Les voisins de Chavez commencent à perdre patience

Alors que le président du Venezuela, Hugo Chávez, se mêle de plus en plus de la politique des autres en Amérique latine, un retour de bâton semble se dessiner chez ses voisins, même chez ceux qui l’ont soutenu…

Chávez, violemment anti-Américain, à gauche, et jamais avare de mots, s’est lui-même mis en scène comme porte-parole de l’Amérique Latine, unie et libre de l’influence des US (A lire "Hugo Chavez, le président du Venezuela, haï par les USA, adulé par ses suporters")
Il a soutenu les récentes nationalisations de gaz en Bolivie, monté son propre marché commun socialiste, et s’est immiscé dans des litiges entre ses voisins, même si personne ne le lui a demandé. 
Certains pays commencent à en prendre ombrage.
De simples associations avec Chávez ont fait baisser les chances de candidats à la présidence au Mexique et au Pérou.
Les dirigeants du Mexique au Nicaragua, du Pérou au Brésil, ont exprimé leur irritation devant les ingérences et autres effets de manche de Chávez, souvent à leurs frais.
Les confrontations diplomatiques ont éclaté au grand jour, quand, en avril 2006, après des échanges peu amènes entre Chávez et le président du Pérou, Alejandro Toledo, le pays a rappelé son ambassadeur au Venezuela, parlant « d’ingérences flagrantes » dans ses affaires internes.

« Il commence à devenir trop ambitieux, voulant se mêler de tout. C’est une affaire de mégalomanie, » a dit Riordan Roett, directeur des études Latino-Américaines à John Hopkins University.
Certaines des positions de Chávez’s, comme ses attaque contre Bush, ou les projets d’aide qu’il finance avec le pétrole vénézuelien, le rendent toujours populaire, surtout parmi les classes défavorisées.
Mais de plus en plus le véritable visage du leader du Venezuela apparaît, celui d’un nationaliste caustique que beaucoup dans la région craignent, particulièrement alors que les divisions provoquées par celui qui se targue d’unifier sa région, se sont agrandies.
« Il va partout, tirant à la hanche, et tirant avec sa bouche, et cela crée des tensions. La différence, c’est que maintenant il cherche querelle à ses amis, non plus seulement à ses adversaires, » dit Jorge Castañeda, ancien ministre des Affaires Etrangère du Mexique, professeur à la New York University.
Chávez, par exemple a décidé, sans compromis, que les gouvernements devaient choisir entre sa vision de l’unité du continent, ou faire du commerce libre avec les US, qu’il blâme pour appauvrir la région.
« Vous avez l’un ou l’autre. Ou nous sommes une communeauté uni, ou nous ne le sommes pas, » a-t-il dit.

Fin avril 2006, il a exaspéré la Colombie, l’Equateur et le Pérou en déclarant que le Venezuela quittait la Communauté des Nations Andines, parce que les trois autres membres négociaient des accords de libre échange avec les US. A la place il a formé un bloc d’échanges commerciaux avec Cuba et le nouveau gouvernement socialiste de Bolivie d’Evo Morales (A lire "Evo Morales, le gentil croisé de Bolivie").
Alors que ce changement était emprunt de symbolisme politique, il offre peu de perspectives économiques concrètes, et menace l’intégration des pays Andins qui est nécessaire et dépend des marchés US.
« Chávez a une idée très sélective de la souveraineté. Il dit en effet, ou vous êtes avec nous, ou contre nous. Pour la plupart des Latino-Américains, ce message arrogant passe mal, qu’il vienne de Washington ou de Caracas, »
dit Michael Shifter, analyste polotique senior à l’Inter-American Dialogue policy group à Washington.

