La campagne présidentielle au Mexique

Les élections se dérouleront le 2 juillet 2006 et mettront aux prises Felipe Calderón, candidat de la droite, à Andrés Manuel López Obrador, candidat de la gauche. La lutte est extrêmement serrée, après un retour fulgurant de Calderón, qui avait 10 points de retard dans les sondages, au cours des dernières semaines. Les stratégies des deux candidats sont très différentes…

" Je n’étais pas le favori, je ne menais pas dans les sondages, mais savez-vous ce que j’ai fait ? Je me suis mis au travail. J’ai dit aux Mexicains ce que voulait faire chaque candidat, " hurle dans le micro, Felipe Calderón, le candidat de droite aux prochaines élections présidentielles du Mexique, à une foule de fermiers, de pêcheurs, d’entrepreneurs, de la ville de Tonalá au cours d’un voyage dans le Chiapas le 18.05.2006.

Après six mois en seconde position, Mr. Calderón a dépassé le leader, Andrés Manuel López Obrador, grâce à une série de publicités agressives
le décrivant comme un extrémiste de gauche dangereux et violent qui mènerait le pays à la faillite.
Actuellement, à un mois des élections (le 02.07.2006), la course se résume à un tête à tête entre Calderón, un avocat du libre échange soutenu par le monde des affaires, et López Obrador, candidat de gauche soutenu par les classes défavorisées qui pensent que la politique de libre échange ne leur a rien apporté.

Pour sa part, López Obrador, 53 ans, qui fut maire de Mexico City jusqu’à l’an dernier, rejette les récents sondages comme de la « propagande truquée ». Pendant son mandat les finances de Mexico City sont restées saines et il considère comme ridicules les attaques qui le présentent comme dangereux.

Calderón, 43 ans, ancien membre du Congrès et ministre de l’Energie, a orchestré le revirement par une campagne vive et rondement menée, reposant sur des publicités à la radio et à la télévision.
Calderón, du Parti d’Action Nationale du Président Vicente Fox, a enfoncé Mr. López Obrador par des attaques qui, entre autres, lient le candidat de gauche à Hugo Chávez, le Président anti-Américain du Venezuela.
Il a aussi joué sur la perception de López Obrador, du parti de la Révolution Démocratique, comme un homme autoritariste et sur sa réputation d’agitateur, depuis de violentes protestations contre de prétendues fraudes électorales il y a dix ans. Les pubs de Calderón’s traitent son rival de « danger pour le Mexique ».

Les attaques directes contre López Obrador font parti de plusieurs changements stratégiques dans la campagne de Calderón depuis fin mars 2006.
Calderón s’est maintenant rapproché du Président Fox, après l’avoir tenu à l’écart, et défend vigoureusement les résultats sociaux et économiques du gouvernement.
Calderón a abandonné son discours sur les vertus du libre marché et des investissement étrangers, optant pour un message plus simple : il veut créer des emplois, des emplois et plus d’emplois. Ses publicités l’appellent le « Président de l’emploi » et son slogan « Mon job sera d’être sûr que vous ayez un job. »
Une chose qui unit les candidats est l’opposition au plan de Bush de construire un mur à la frontière et de déployer la Garde Nationale. Tous les deux pensent que pour stopper l’immigration illégale, il faut créer plus d’emplois et plus d’investissements au Mexique.
Calderón a aussi emprunté une partie du programme de López Obrador, qui promet une déferlantes de subventions et d’allocations. Calderón, un conservateur fiscal et social, dit maintenant qu’il étendra les programmes sociaux que Fox a mis en place.


Le résultat est un remarquable comeback politiqu
e.

En janvier 2006, cinq sondages des grands instituts donnaient Calderón derrière  López Obrador de 6 à 10%. En avril et mai, les mêmes cinq sondages montraient une course très serrée, avec un léger avantage à Calderón.

« Nous avons réussi à changer le sujet de l’élection, »
déclare Juan Camilo Mouriño, 34ans, le manager de la campagne de Calderón.
Mouriño dit que le cercle des proches de Calderón avait eu un débat vigoureux avant de décider de bombarder López Obrador de publicités négatives. La pensée traditionnelle était, plus vous attaquez López Obrador, plus vous le renforcez en le présentant comme victime d’une conspiration.
Mais Calderón avait un retard de 10% à fin février. Son message de libre échange « Passion et Valeur pour le Mexique » tombait à plat. Il faillait faire des changements dit Mouriño.

La campagne de López Obrador a été lente à répondre.
Jusqu’à peu le candidat a résisté aux conseils de répondre au dénigrement par le dénigrement. Ce n’est que cette semaine que son parti a diffusé à la radio un spot traitant Calderón de menteur
.
En plus de tarder à répondre à l’offensive, López Obrador a fait d’autres gaffes.
En février il a ridiculisé Fox, le traitant d’oiseau bavard et lui disant de la fermer et de rester en dehors de la campagne, apportant de l’eau au moulin de Calderón qui le présente comme un intolérant (oiseau bavard, une formule déjà utilisée contre Fox par Hugo Chávez).

La décision en avril de ne pas faire de premier débat avec son opposant, une tactique classique pour celui qui est en tête, a aussi eu son retour de flamme. Cela a contribué à son image d’arrogance et de mépris des idées des autres.

Comme pour les sondages, que López Obrador a déclaré fabriqués par les barons des médias dans une conspiration pour le faire battre.

López Obrador s’est obstiné à faire une campagne de terrain qui repose sur des discours dans les squares, des hauts parleurs sur le toit des voitures, plutôt que des spots radio ou télé.

« La stratégie va rester la même, parce que c’est sa façon de faire campagne, rue par rue, ville par ville, au niveau du peuple. Il pense battre ainsi la campagne marketing. Nous savons tous que le marketing a fait nombre de présidents dans le monde. Mais López Obrador ne croit pas en cela. Il croit en la stratégie de la rue, »
dit Ricardo Monreal, un des collaborateurs seniors de López Obrador.

Malgré tout, López Obrador a fait quelques ajustements.
Pendant des mois il évitait les interviews, sauf aux radios locales. Il a toujours été obsédé par le contrôle de son message.
Au cours des deux dernières semaines, il a répondu à trois interviews sur des chaînes nationales.
Il a aussi commencé à piquer Calderón
.

Les managers des deux campagnes disent que la course est très serrée.

Les deux camps admettent que le débat final du 6 juin 2006, le seul face à face Calderón et López Obrador, sera un tournant.

(Source : JAMES C. McKINLEY Jr., NY Times du 23.05.2006)

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