Les graves problèmes démographiques en Russie ont déjà été évoqués dans le billet « La Russie en " danger démographique " ». Le Président Poutine, les poches pleines de pétrodollars, attaque le problème par des mesures de soutien à la natalité sans précédent. Gary Becker, Professeur d’Economie et de Sociologie à Chicago University, précise les mesures proposées en Russie et analyse leurs effets, sur son blog…
Le Problème
L’espérance de vie chez l’homme est de 58 ans, inférieure à ce qu’elle était il y a 20 ans (75 ans aux USA).
Plus inquiétant encore est la taux de natalité (nombre moyen d’enfants mis au monde par une femme), qui est attendu à 1.28 en 2006.
En conséquence, la population est en baisse, et ce déclin va s’accélérer comme le nombre de femmes en âge de procréer baisse.
Si rien n’est fait, la population actuelle de 140 millions passera sous les 100 millions en 2005.
Les solutions de Poutine
Le Président Poutine a récemment exprimé son inquiétude (lire « Poutine cite la chute de la population russe comme problème le plus grave du pays »). Il veut encourager la natalité et utiliser la manne pétrolière et gazière pour renverser la tendance.
Poutine a proposé un programme sur 10 ans, avec de généreuses allocations pour les femmes qui ont un second enfant. Selon ce plan, les femmes mettant au monde un second enfant percevront jusqu’à 110$ par mois d’allocations familiales supplémentaires, elles pourront prendre un congé allant jusqu’à 18 mois en touchant 40% de leurs salaires, et auront des subsides plus élevés les soins médicaux.
Mais l’aspect le plus innovateurs du projet de Poutine et de verser une prime en cash de 9000$ aux femmes qui ont un second enfant. Cette prime est largement supérieure au salaire annuel d’un travailleur Russe.
Poutine a reconnu que ce programme serait très coûteux (peut-être 1% du PIB), mais il déclare que c’est nécessaire pour « pour changer l’attitude de toute la société en vers la famille et ses valeurs ».
Bien sûr, la Russie n’aura pas les ressources pour implémenter son programme si les prix du pétrole et du gaz baissent sensiblement au cours des prochaines années, ce qui n’est pas exclus.
L’approche financière de Poutine va-t-elle fonctionner ?
D’autres pays ont tenté d’augmenter le taux de naissance par des incitations financières, avec des succès variés.
Guy Larouque et Bernard Salanie ont soigneusement évalué le système Français, généreux, mais extrêmement complexe. Leurs estimations indiquent que que les Allocations Familiales ont augmenté le taux de fertilité de 5%, soit de +0.1. Bien que la France ait actuellement l’un des taux de fertilité les plus élevés des pays occidentaux, leurs travaux suggèrent que ce n’est que partiellement dû au système élaboré d’allocations.
Le projet de Poutine est beaucoup plus généreux que le système Français, bien que les allocations Russes ne s’appliquent qu’au second enfant. Il devrait être efficace car sa pièce maîtresse est une prime en cash plutôt qu’un flux de versements mensuels.
L’US Army a découvert que les réengagements était beaucoup plus favorisés par une prime unique que par une série de paiements équivalents étalés sur la période de réengagement. Les primes sont probablement plus efficaces parce que les jeunes sont habituellement justes en trésorerie pour des achats importants tels que voitures, logements, biens de consommation durables.
De telles contraintes de liquidités sont beaucoup plus importantes en Russie avec un secteur financier peu développé. Une famille Russe typique n’a pas accès à des prêts logement ou automobiles. Ainsi, une grosse prime pour avoir un second enfant est très attractive, particulièrement pour les familles à bas revenus.
Pour ces raisons, l’approche Russe devrait avoir plus d’effet sur le taux de natalité que les les allocations diverses n’en ont eu partout ailleurs.
Becker s’attend à une hausse du taux de fertilité de 10 à 20%, l’amenant de 1,28 à 1,55. Bien que cela reste très en deçà du niveau (2,1) de stabilité de la population, cela révolutionnera la façon d’appréhender la famille en Russie, et ralentira le déclin de la population.
L’expérience Russe sera soigneusement suivie par plus de 100 pays qui un taux de fertilité inférieur, pour beaucoup très largement, du taux de remplacement.
(Source : The Becker-Posner Blog, L’économie sans tabou)

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