Des pays du sud de l’Afrique passent à la circoncision pour limiter l’épidémie de SIDA

Depuis plus de 10 ans les pays du sud de l’Afrique ont combattu l’expansion du SIDA par tous les moyens, des campagnes pour le préservatif, pour l’abstinence, aux doses d’anti-rétroviraux aux femmes enceintes, tout cela, généralement sans succès. Maintenant un nombre croissant de médecins et d’hommes politiques mettent en avant une arme simple et potentiellement puissante contre les nouvelles infections : la circoncision des hommes…

Armés de nouvelles études montrant que la circoncision mâle peut réduire le risque d’infection par le VIH chez l’homme, et peut-être chez la femme, les services de santé de deux pays du sud de l’Afrique font pression pour que la circoncision soit largement accessible, pour répondre à ce qu’ils appellent une demande croissante.

La validité de l’approche est encore en test.
Mais à Lusaka, la capitale de la Zambie, les chirurgiens de l’University Teaching Hospital ont commencé à offrir la circoncision pour environ $3 il y a 18 mois, et pressent le gouvernement d’étendre le service dans le pays.
Le Dr. Kasonde Bowa, un urologue de l’hôpital, dit que 400 patients par mois demandent l’intervention, huit fois plus que la capacité des chirurgiens.
Au Swaziland, Le Ministère de la Santé a tenu un atelier en janvier 2006 afin de former 60 Médecins à la circoncision, pour répondre à la demande.
D’autres gouvernements de la région sont plus circonspects, attendant les préconisations de l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMC). Les responsables y disent que les preuves jusque là, bien qu’intéressantes, ne sont pas suffisamment concluantes pour amener un changement de stratégie dans la prévention du VIH.
Les études les plus marquantes suggèrent que les hommes peuvent réduire leur propre risque d’infection de 75%, et que les hommes infectés peuvent réduire le risque de transmettre le virus à leurs partenaires de 30%, en étant circoncis.
Les recherches suggèrent que les cellules de la face intérieure du prépuce sont les premières cibles du virus et que les écorchures du prépuce sont des voies d’entrées privilégiées de l’infection.
Mais les experts de l’OMC disent qu’il serait prématuré de recommander la circoncision tant que les résultats de deux études randomisées et contrôlées impliquant 8,000 personnes au Kenya et en  Ouganda ne sont pas disponibles. Des résultats préliminaires devraient être publiés fin juin 2006.
Les données des études antérieures sont « très tentants, et le potentiel est effectivement intéressant, mais cela doit être confirmé. Nous ne voulons pas engager les pays dans une fausse direction,» déclare Kevin O’Reilly, qui est en charge de la prévention contre le VIH à l’OMC.
Jusqu’à présent le taux d’infection au VIH dans le sud de l’Afrique, a résisté à la batterie d’efforts entrepris pour le réduire. Seuls trois pays de l’Afrique sub-saharienne, le Kenya, l’Ouganda et le Zimbabwe, ont montré un déclin de la présence du virus chez les adultes, selon Unaids, l’agence des Nations Unies chargée de lutter contre l’épidémie.
Sur près de cinq millions de personnes infectées dans le monde en 2005,  3,2 millions vivent en Afrique sub-saharienne
, dit l’agence.

(Cliquer sur la carte pour l’agrandir)

Daniel Halperin, épidémiologiste et spécialiste du VIH en Afrique à l’Agence pour le Développement International, argumente que le faible taux de circoncision et le taux élevé de partenaires simultanés sont les principales raisons pour lesquelles l’épidémie de SIDA s’est rapidement répandue dans le sud de l’Afrique et a relativement épargné l’Afrique de l’Ouest.
Selon une étude publiée par Halperin en 1999, dans sept pays du sud de l’Afrique, où moins d’un homme sur cinq était circoncis, le taux d’adultes infectés par le VIH allait de 14 à 26% en 1998.
Dans neuf pays d’Afrique de l’ouest, par contre, où plus de quatre hommes sur cinq étaient circoncis, le taux d’infection par le VIH était inférieur à 5%.
Les chercheurs suspectent depuis les années 80 que de tels résultats ne sont pas des coïncidences, et pendant que le sujet a longtemps été controversé, beaucoup d’entre eux disent que la masse d’études montre que la circoncision a au moins un effet protecteur

 

Les responsables de l’OMC mettent en garde : même si les études en cours confirment le bénéfice de la circoncision, elle doit être vue comme élément d’une stratégie globale de prévention incluant la promotion des tests, de l’usage du préservatif, et de la réduction du nombre de partenaires sexuels.

(Source : Sharon LaFraniere, The New York Times du 28.04.2006)

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