Le débat sur l’immigration tourne toujours autour des mêmes questions : quelle est la contribution des immigrants à l’économie et à la production de richesse ? Prennent-ils des emplois aux Américains ? Quels sont les services sociaux qu’ils consomment ? Quels immigrés veut-on ?
Un parallèle avec la question de l’immigration en France n’est pas inutile. On notera surtout une intégration économiquement bien mieux réussie que chez nous, grâce à l’emploi, l’éducation et l’attractivité de l’économie Américaine…
Chaque immigré représente plus qu’un travailleur ou un citoyen potentiel. Pour comprendre pleinement comment l’immigration va influer sur l’économie, vous ne pouvez simplement examiner une génération, vous devez vous projeter dans le futur.
Les sociologues et les économistes commencent à étudier les performances de la seconde et de la troisième génération de familles immigrées. De part la variété des expériences des personnes issues de pays et de cultures différents, il est difficile de généraliser. Mais des recherches récentes ont mis à jour quelques faits pertinents.
Commençons par l’éducation, parce qu’elle est en forte corrélation avec les revenus futurs.
L’histogramme suivant montre l’évolution de la nature des emplois des immigrés de première et seconde génération.
Les enfants d’immigrés passent plus d’années dans le système éducatif que leur contrepartie, née aux US, pour un background socioéconomique équivalent, c’est-à-dire qu’ils font des études plus longues.
« Vous pouvez attendre qu’un enfant d’immigré dont les parents ont dix années de formation fasse bien mieux qu’un enfant d’autochtones dont les parents ont dix années de formation. Etre un enfant d’immigré augmente votre ambition» dit David Card, professeur d’économie à Berkeley.
Dans son entier, la seconde génération tend à se rapprocher de la moyenne Américaine.
Néanmoins, cela peut prendre des générations pour que des familles pauvres d’immigrés rejoignent les normes américaines.
« Pour le groupe le plus important d’immigrés, les Mexicains et les Américano-mexicains, la situation progresse, mais est toujours loin derrière les autres américains. Ils font beaucoup mieux que leurs parents, parents, vont jusqu’au bac (high school), mais ils ont un faible taux de masters (college), » dit Hans P. Johnson, un chercheur au Public Policy Institute of California.
Mais malgré leur manque d’éducation, les immigrés Mexicains et leurs familles n’ont guère de problèmes à trouver un emploi.
« L’un des paradoxes de l’immigration Mexicaine est que vous avez des travailleurs peu qualifiés mais avec un taux d’emploi incroyablement élevé. La seconde génération ne maintient pas un taux d’emploi aussi élevé, mais reste en gros dans le même ordre de grandeur, » dit Johnson.
La seconde génération des familles immigrées réussit également à grimper à l’échelle des qualifications. Une étude récente du Bureau de Recensement révèle que 40% des travailleurs féminins et 37% des masculins de la seconde génération ont pris des postes qualifiés ou de management, contre respectivement 30 et 24% pour la première génération. L’étude qui portait sur 2004, incluait beaucoup d’adultes dont les parents vinrent aux US il y a des dizaines d’années, note William H. Frey, un membre de la Brookings Institution de Washington qui a compilé les données de l’étude. Pour des immigrés plus récents, il est possible que des niveaux d’éducation inférieurs conduisent à des revenus inférieurs, dit Frey.
D’autres facteurs peuvent aussi rendre le succès plus difficile pour les enfants des immigrés d’aujourd’hui.
L’un est la concurrence accrue.
Les enfants des immigrés Italiens ou Polonais qui vinrent aux US au début du siècle n’ont pas eu à faire face à une concurrence active, le gouvernement ayant imposé des quotas d’immigration après l’arrivée de leurs parents, dit Roger Waldinger, professeur de sociologie à l’University of California, Los Angeles.
Par contraste les enfants de récents arrivants ont la concurrence des vagues successives d’immigrés de diverses origines.
L’inégalité des revenus et du niveau de vie est un autre facteur affectant les opportunités.
« La seconde génération des Italiens et Polonais arriva sur le marché du travail à une époque d’inégalités historiquement faibles. La seconde génération de Mexicains arrive à une époque d’inégalités historiquement élevées, et cela et cela désavantage ceux qui ont un niveau de formation faible, » dit Waldinger.
Mais il y a aussi des forces qui vont en direction opposées.
Tout d’abord, les enfants des immigrés actuels auront un bien meilleur accès à l’éducation et au marché du travail que ceux du début du siècle.
Ajouté à cela, les membres de plusieurs groupes d’immigrés on souvent grimpé rapidement, voire même démarré, au sommet de l’échelle des salaires.
Prof. Waldinger dit que « la moyenne pour les immigrés Indiens est de 16 années de scolarité, et le bilan est que les Indiens, les Coréens, les Chinois, réussissent. ». Il ajoute que l’une des raisons est que la société est beaucoup plus ouverte aux étrangers, dans les emplois élevés, et les collèges d’élites, qu’elle ne fut.
Même si les générations successives d’immigrés réussissent économiquement aussi bien que les Américains autochtones, une question d’importance demeurera : combien d’immigrés veulent réellement les US.
Du point de vue de la politique fiscale du gouvernement, le Professeur Card dit, que l’on pourrait argumenter que les seuls immigrés que les US veulent sont « ceux dont les enfants vont atteindre un doctorat, » et seront ainsi économiquement productifs.
Certains pourront argumenter qu’une population plus importante augmente le prix du logement et cause plus de pollution, dit-il.
Mais il peut aussi y avoir des avantages à la taille. « Si vous avez une croissance de la population, vous pouvez financer les systèmes de transfert intergénérationnels » comme la Sécurité Sociale et les retraites, et n’oublions pas que « les grands pays ont plus de pouvoir. »
Mr. Frey est d’avis que les vagues d’immigration pourraient solidifier la position du pays dans le monde. Sous cet aspect, dit-il, l’Europe et le Japon ont un problème. « Ils ont des sociétés très vieillissantes parce qu’ils n’aiment pas les immigrés. Ils vont finir dans le wagon de queue de l’économie mondialisée. »
(Source : DANIEL ALTMAN, The NY Times du 18.06.2006)
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