Le « Mammouth » Education Nationale est enfin mis devant ses responsabilités. Est-il possible de laisser des élèves durant plusieurs semaines, voire plusieurs mois sans professeur ? En France, dans le public, oui. Pour les syndicats d’enseignants, oui, eux qui, en 1998 avaient poussé des hurlements et appelé à la grève contre Claude Allègre lorsque celui-ci avait tenté de trouver des solutions…
Des cas tels que celui qui a fait l’objet de la condamnation (voir plus bas) sont monnaie courante dans l’enseignement public.
Mon expérience du privé (3 enfants qui ont passé 23 années scolaires au collège et lycée privés), m’amène à penser que de tels dysfonctionnements ne s’y produisent pas, ou très peu.
Pourquoi ? Lorsqu’un enseignant est absent, c’est un ou plusieurs enseignants de l’établissement qui reprennent ses cours, en liaison avec lui, si cela est possible.
La solution est donc généralement interne à l’établissement.
Autre intérêt de la méthode : l’enseignant malade abrègera au plus juste son indisponibilité afin de ne pas surcharger ses collègues. Il s’instaure ainsi une autorégulation qui tend à faire disparaître les absences de « complaisance ».
Voilà vraisemblablement l’une des raisons pour lesquelles l’enseignement privé croule sous les demandes d’inscription.
Pourquoi cela fonctionne-t-il dans le privé et pas dans le public ? Je laisse cela à votre réflexion…
Les Faits
L’Etat français vient d’être condamné pour absences répétées d’un professeur de philosophie de Clermont-Ferrand. Le ministère de l’éducation s’est voulu rassurant le 17.06.2006, en estimant que l’affaire ne se reproduirait plus.
« Cette affaire montre un vrai problème que nous ne nions pas. Le cas ne devrait plus se reproduire, car le ministre a fait modifier le règlement pour permettre des remplacements en cas d’absence inférieure à 15 jours », a-t-on expliqué au cabinet du ministre de l’éducation.
Le tribunal administratif de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) a donné raison, vendredi, à Jérôme Charasse, neveu de Michel Charasse, ancien ministre PS, et condamné l’Etat pour manquement à son obligation légale d’enseignement.
L’élève avait porté plainte pour une note de 6/20 obtenue en 2003 à l’épreuve du bac, qui, selon lui, était due aux absences répétées et non remplacées d’un enseignant en philosophie. Il raconte, dans Le Parisien du 17.06.2006, être tombé, au baccalauréat, sur un texte de l’Allemand Arthur Schopenhauer. « C’est à peine si je connaissais son nom », a-t-il dit.
L’adolescent avait pourtant décroché son Bac avec mention « Très Bien » grâce aux excellentes notes obtenues dans toutes les autres matières mais s’était vu refuser l’accès de la faculté de sciences politiques en raison de sa note en philosophie, et avait donc subi un préjudice important.
« Le tribunal a considéré que l’absence d’un professeur non remplacée était constitutive d’une faute. Je suis étonné que le service public montre de telles failles, je suis surpris qu’on s’étonne d’une décision (de justice) tellement évidente », a déclaré l’avocat du lycéen, Me Gilles-Jean Portejoie.
Le montant de l’indemnité devrait être rendu public lundi le 19.06.2006, en même temps que le texte du jugement. Le ministère de l’éducation envisage de faire appel devant le Conseil d’Etat, sous réserve d’un examen des attendus du jugement, a dit l’entourage de Gilles de Robien.
Le problème de l’absentéisme des enseignants, sujet tabou dans l’éducation nationale, est un motif de polémique récurrent.
Il avait largement fondé, en 1998, la fronde des enseignants contre Claude Allègre, qui avait tenté d’y remédier.
Depuis la dernière rentrée, les absences de moins de 15 jours « peuvent » désormais être remplacées par des interventions d’autres enseignants du même établissement, assure-t-on au cabinet du ministre. On notera qu’il ne s’agit aucunement d’une obligation.
Je trouve cet article ahurissant. Je ne défends nullement le prof en question, au contraire, l’éducation nationale devrait faire du ménage dans ses rangs. Seulement la comparaison avec le privé montre l’estime actuelle de la population pour l’école. Le remplacement par d’autres collègues ? C’est de la garderie !! On ne connait pas la progression, parfois le programme (si on n’a pas le niveau en cours) ou même la matière. On se contente alors de dire : "prenez le livre page x et on corrige". Quelle réduction de notre boulot !!
En même temps, avoir peu d’estime pour la complexité de la tache n’est pas quelque chose qui gène le privé puisque seul un tiers des profs du privé ont un diplome. Ce n’est pas un gage de qualité mais on peut se dire que cela a une certaine utilité !!
Alors le côté modèle du privé avec leurs profs "polyvalents", ce n’est que de la poudre aux yeux mais qui fait plaisir aux parents, tout le monde il est content…
Jérôme, je souhaiterai connaître ta source pour affirmer que seul un tiers des profs du privé ont un diplôme. Sans nier la difficulté de remplacer un collègue absent, c’est parfaitement possible et ça fonctionne. De toute façon cela vaut mieux que de laisser des élèves sans enseignats pendant des semaines…
Je vois pas le problème avec le remplacement d’un prof.
S’il n’y a plus un seul prof de maths dans le lycée qui puisse donner un cours et si le prof de français (qui est libre, lui) ne peut pas faire le cours de maths, il n’a qu’à faire deux cours de français dans la semaine et le prof de maths fera deux cours une fois revenu.
Je réagis un peu tard, mais devant un tel amas de bêtises, je réagis tout de même.
L’absentéisme dans l’Education Nationale est de 6,6% en 2004 contre 6,1% dans le secteur privé en général ( http://www.ifrap.org/0-ouvrirles... ). Rien de scandaleux donc. Il ne faut pas ériger un cas particulier de disfonctionnement en généralité.
Quant au taux de profs du privé sans diplôme d’enseignement, il est de 31% contre 5% dans le public ( http://www.insee.fr/fr/ffc/chifc... ).
Ceci dit, la condamnation de l’état dans cette affaire est normale,mais il ne faut pas généraliser. Et ce genre de situation est certainement déjà arrivée dans le privé, qu’il faut arrêter d’idéaliser.
Il me semble que le service de l’enseignement en France est de plus en plus critiqué: il n’y a pas de fumée sans feu. J’ai ma fille, solarisée à Neuilly sur Seine en CM2; son mâitre ne s’exprime pas correctemment en Français et l’inspectrice trouve cela normal. Il me semble que l’Etat manque à son obligation d’enseignement.
Merci de vos commentaires et de votre aide