Le scandale de l’Institut National du Cancer (INCa), rappelle l’ARC de sinistre mémoire

L’INCa crée le 24.05.2005 est la clé de voute du plan cancer qui est l’un des grands chantiers du second septennat de Jacques Chirac.
Après un an d’existence les gabegies en tous genres, les copinages sont dénoncés de toute part…

L’INCa a un énorme budget : 90 millions d’€, dont 45 à distribuer en crédits de recherche, 185 personnes, et un support présidentiel qui a permis de s’affranchir des obstacles et des intermédiaires.
Les ennuis on commencé le 03.03.2006 dans un courriel anonyme dénonçant le train de vie de l’Institut et le règne des copains.
La colère couvait déjà au ministère de la santé où les faits dénoncés étaient connus.
Didier Houssin, directeur général de la santé (DGS), a adressé le 08.03.2006 une note violente sur« 
le fonctionnement de l’INCa »  à Xavier Bertrand, ministre de la santé dont voici des extraits :

« Les difficultés que soulèvent nos relations avec l’Institut du cancer (INCa) allant croissant, je tiens à vous faire part de mes nombreuses préoccupations à cet égard. (…)
Jusqu’à l’intervention de la convention sur le dépistage des cancers, la répartition des tâches entre l’INCa (expertise et communication) et la DGS (politique des dépistages et leur gestion administrative, juridique et financière) impliquait une étroite collaboration, laquelle n’a pas eu lieu, en particulier du fait que la plupart des saisines techniques de l’INCa par la DGS se sont heurtées à une fin de non-recevoir. (…)
Par ailleurs, la participation de l’INCa aux groupes techniques sur le dépistage organisé du cancer a été aléatoire et sa contribution globalement faible (…).
Force est de constater que l’organisation des réunions du conseil d’administration n’a pas été correcte jusqu’ici : (…) le contenu des documents transmis est trop souvent insuffisant pour permettre une prise de position (…).
Ainsi, lors du dernier conseil qui devait examiner le budget de l’INCa pour 2006, aucun programme d’activité 2006 permettant de juger de la pertinence de ce budget n’était joint. (…)
De manière générale, l’emploi des ressources de l’INCa est extrêmement opaque et ne permet aucun contrôle de notre part ; citons par exemple : l’affectation des crédits figurant sur certains postes de direction (notamment de son président), la ventilation des frais de déplacement, la location de meublés mis à disposition des experts, les travaux importants au siège peu avant le déménagement dans d’autres locaux, la qualité et le bien-fondé de certains recrutements (…), les procédures de mise en concurrence pour les marchés, l’utilisation des crédits attribués aux cancéropôles, l’attribution de subventions diverses… (…)
Les préoccupations que j’exprime sont totalement partagées par nos homologues du ministère de la recherche et ceux des autres administrations partenaires. »

Didier Houssin a ajouté, à la main : « Le positionnement et le pilotage actuels de l’INCa pèsent négativement sur la dynamique du plan cancer. Dans un domaine où les esprits restent marqués par l’affaire de l’ARC, le contrôle approfondi de la gestion financière de l’INCa doit être effectué sans délai. »
L’attaque est directe: Jacques Crozemarie, ancien président de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC), a été condamné en juin 2000 à quatre ans de prison ferme pour avoir largement puisé dans la caisse.

Une enquête a été diligentée par Bercy.
Le rapport du Contrôle général économique et financier (Ministère de l’Economie et des Finances) sur l’INCa, doit être remis officiellement au gouvernement le 30.06.2006. Le Parisien en a publié l’essentiel, le 20.06.2006 : il est accablant, et tombe au plus mal pour Jacques Chirac qui a fait de la lutte contre le cancer, l’un des trois chantiers du quinquennat.

« L’organisation des instances et surtout leur conduite comme l’animation des équipes n’ont pas été à la hauteur des enjeux et des difficultés de la lutte contre le cancer », affirment les contrôleurs. Ils regrettent « les recrutements marqués par des liens de parentés », s’inquiètent des rémunérations des dirigeants, de la gestion des marchés et estiment que l’INCa « n’assume pas son rôle de proximité avec les patients ». Terrible constat pour le professeur David Khayat, éminent cancérologue de la Pitié-Salpêtrière et président depuis un an de l’INCa.

