Les ennemis de l’intérieur menacent l’Iran

La récente recrudescence de troubles ethniques en Iran met en évidence la sérieuse vulnérabilité du système de sécurité du pays. Quels sont les risques à terme pour l’Iran ?

L’Iran risque de se trouver confronté à une nouvelle génération de troubles ethniques sur sa périphérie et une possible désintégration au bout de la route.
Cela arrive au plus mauvais moment alors que les services de renseignements de l’occident ciblent agressivement le pays en général, et ses installations nucléaires en particulier.
Alors que le séparatisme n’est pas, à court terme au moins, une menace sérieuse pour la cohésion et l’intégrité territoriale de l’Iran, il est craint que les tensions ethniques ne soit exploitées par les puissances Occidentales.
Cela affaiblit sérieusement la position de l’Iran dans les négociations avec l’Occident sur son programme nucléaire.
Bien que les élites de Téhéran reconnaissent l’urgence de réformer les services secrets, il n’y à pas d’accord sur la manière.

Les troubles ethniques

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On pense souvent que l’Iran n’a pas de réel problème ethnique. Les Iraniens mettent en avant l’histoire pluri-millénaire de leur pays repoussant toute tendance sérieuse au séparatisme.
Cet argument n’est qu’une demi-vérité. Certes, les nombreuses ethnies (40% de la population) se considèrent généralement comme parties de la nation Iranienne et sont relativement bien intégrées.
Néanmoins, la division entre centre et périphérie a été l’un des principaux éléments de l’état Iranien construit par Reza Shah dans les années 20 et 30. Cette division vient généralement au premier plan, lorsque la périphérie sent la faiblesse du centre.
Immédiatement après la Révolution Islamique en 1979, les structures administratives et légales étant affaiblies, il y eut de sérieux remous ethniques au Kurdistan Iranien, au Khuzestan, dans les régions Turkmènes au nord-est, au Béloutchistan, et à un degré moindre, en Azerbaïdjan.
Les troubles furent brefs (sauf au Kurdistan) ; l’état Iranien s’étant rapidement remis de choc de la révolution.
Ainsi, depuis 1980 l’Iran n’a pas eu de tensions ethniques significatives, ce qui conduisit certains dirigeants à Téhéran à conclure que la République Islamique, en mettant en avant la culture Iranienne authentique, par opposition au nationalisme Perse du Shah, avait supprimé les divisions centre-périphérie.

Les évènements de ces deux dernières années ont montré que c’était une illusion.
Les désordres qui ont éclaté en Azerbaïdjan Iranien suite à une caricature provocatrice dans un quotidien de Téhéran, sont significatifs
Les Azéris Iraniens constituent de loin la minorité la plus nombreuse (un quart de la population). Mais les Azéris ont traditionnellement fait partie de la classe dirigeante depuis le 16ème siècle.
Même la République Islamique est dominée par les Azéris.
Le leader spirituel, l’Ayatollah Ali Khamenei, le chef des Gardiens de la Révolution, Rahim Safavi, L’ancien Premier Ministre, Hossein Mousavi, et nombre d’autres figures du régime sont des Azéris.
Bien qu’il n’y pas de mouvement séparatiste en Azerbaïdjan Iranien, toute volatilité dans cette région stratégique déstabilise le pays. La république Islamique est consciente des activités des services secrets Turcs dans cette zone. Il y a une crainte réelle que des éléments Turcs, travaillant avec les nationalistes pan-Turcs en République d’Azerbaïdjan, tentent activement de créer des désordres parmi les Azéris Iraniens
Leur job est rendu difficile car la majorité des Azéris vit à Téhéran et ont très peu d’intérêt a rechercher plus d’autonomie pour les provinces Azéris.