Conflit avec le Pérou

La querelle avec le Pérou a surgi après que Toledo ait dit que les critiques de Chávez envers ses partenaires Andins n’avaient pas de sens, alors que lui-même vend la plus grande partie de son pétrole aux US.
Il garda ses mots les plus durs pour Chávez interférant dans les affaires intérieures Péruviennes : « Mr. Chávez, apprenez à gouverner démocratiquement, apprenez à travailler avec nous. Nos bras sont ouverts pour intégrer l’Amérique Latine, mais pas pour que vous nous déstabilisiez avec votre carnet de chèque. »
Quand Alan García, l’un des candidats a l’élection présidentielle Péruvienne du 4 juin 2006, se mit aussi à s’en prendre à Chavez, le président du Venezuela répondit, entre autres, en soutenant son opposant Ollanta Humala. (Lire "Le désastre est imminent au Pérou")
Il traita Toledo de "garçon de course de Bush". García bénéficia de ces disputes en prenant une confortable avance dans les sondages.
Les sondages montrent que les Péruviens montrent peu d’indulgence pour les ingérences de Chávez. Seuls 17% ont déclaré avoir une vision positive du leader du Venezuela, selon la société de sondage de Lima Apoyo.

Conflit avec le Nicaragua

Au Nicaragua, Chávez soutient Daniel Ortega, l’ancien leader de la Révolution Sandiniste, qui est candidat aux élections présidentielles de Novembre 2006.
« Je ne devrai pas dire ‘j’espère que vous gagnerez’, parce qu’ils m’accuseront de fourrer mon nez dans les affaires internes du Nicaragua. Mais j’espère que vous gagnerez, » dit Chávez à Ortega, invité à son show télévisé « Alo Presidente », fin avril 2006.
Chávez a promis de fournir du fuel à bas prix à un groupe de villes tenues par les Sandinistes. Le geste fut interprété comme un stratagème pour influencer le vote et comme une façon détournée de financer la campagne d’Ortega.
Le gouvernement Nicaraguayen a demandé à Chávez de rester en dehors du débat intérieur.

Conflit avec le Mexique

Au Mexique, le candidat de gauche aux élections présidentielles de Juillet 2006, Andrés Manuel López Obrador, a essayé de garder ses distances avec Chávez, mais ce dernier le poursuit quand même.
Quand López Obrador a dérapé en traitant le président Vicente Fox d’oiseau bavard, son opposant conservateur, Felipe Calderon, a lancé une série de spots mêlant la « gaffe » avec des images de Chávez, dont la tendance à insulter est une marque de fabrique (il a traité Bush d’ivrogne, et Fox de « toutou de l’empire »).
Au cours des récentes semaines, l’avance de López Obrador dans les sondages s’est évaporée, et il suit maintenant son adversaire.

Conflit avec le Brésil

Chávez a encouragé et immédiatement soutenu les nationalisations en Bolivie, un support qui a mis en rage l’Argentine et le Brésil qui dépendent du gaz Bolivien
Bien que le Venezuela ne soit pas partie prenante dans le conflit, Chávez s’est joint à une rencontre entre les leaders du Brésil, d’Argentine et de Bolivie, pour « calmer » la crise, et a dominé une conférence de presse, prenant le pas sur son protégé, le président Bolivien Evo Morales.
Le président de gauche Luiz Inacío Lula da Silva du Brésil, la plus importante économie d’Amérique du Sud, réputé allié de Chávez fut particulièrement humilié. Celso Amorim, le ministre des affaires étrangères, dut expliquer la faiblesse de la réponse Brésilienne devant les Sénateurs.
Il dit que Silva avait admonesté le leader Vénézuelien dans une conversation téléphonique privée, lui disant que les décisions Boliviennes compromettaient le rêve de Chávez d’un pipeline de 8,000km pour transporter le pétrole Vénézuélien en Argentine.
Da Silva a aussi reproché à Chávez, a-t-il dit, de s’impliquer dans un conflit entre l’Uruguay et le Paraguay sur leur Marché Commun, Mercosur, disant que le rôle de Chávez était « un stimulant à des activités incompatibles avec l’esprit d’intégration. »
Les blessures doivent encore soignées. Jorge Viana, gouverneur de l’état d’Acre au Brésil, et l’un des alliés clé de Lula, a dit à une radio brésilienne la semaine dernière que l’interventionnisme de Chávez était « lamentable ». « Chavez a besoin de se calmer ».

(Source: NY Times du 20.06.2006)

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