La promesse de la France de combattre le racisme sera mise à l’épreuve cette semaine, quand un juge décidera si l’Oréal est coupable de discrimination raciale lors d’une campagne de recrutement…
Le procès contre L’Oréal, le leader de produits de beauté, est le premier de ce type depuis que les émeutes de fin 2005 ont attiré l’attention sur les discriminations à l’encontre des demandeurs d’emploi des banlieues.
Le verdict qui doit être rendu jeudi le 1er juin, pourrait comporter une lourde amende, sera considéré comme une signe de la volonté de la France de traiter le problème.
Garnier, l’une des principales marques de L’Oréal, a été accusé d’avoir donné des instructions à une agence de recrutement, de n’embaucher que des femmes minces du « type BBR », comme hôtesses pour distribuer des brochures et des échantillons de shampoing lors d’une compagne de promotion en grande distribution en 2001.
« BBR » était l’abréviation pour « Bleu Blanc Rouge ». Le procureur a argumenté que « BBR » est un code bien connu des employeurs afin d’exclure des personnes d’origine Arabe, Africaine ou Asiatique. Le terme est aussi utilisé dans la littérature raciste du Front National, dit Samuel Thomas, de SOS-Racisme, qui a porté le cas devant la justice.
« Ces comportement doivent être stoppés. Le message qu’ils diffusent est que les seuls vrais Français sont les personnes blanches, » dit-il.
L’Oréal a nié toute discrimination. « La diversité est très importante chez L’Oréal et Garnier, » a dit Laurent Dubois, un ancien directeur opérationnel.
Selon le procureur, la société a estimé que des jeunes femmes blanches seraient plus attractives que des hommes ou des personnes noires pour promouvoir Garnier dans les supermarchés.
Le procès met en avant l’une des questions les plus sensibles en France : le fossé entre la doctrine officielle, selon laquelle tous les Français, quelle que soit leur origine, sont égaux, et la réalité du racisme qui exclut les jeunes d’origine immigrée du monde du travail.
Dans les sinistres banlieues qui entourent les villes Françaises, le taux de chômage dépasse souvent les 30%, et un « mauvais » code postal sur une demande d’emploi peut être suffisant pour la voir finir à la corbeille de l’employeur.
Une preuve clé présentée lors du procès Garnier était un fax écrit par Thérèse Coulange, une ancienne employée de Districom, l’agence de communications travaillant pour Garnier. Il définissait les exigences de Garnier à l’agence d’intérim Adecco « 18 à 22 ans, de type BBR. »
Coulange a déclaré avoir utilisé l’abréviation « BBR » pour faire référence à des personnes qui pouvaient « s’exprimer correctement en Français », et non pas à des blancs.
Néanmoins, un autre employé de Districom a déclaré à la cour que Garnier refusait d’employer des noirs comme personnel de promotion. Moins de 4% des personnes employées pour la campagne 2001 étaient non-blanches. Avant de recevoir des instructions, Adecco avait proposé un groupe de candidats dont 40% étaient non-blancs.
La loi fixe une amende maximum de 50.000€, mais, quoiqu’il résulte du procès, les employeurs vont y réfléchir à deux fois avant d’invoquer la couleur du drapeau.
(Source : Matthew Campbell, The Sunday Times du 28.05.2006)
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