La note n’est cependant pas sortie des cercles du pouvoir, et l’INCa pouvait espérer que l’orage était passé, lorsque Gérard Bapt, député PS de Haute-Garonne, s’est avisé qu’en tant que rapporteur spécial à la commission des finances, il avait le pouvoir d’effectuer un contrôle sur pièces et sur place. Son rapport du 06.04.2006 n’a, étonnement, pas eu d’écho.
Il est pourtant on ne peut plus clair.

L’Institut vit sur un grand pied. L’ancien directeur général avait un traitement annuel de 180 000 euros. Son successeur, Christine Welty, gagne moins, mais quand même 23 % de plus que lorsqu’elle était directrice d’hôpital, et a de surcroît gardé son logement de fonction à la Pitié-Salpêtrière.
Le professeur Khayat, lui, est bénévole. Il a expliqué que sa rémunération était assurée par son poste de professeur et de chef de service d’oncologie (sa consultation en libéral revient, il est vrai, à 500 euros). Une « indemnité » de 120 000 euros a cependant été provisionnée pour lui en 2006, pas mal pour un « bénévole ».
Le budget de la présidence n’est d’ailleurs pas inconfortable : 510 000 euros, dont 238 000 pour payer très généreusement ses deux secrétaires, 30 000 euros de colloques et de séminaires, 150 000 de frais de mission, 6 500 de « collations », 25 700 de frais de bureau et 10 000 de téléphone…

En matière immobilière aussi, l’INCa a vu trèe grand. L’institut a passé près d’une année dans le 15e arrondissement de Paris, puis a déménagé à Boulogne-Billancourt. Le bail du 15e a été signé pour quatre ans et l’INCa continue à payer 100 000€ tous les mois.
Le député Bapt s’étonne du niveau de certaines dépenses en 2005. Notamment les frais d’entretien et de réparation des locaux (1 million d’€), les frais de déplacements, de missions et de réception (1,04 million d’€), dont 453 000 € de frais de réception et 237 000 de voyages.

L’INCa n’ayant commencé à fonctionner qu’au premier semestre 2005, ces dépenses ne couvriraient qu’une période de six mois !
Bapt est d’autant plus inquiet et relève que des sommes importantes sont prévues au budget 2006 pour la présidence, le magazine bimestriel (710 000 euros), les conférences de presse (123 000 euros), les colloques (257 000 euros), l’informatique (1,5 million d’euros). Il relève que, pour débaucher des scientifiques d’autres organismes, l’INCa « a pu proposer des salaires entre 10 % et 30 % supérieurs », et que six personnes embauchées « appartiennent effectivement à la famille de certains directeurs ».

Trois administrateurs de l’INCa, la Fédération hospitalière de France représentée par le député Claude Evin et le professeur Jean Faivre ; la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer avec le professeur Thomas Tursz, et la Ligue nationale contre le cancer avec le professeur Henri Pujol, avaient provoqué un conseil d’administration extraordinaire le 31 mars, où « les choses avaient été dites ».
Avec le rapport de Bercy, elles sont désormais prouvées.

(Sources : Le Parisien du 20.06.2006, Le Monde du 21.06.2006)

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2 Réponses à “Le scandale de l’Institut National du Cancer (INCa), rappelle l’ARC de sinistre mémoire”


  1. 1 idoine

    Et pendant ce temps, nos députés qu’on a élu AUSSI pour contrôler l’utilisation des finances publics préfèrent penser au présidentielles ou à se liguer contre Villepin (c’est vrai qu’à plusieurs, c’est plus facile …)

  2. 2 Hubert RIFF

    Certains patrons et certains dirigeants d’associations sont des profiteurs qu’il faut dénoncer et punir sévèrement car ils devraient donner l’exemple; le bon bien sûr.

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