Traque des services secrets et trahison ont conduit à la fin de Abu Musab al-Zarqawi

Le NY Times fournit quelques détails sur l’opération qui a permis de tuer le terroriste Zarqawi…

Muhammad Ismael, un chauffeur de taxi Irakien de 40 ans, se tenait devant sa maison du petit village de Hibhib, à 80 km au nord de Bagdad, le mercredi 07.06.2006 au soir, quand quelque chose d’inhabituel accrocha son regard.
Trois GMC aux vitres fumées, passèrent devant chez lui vers une petite maison dans une plantation de palmiers, abandonnée depuis trois ans.

« C’était très étrange, cette maison était toujours vide, » dit Ismael dans une interview jeudi 08.06.

Entre temps à Bagdad, le commandement militaire américain estimait avoir coincé sa proie la plus convoitée: Abu Musab al-Zarqawi, le terroriste Jordanien, l’homme le plus recherché d’Irak, le chef de la branche Irakienne d’Al-Qaeda.
Pour la première fois, les Américains avaient une source dans son groupe terroriste. Selon cette source, Zarqawi, était dans la petite maison dans la palmeraie de Hibhib.
Les jets Américains étaient déjà dans le ciel au-dessusdu village.

Selon les officiels Américains, ils avaient commencé, au cours des dernières semaines, à suivre un homme qui, pensait-il pouvait les conduire directement à Zarqawi: son « conseiller spirituel », Sheik Abd al-Rahman.
Ils l’ont fait suivre par un drone.

« Ce personnage fut la clé de notre succès. Par un minutieux travail de renseignement, nous avons été capable de commencer à le pister, suivant ses mouvements et établissant quand il entrait en relation avec Zarqawi, » dit le Maj. Gen. William B. Caldwell, porte parole des militaires Américains.
Pourtant une pièce critique du puzzle manquait encore : comment sauraient-ils quand et où Rahman allait rencontrer Zarqawi?

Les américains avaient été très près, auparavant, mais, à chaque fois Zarqawi avait réussi à s’échapper. C’était un personnage insaisissable et méfiant qui savait très bien combien les Américains comptaient sur la technologie pour traquer les suspects : lui et ses hommes s’abstenaient d’utiliser des téléphones cellulaires, sachant que cela les ferait facilement repérer. Ils utilisaient des téléphone satellitaires de marque Thuraya, beaucoup plus difficiles à pister.

Ce qui avait toujours manqué, c’était quelqu’un de l’intérieur du réseau de Zarqawi, qui le trahirait, quelqu’un de proche et de confiance pour dire où il était.
Selon le Pentagone, ils en ont finalement eu un. Ni l’identité de la source, ni la façon dont elle a pu localiser Zarqawi sans être elle-même tuée, ne sont claires.
 
A Hibhib, Ismael a également noté que sur les trois GMC qui s’étaient arrêtés devant la maison de la palmeraie, l’un est reparti et n’est jamais revenu. Contenait-il la source qui a rensigné les Américains ?

En plus de la source humaine, les Américains ont déclaré avoir utilisé plusieurs méthodes pour traquer Zarqawi et Rahman: ils ont compté sur les traces électroniques permettant de localiser un utilisateur de téléphone satellitaire.

Pour la première fois ils pensaient avoir localisé Zarqawi avec certitude.
A Bagdad fut, dans l’instant, décidée une opération militaire. Deux chasseurs F-16 furent appelés et des commandos de la Task Force 145, l’unité antiterroriste, se rendit à Hibhib et encercla la palmeraie.
Ismael, le chauffeur de taxi, dit que les soldats Américains ont commencé à grouiller dans le village, largués par des hélicoptères Black Hawk.
Lorsque les commandos prirent position, quelqu’un commença à tirer depuis la maison. Les Américains ripostèrent mais l’échange ne fut pas long, selon Ismael.
L’un des F-16, en position lâcha une bombe à guidage laser de 500 livres.
Quelques secondes plus tard, dit Ismael, une seconde bombe explosa sur la maison.
La décision de bombarder fut prise par crainte de voir Zarqawi s’échapper une fois de plus, en cas d’attaque terrestre, déclara Donald Rumsfeld, au cours d’une apparition au quartier général de l’OTAN à Bruxelles.
Zarqawi et cinq autres personnes sont morts dans l’attaque : Rahman, une femme, un enfant et deux hommes. L’identité des quatre n’est pas connue.
Le corps de  Zarqawi fut emmené dans un lieu secret où une autopsie l’identifia par des cicatrices et des tatouages. A 3:30 a.m. un test d’empreintes digitales confirma son identité.

A Hibhib, les soldats Américains et Irakiens ordonnèrent aux habitants de regagner leurs maisons. Il y eut une autre attaque aérienne quelques heures plus tard.
Quand il se réveilla jeudi matin, Ismael, entendit les policiers Irakiens faire la fête : « Nous avons Zarqawi ! Nous avons Zarqawi ! ».

(Source : Dexter Filfins, Mark Mazzetti & Richard A. Oppel Jr, The NY Times du 09.06.2006)

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