Les troubles au Kurdistan Iranien

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Les régions Kurdes présentent un problème très différent. Il y a de puissants groupes séparatistes depuis des décades.
La principale menace dans les années 80 était le Parti Démocratique du Kurdistan Iranien (DPIK) conduit par le charismatique Abdulrahman Qasemlou et le communiste "Komala".
Le DPIK fut frappé fatalement en avril 1989 par l’assassinat de Qasemlou à Vienne. Le coup de grâce lui fut donné en septembre 1992 quand les services secrets Iraniens assassinèrent Sadegh Sharafkandi, le successeur de Qasemlou à Berlin. Parallèlement, des actions agressives furent menées contre les insurgés pour isoler les séparatistes de la masse de Kurdes Iraniens (5% de la population).

La victoire sur le DPIK et Komala n’a pas éradiqué les instincts séparatistes, comme le démontre la montée du Parti de la Vie Libre au Kurdistan (PEJAK). Il y a peu d’informations sur cette organisation, qui est apparue au cours des trois dernières années, en partie inspirée par les Kurdes Irakiens, en résultante de l’effondrement de l’état Irakien.
Selon des sources à Téhéran, le groupe a deux camps itinérants au Kurdistan Irakien et est soutenu par des éléments de l’administration locale Kurde.
Apparemment, le soutien du PEJAK traverse les divisions entre l’Union Patriotique du Kurdistan (PUK) et le Parti Démocratique Kurde (KDP) au Kurdistan Irakien, apportant crédit aux allégations Iraniennes de support du PEJAK par les Américains. Les Iraniens expliquent (peut-être avec raison) que seul les US ont le pouvoir de rapprocher le KDP et le PUK..

Mais ce serait une erreur d’ignorer les racines locales du PEJAK. L’organisation est constituée de 450 combattants dont une part importante est composée de diplômés de l’Université de Téhéran. Les chefs sont jeunes et l’âge moyen des militants est de 24 ans, ce qui différencie notablement le PEJAK du DPIK est de la génération précédente des séparatistes Kurdes.

Les politiques à Téhéran accusent l’intervention US en Irak et la montée en puissance des Kurdes Irakiens qui occupent maintenant des positions décisives au gouvernement. Même si c’est indéniable, cela ignore des variables plus complexes et insolubles.
Au niveau des racines, l’éclatement du PKK Turc (Parti des Travailleurs du Kurdistan) a massivement regonflé les séparatistes Kurdes Iraniens, comme de nombreux anciens combattants du PKK leurs ont apportés leur talent, leur expérience et dans certains cas leurs services directs.
De plus, l’érosion constante de l’activité militaire Iraniene à l’extrémité des régions Kurdes dans les années 90 a inévitablement facilité les opérations de groupes comme PEJAK.

La menace est aujourd’hui minime, mais la nouvelle génération de militants, bien plus éduqués et rompus aux méthodes modernes, s’attache à créer des organisations plus importantes et plus efficaces dans un futur proche.

Idées séparatistes au Baluchistan

Il existe une situation similaire au Baluchistan. Bien que le Baluchistan n’ait jamais produit de mouvements séparatistes sérieux, une nouvelle génération de séparatistes Baluches est entrain de changer cela.
Ils sont aidés par une instabilité sérieuse au Baluchistan Pakistanais et la montée généralisée du militantisme islamique sunnite dans cette région.

L’émergence du Jundallah (Armée d’Allah), comme l’émergence du PEJAK, a pris de cours les services de sécurité Iraniens. Jundallah a pris la responsabilité de l’attaque d’un convoi du gouvernement en mars 2006, tuant 20 personnes. Plus tard ils ont pris des otages, exécutant l’un d’eux, un colonel des Gardiens de la Révolution. Jundallah a tué 12 personnes dans une attaque en mai, marquant sa naissance par une orgie de violences qui a sérieusement déstabilisé l’administration locale.
Jundallah est conduit par Abdulmalak Rigi, un Baluche Iranien de 23 ans. L’âge moyen des militants est de 22 ans, en conformité avec les séparatismes naissants en Iran.

(Source : Mahan Abedin, pour l’Asia Times du 08.06.2006.  Mahan Abedin est directeur de recherche au Centre d’Etude du terrorisme à Londres)

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