Ségolène Royal a causé beaucoup d’indignation à gauche, y compris au PS, en proposant, à la surprise générale, des mesures très dures pour traiter les jeunes délinquants, mais les sondages publiés depuis indiquent qu’une large majorité de Français est d’accord avec elle. Onze mois avant une élection que beaucoup, en France et à l’extérieur, voient comme un test de la capacité de la troisième économie d’Europe à entreprendre les indispensables réformes économiques de grande ampleur, la popularité de Royal à entraîné certains à penser que la politique Française pourrait subir un changement majeur.
Cela pourrait être l’une des interprétations de la saga de Ségolène Royal (A lire, "Les Français très largement en faveur de la mise en œuvre de réformes").
Katrin Bennhold, pour l’International Herald Tribune, se penche sur ce phénomène…

Elle a, à plusieurs reprises, exprimé son admiration pour Tony Blair, et le fait qu’il soit considéré comme un traître aux idéaux de gauche par beaucoup au PS, n’a rien fait pour infléchir sa popularité.
Et le 05.06.2006, comme pour monter son refus d’être enfermée dans les tabous du parti, elle a publié une sévère critique des 35h sur son blog. Les 35h sont le navire amiral des réformes socialistes des dix dernières années et son extension figure dans le projet de programme du PS pour 2007.
« Ce n’est pas un programme avec lequel quelqu’un pourra prendre des libertés, » a déclaré Hollande en pensant apparemment à sa compagne.
En réponse, Royal a suggéré sur RTL, qu’elle n’avait pas fait son dernier commentaire surprenant. « Par chance, m’a liberté d’expression ne m’a pas été enlevée, » a-t-elle déclaré.
Contrairement aux pratiques courantes dans les partis politiques Français, « la stratégie de Ségolène Royal est de gagner la bataille de l’opinion publique, avant la bataille à l’intérieur de son parti. Elle estime que son parti ne peut gagner que si son candidat en appelle au Français moyen de la rue, » dit Pierre Giacometti, directeur de recherche à l’institut Ipsos.
Pendant des mois, Royal était prise de haut par les autres dirigeants socialistes, pour se livrer à des manœuvre politiciennes, sans programme, et passant son temps dans son siège de campagne, sur son site où des milliers d’électeurs exprimaient leurs inquiétudes et leurs idées.
Ses prises de position récentes ont amené plusieurs concurrents dans son propre camp à se distancer de ses propositions. Même François Hollande a critiqué vertement ses idées. Lors de la séance marathon de validation du projet socialiste, deux anciens ministres, pour la ridiculiser, aurait défilé dans la salle au pas de l’oie en criant « Un Deux, Un Deux », selon Le Monde.
Mais les sondages montrent que sa stratégie, au ras des pâquerettes, paye.
Peu l’on jusqu’à présent comparée à d’éminents réformateurs de centre-gauche dans d’autres pays occidentaux, comme Blair ou Bill Clinton, qui ont chacun remplacé une approche de gauche traditionnelle par un pragmatisme économique.
Mais certaines parallèles peuvent d’ores et déjà être tracées. Comme « la guerre contre le crime » promise par Clinton dans sa campagne de 1992, ou le slogan de Blair en 1992 « Dur contre le crime, dur contre les cause du crime, » les propositions de Royal sur la loi et l’ordre tapent profondément dans le territoire traditionnel de la droite.
Après les nouveaux troubles dans les banlieues, elle a proposé d’enrôler les jeunes primo-délinquants dans des programmes de services d’intérêt public organisés par l’armée pour leur apprendre la discipline et la citoyenneté. Elle veut aussi que les parents des enfants fauteurs de troubles suivent des « écoles de parentalité » et propose de geler les allocations familiales si la progéniture cause des désordres.
Un sondage Ipsos publié le 05.06.2006 par Le Monde, indique que 69% des sondés sont d’accord avec le programme militaire et que 55% soutiennent ses idées sur l’école de parentalité et les allocations familiales.
Même parmi les électeurs socialistes ils sont, respectivement, 67 et 50%. Mais 48% des électeurs socialistes pensaient qu’elle s’éloignait des valeurs de gauche.
De telles stratégies ont aidé Blair et Clinton à débarrasser leurs partis de la réputation d’être souples avec la délinquance.
Mais il y a aussi un risque, dit Giacometti. Faire de la délinquance un problème peut renforcer le centre-droit, et rendre Royal vulnérable aux attaques de rivaux dans son propre camp. « Paradoxalement, ces résultats renforcent également Nicolas Sarkozy, » dit Giacometti.
Le sondage Ipsos indique que 52% des Français font plus confiance à Sarkozy pour résoudre les problèmes de délinquance, comparé à 29% pour Royal. Les rivaux de Royal pourraient exploiter le fait que les électeurs d’extrême-droite sont les plus grands fans de ses propositions, et que ses idées ne sont pas conformes aux valeurs de gauche. Dans le sondage, 81% des électeurs de Le Pen sont pour la proposition de Royal de camps militaires !
(Source : Katrin Bennhold, International Herald Tribune du 06 et du 07.06.2006)
0 Réponses à “Les Français sont-ils plus prêts au changement que les partis qui disent les représenter ?”
Laisser un commentaire