à ne dépendre que du maïs pour faire de l’éthanol, et accélérer le transfert vers l’E85.
« Le coût de l’alternative de rester dépendant du pétrole et de remplir notre atmosphère de gaz à effets de serre est inacceptable. Nous devons lutter pour réussir à faire pousser et produire des biofuels de la bonne manière, » dit Nathanael Greene, senior policy analyst au Natural Resources Defense Council de New York.
Mais les incitations actuelles à faire de l’éthanol à partir di maïs sont trop attractives pour les producteurs et les investisseurs pour se soucier de l’avenir. Avec le pétrole à $70 le baril, augmentant fortement le prix payé pour l’éthanol, une unité moyenne de traitement fait un profit net de plus de $5 sur le maïs qu’elle achète $2 le boisseau. Et cela avant le crédit d’impôt de 51 cents par gallon pour les raffineurs et blenders.
« C’est vraiment de l’or, » dit Mr. Basse.
(Source : ALEXEI BARRIONUEVO, The NY Times du 25.06.2006)
Je dirais même plus + présente de GRAVES menaces pour le futur… +
Ca paraît pourtant simple à comprendre : TOUT ce qui brule participe au réchauffement.
Il est infiniment moins coûteux d’investir :
- soit dans les économies d’énergie
- soit de détourner des énergies déjà présentes (éoliens, solaires)
Toute personne objective qui s’est penchée sur le problème le sait
La question est pourquoi persistons-nous ?
- ce n’est pas un problème d’emploi (les filières de l’économie d’énergie et
des énergies renouvelables sont fortement créatrices d’emploi)
- ce n’est pas vraiment le problème des agriculteurs (on leur a déjà fait avalé des couleuvres bcp plus grosses)
Franchement, je crois que c’est tout bêtement "la facilité".
La production d’éthanol est simple et ne perturbe pas trop notre système.
Nous risquons gros par pur "bétise" politique - Même pas méchanceté, seulement "bétise" !
Il est question là de carburant pour les transports. Je ne pense pas que le solaire ou l’éolien n’entre, dans ce cas, en ligne de compte.
Certes le bilan global en énergie fossile de l’éthanol et fortement discuté et objet de débats acharnés d’experts.
A l’utilisation, l’éthanol dégage beaucoup moins de CO2 que les carburants classiques.
Eolien+Transport => Voilier
Plus serieusement, le moteur electrique c est possible et rien n empeche l electricite d etre d origine eolienne ou solaire (c’est plus embetant pour les avions).
Perso, je suis plus pour le nucleaire. Et j’ai beaucoup d’espoir dans la fusion.
MTBE Info: http://www.mtbelitigationinfo.co...